Les inondations à Venerque

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L'Aïse rejoint l'Ariège au niveau de la ville de Venerque, qui a été le théâtre d'une crue importante de l'Aïse en juin 2000.

L'Aïse à Venerque

En traversant l'agglomération de Venerque, l'Aïse serpente au pied d'un coteau avant de s'écouler en parallèle de l'Ariège, pour effectuer ensuite un angle droit assez net au droit du vieux moulin. Le pont franchissant l'Aïse au lieu-dit le vieux moulin a été réhabilité en 1999. Parmi ces travaux, une consolidation amont et aval a été menée par le biais d'enrochements. Il existe un canal de fuite du moulin, parallèle sur environ 450 m à l'Aïse, et occupé actuellement par une dense végétation. L'Aïse s'écoule sur quelques centaines de mètres avant de redevenir parallèle à l'Ariège, et termine son cours après un léger angle en rejoignant l'Ariège. Globalement, la végétation y est dense et aucun entretien du lit mineur n'a été effectuée depuis le curage de la rivière il y a 5 ans. En aval, au pied du village, une retenue artificielle existe depuis le début du siècle, mais elle est actuellement envasée et nécessiterait un important curage. Les précédentes inondations à Venerque datent des années 1952 et 1977, avec respectivement des hauteurs d'eau de 1m60 et 1m, relevées au lieu-dit la Voire à la confluence Ariège-Aïse (par comparaison, on a relevé une trentaine de centimètres pour la crue 2000).

Les inondations de juin 2000

Nous nous sommes entretenus sur ce sujet avec M. Denis Béziat, agriculteur et adjoint à la mairie de Venerque.

Tout commence avec au début du mois de juin. Durant la première semaine, on assiste déja à de fortes précipitations, de l'ordre de 50 mm, ce qui a pour effet de gorger les sols d'eau. Le samedi 10 juin vers minuit, la pluie commence à tomber. L'alerte est donnée à Venerque le dimanche matin vers 1 h, après que l'esplanade située avant la confluence ait été inondée. Selon M. Béziat, quand l'eau atteint cette esplanade, les riverains ont du souci à se faire pour leur caves.La pluie continue jusqu'à environ 22h le dimanche. Il sera en tout tombé 140 mm à Venerque en 24 h. Il serait également tombé plus de 180 mm d'eau sur la commune de Nailloux, situé près de la source de l'Aïse. Ces fortes précipitations ont été couplées avec un phénomène d'embâcles en amont de Venerque, dû à un non entretien de l'Aïse. Des collègues agriculteurs de M. Béziat lui ont également signalé que certains des ouvrages hydrauliques sur le site de l'A66 près de Gibel avaient joué le rôle de barrage temporaire, en particulier certains passages busés non terminés. La crue aura duré 30 h et la décrue environ 12 h.

L'esplanade située aux abords du petit barrage a donc été complètement inondée, avec de l'eau montant jusqu'à 1m50 de hauteur. Les deux premières photos nous permettent d'estimer la montée de l'eau. Sur le première photo, prise à 10 h, on peut apercevoir sur la gauche les dossiers des bancs, ce qui correspond à une hauteur d'eau d'environ 50 cm. Sur la deuxième, prise à midi, on ne voit plus que le haut des dossiers (dans les cercles blancs), ce qui équivaut à environ un mètre d'eau à cet endroit, ce qui est confirmé sur la troisième photo où on voit que l'eau est presque au niveau supérieur de la poubelle située à droite de la photo entre les deux arbres, cette photo ayant été prise 30 minutes plus tard.  Ces photos nous ont gracieusement été fournies par le Maire de Venerque, Mme Hélène Breton. Nous nous excusons de la mauvaise qualité des photos qui ont été scannées.

L'Aïse en aval du pont de l'église - 10 h

L'Aïse en aval du pont de l'église - 12 h

L'Aïse recouvrant l'esplanade - 12 h 30

Deux restaurants, la Plage et le Duc, ont également été endommagés par cette crue. On aperçoit la Plage en bas à droite de la deuxième photo. Quant au Duc, il est situé juste en amont du pont, à coté du canal.

Outre les nombreuses inondations d'habitations, le moulin reste le site ayant subi le plus de dégradations. Cet ouvrage habité est situé aux zones de débordement de l'Aïse et de l'Ariège. Les eaux de l'Aïse ne pouvant s'écouler rapidement, un tourbillon s'est crée et a généré beaucoup de dégradations. De plus, le moulin et ses canaux ne sont plus alimentés par l'Ariège puisque le fleuve s'est abaissé de plusieurs mètres au cours des vingt dernières années. En cas de crues simultanées de l'Aïse et l'Ariège, la situation de ce canal dans les lits majeurs des deux cours d'eau permet un meilleur transfert des eaux de l'Ariège vers l'Aïse. Cela résulte en une meilleure protection des zones habitées, en particulier celle du Ramier, puisque les eaux vont alors inonder les deux terrains de foot et l'esplanade (et malheureusement pour eux, le boulodrome, la base de canoë-kayak et le restaurant le Duc).

M. Béziat nous a aussi livré une estimation du coût des inondations : environ 1 million de francs pour la restauration des installations municipales ( en particulier le moulin, le boulodrome et la base de canoë-kayak) et des deux restaurants (la Plage et le Duc). En ce qui concerne les particuliers, une vingtaine de maisons ont été endommagées, et la moyenne des réparations s'éléve à 50 000 F, ce qui rajoute un nouveau million de francs. A cela, il faut enfin ajouter les travaux que devra entreprendre la mairie afin de restaurer l'Aïse et qui coûteront légérement plus de 900 000 Francs (voir la partie aménagements). Cela porte donc le coût total à près de 3 millions de francs. Le nettoyage de la commune aura duré deux journées, les équipes municipales se chargeant des installations le premier jour avant d'aller prêter main forte aux particuliers le lendemain. En ce qui concerne le problème du remboursement des dégâts, le dossier était début janvier 2001 toujours en traind d'être traité à Paris. Pour les coûts des dégâts sur les installations publiques, la répartition de prise en charge entre l'Etat, la commune et les assurances n'est toujours pas définie, M. Béziat estimant qu'environ 30% serait à la charge de la commune de Venerque.

Nous avons également demandé à M. Béziat si l'agrandissement des parcelles et la disparition des haies consécutives au remembrement avait joué un rôle important. Selon lui, cela a eu un impact minime, de l'ordre de 10 sur une échelle de 100, car quand les sols sont saturés en eau et que les précipitations sont si importantes, la présence de quelques haies ne fait que légérement retardé le phénomène au tout début, mais ne peut nullement le contrer.

Constatation des traces de crue

Le 15 novembre 2000, nous sommes allés visiter une partie du bassin versant de l'Aise, en compagnie de M. Xerri et de Mlle Barrault.

Jonction Ariège- Aïse

Cette crue et les inondations qui en découlèrent, ont provoqué de nombreux dégâts, dont certains étaient encore visible au moment de notre visite. Par exemple, sur les berges même de la jonction Aise-Ariège se trouve un club de tennis possédant une maison et deux courts grillagés. Nous nous sommes entretenus avec les responsables et avons fait le tour du domaine. Le court de tennis le plus proche de la rivière ne possède pas de muret de protection et son grillage a été enfoncé sous la pression de l'eau et de la boue. Un tapis de feuilles de 20 cm d'épaisseur s'était également constitué le long des grillages. En ce qui concerne le local, le réfrigérateur a été arraché de sa prise par l'eau et basculé par delà un bureau. Le nettoyage des dégâts aura pris une quinzaine d'heures. Des déchets plastiques étaient encore présents dans les branchages des arbres situés sur les berges.

En remontant d'environ 50 mètres l'Aise, nous avons pu constater que certaines barrières de chemin longeant la rivière avaient été arrachées et avaient du être remplacées. De nombreux arbustes avaient été couchés sur les berges lors de la montée des eaux et se trouvaient toujours dans cette position. De plus, des troncs se trouvaient bloqués au milieu de la rivière, constituant un barrage flottant. Nous avons appris par la suite que les inondations ont été aggravées par des phénomènes d'embâcles provenant des communes en amont.

Tronc d'arbre constituant un barrage flottant

Plus en amont de la jonction, se trouve un petit barrage comprenant une vanne, que l'on peut apercevoir sur la gauche de la photo suivante. Il possède une hauteur d'environ 1 m 50, et possède une longueur berge-à-berge de 10 mètres. L'esplanade que l'on aperçoit partiellement au fond à droite a été totalement inondée lors de la crue. Le pont de bois situé quelques mètres devant le barrage et d'où nous avons pris les photos précédente et suivante a eu quelques unes de ses planches arrachées.

Barrage sur l'Aise à Venerque

Plus loin en amont dans le quartier résidentiel, nous avons pu constater que certains grillages de jardin situés tout près de la rivière était encore recouvert d'un important tapis de feuilles et brindilles, correspondant à une montée des eaux d'environ 4 mètres ( on peut apercevoir un portillon grillagé encore couvert de feuilles à droite de la photo suivante). Comme pour ceux du terrain de tennis, le grillage était encore enfoncé.

Tapis de feuilles sur un grillage

Nous nous sommes ensuite rendu sur le Tédéloup, le principal affluent de l'Aise, la jonction ayant lieu environ 2 km du village d'Auragne. Là aussi, de nombreux arbres en bordure du ruisseau étaient encore couchés sur les deux rives. La photo a été modifiée sous Photo Editor, afin d'augmenter la luminosité pour mieux distinguer les arbres, surtout sur la partie gauche.

Rives du Tédéloup

En général, les berges de l'Aïse et de ses affluents sont en bon état. Nous avons néanmoins relevé de nombreux signes montrant que la lutte contre le ruissellement n'était pas une préoccupation majeure des agriculteurs: fossés remplis, absence d'aménagements limitant l'érosion, non-entretien des rares haies présentes... La faible importance du ruissellement lors des crues (10% du phénomène selon M. Béziat) joue sûrement un rôle psychologique : effectuer de nombreux, et probablement coûteux, aménagements pour n'avoir qu'une faible amélioration, n'incite sûrement pas les agriculteurs à implanter des bandes enherbées et autres banquettes de versants. Ils se contentent de nettoyer l'Aïse de temps en temps, et d'entretenir les berges.

Champs situés entre Venerque et Auragne

Risques d'inondations liées à l'Aïse

D'après le Plan de Prévention des Risques réalisé par SOGREAH PRAUD en octobre 2000 pour la commune de Venerque, les événements débordants liés à l'Aïse sont peu fréquents (et en fait peu débordants) car ce cours d'eau a été largement recalibré.

Cependant, un entretien des berges de ce ruisseau est nécessaire afin d'éviter la création d'embâcles lors des crues. Ces embâcles peuvent se former au niveau du pont à Venerque et au niveau de la passerelle. La route départementale constitue un barrage dans le lit majeur de l'Aïse et l'arche du pont est le seul passage possible pour l'eau afin de s'écouler, c'est pourquoi la création d'un embâcle au niveau du pont pourrait avoir une conséquence désastreuse lors de sa rupture.