LA PROBLEMATIQUE 
DU RUISSELLEMENT




Les inondations en Ariège

Voici la carte des communes inondables en midi-Pyrénées :

L'Ariège est donc largement concernée par le problème des inondations.
Une simple recherche bibliographique nous permet, de plus, de constater que le problème des inondations en Ariège (et même en France) n'est pas un problème nouveau. Les inondations ont toujours existées. Par exemple, concernant le cours d'eau La Gouarège qui est un affluent du Salat, en Ariège, à la limite du département de la Haute-Garonne, on constate de nombreuses inondations du village de Prat. Un sondage a été mené auprès des personnes sensées être touchées par les inondations du Gouarège et l'on constate que, de mémoire d'homme, on enregistre des inondations datant de la fin du siècle dernier jusqu'à nos jours. De même, une liste des catastrophes naturelles ayant eu lieu de manière plus générale dans le bassin du Salat a été dressée et l'on énumère nombres de crues dont la plus ancienne connue remonte au 16 juillet 1678.

Les crues constituent donc un phénomène naturel aléatoire contre lequel il est illusoire de vouloir se préserver totalement. Il est cependant possible d'en limiter les effets par l'annonce et la prévision des crues, la maitrise de l'urbanisation dans les zones submersibles et la réalisation de travaux de protection localisés et cohérents.

Un moyen classique de protection contre les inondations est l'utilisation des barrages qui permettent d'écreter les crues. Cependant, il existe une autre manière de traiter le problème avec le phénomène du ruissellement. Ce dernier peut parfois avoir une influence non négligeable sur les crues. En effet, l'eau qui ruisselle sur les parcelles, si elle n'est pas arretée ou ralentie, va directement alimenter le thalweg qui peut alors rentrer en crue et provoquer des inondations.

Une autre manière d'aborder le problème des inondations est donc de considérer le ruissellement et d'essayer de le limiter. C'est ce que nous allons essayer de faire ici.

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Le ruissellement

Le ruissellement est la circulation de l'eau qui se produit sur les versants en dehors du réseau hydrographique.

Il existe différents types de ruissellement :

Le ruissellement apparait lorsque les eaux de pluie ne peuvent plus s'infiltrer dans le sol. Ce refus d'absorber les eaux en excédent apparait lorsque l'intensité des pluies est supérieure à l'infiltrabilité de la surface du sol (ruissellement "hortonien"), soit lorsque la pluie arrive sur une surface partiellement ou totalement saturée par une nappe (ruissellement par saturation). On peut aussi observer une combinaison des deux phénomènes. L'eau qui ruisselle va alors alimenter directement le Thalweg en aval.

Le ruissellement est d'autant plus important que les terrains sont plus imperméables, le tapis végétal plus faible, la pente plus forte et les précipitations plus violentes. Il est la cause de phénomènes d'érosion car l'eau, en ruissellant sur la parcelle, emporte avec elle des particules de terre. Il contribue également aux crues des cours d'eau, provocant parfois des inondations et des coulées de boue.

Mais le ruissellement reste naturel et on ne peut l'empecher. Toutefois, l'intervention humaine est parfois source d'aggravation de ce phénomène.



Les facteurs aggravant le ruissellement

Modification du paysage agricole

Depuis une trentaine d'années, on observe une transformation du paysage traditionnel due à l'évolution des activités humaines. Ainsi, en modifiant les conditions d'infiltration et les modalités d'écoulement, cela a des effets non négligeables sur le ruissellement et l'érosion.
 

Le passage de la polyculture à la monoculture et la mécanisation ont provoqués une large augmentation de la taille des parcelles. Les parcelles de moins de 2 ha disparaissent au profit des grandes parcelles pouvant atteindre plus de 10 ha. D'un point de vue pratique, l'agriculteur a alors éliminé du paysage de nombreux éléments structuraux genant la circulation des engins. Ainsi, des haies ont été arrachées, des fossés et des mares comblés, des talus rasés, des chemins communaux supprimés. Tout cela jouait un rôle important dans le cheminement de l'eau. Ainsi, les haies avaient pour fonction de protéger du vent, mais également de constituer un obstacle au ruissellement. Elles favorisaient l'infiltration des eaux de ruissellement et leur stockage et limitaient leur concentration. La capacité de stockage du bassin versant se voit donc amoindrie et le ruissellement n'étant plus freiné, sa vitesse augmente.
 

Depuis 1970, les cultures acquièrent une prédominance sur l'élevage. L'élevage décline, mais subit surtout une modification des techniques : On passe d'un élevage à l'herbe à un élevage hors-sol. Tout ceci a pour conséquence le recul des surfaces en herbage au profit d'une extension des terres labourables. Cela a des conséquences très importantes sur le ruissellement. En effet, les sols cultivés ont une capacité de stockage moindre que les sols occupés en permanence par les végétaux : Selon le CEMAGREF, les sols labourés retiennent 10 à 60 mm d'eau alors que les prairies en retiennent 40 à 100 mm. Cela dépend de la nature des sols et des saisons.
 

A partir des années 50, l'urbanisation (construction de routes, zones pavillonnaires ...) s'est considérablement accélérée entrainant avec elle l'imperméabilisation des sols et la création de chemins artificiels d'écoulement. Ces surfaces urbanisées ont un impact important sur les écoulements de surface : Elles favorisent la concentration du ruissellement, empechent son infiltration et accroissent sa vitesse d'écoulement. L'urbanisation se développe principalement à proximité des cours d'eau, dans le fond des Thalwegs, zones exposées aux risques des inondations.
 

Ces zones permettaient de stocker de grandes quantités d'eau et de ralentir le déplacement des crues.
 

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Un exemple en Ariège: Le canton de Nailloux

Le canton de Nailloux se situe dans le bassin de l'Aïse, bassin qui sera étudié plus en détails dans la deuxième partie par le binome n°2.


Ces deux représentations graphiques nous permettent de constater une importante évolution de la taille des parcelles dans le canton de Nailloux durant les trentes dernières années. Ainsi, la SAU moyenne a plus que doublé de 1970 à 1997. Ceci est dû à une forte augmentation du nombre de parcelles de grande taille (> 50 ha) qui a été multiplié par trois, alors que le nombre de parcelles de taille moyenne (entre 20 et 50 ha) et de petite taille (< 20 ha) a beaucoup diminué.


En l'espace de trente ans, l'élevage dans le canton de Nailloux a beaucoup régressé chez les bovins et les ovins. Ceci a une conséquence directe sur les superficies toujours en herbe. Les agriculteurs ont délaissé l'élevage à l'herbe au profit de l'élevage hors-sol et des cultures. Ainsi, de nombreuses surfaces enherbées destinées au bétail se sont transfomées en terres agricoles et la superficie toujours en herbe a beaucoup chuté. Ceci a une grosse influence sur le ruissellement. En effet, le pouvoir d'infiltration d'une prairie est beaucoup plus important que pour un sol nu. Désormais, il n'y a plus rien pour freiner le ruissellement.

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