INTRODUCTION


 Les accumulations vaseuses sont bien différentes des plages et des cordons : elles se caractérisent par la présence, dans le sédiment, d’une fraction fine (limons et argiles) suffisamment abondante pour assurer la cohésion de l’ensemble, de sorte que les particules ne peuvent répondre individuellement aux sollicitations des houles et des courants, aussi longtemps que le sédiment n’a pas été dissocié. Ces particules fines sont en grande partie d’origine terrestre, amenées par les grands fleuves (Amazone, Huanghe et Yangtze). Mais elles peuvent également provenir de l’érosion des côtes rocheuses ou de l’activité volcanique (Indonésie). Les sédiments sont ensuite transportés en suspension par les courants (courants de marée ou dérive de l’eau le long de la côte), et se déposent là où l’eau est calme (principalement dans des estuaires, des bassins ou des baies abritées), en se mêlant tant aux grains de sables apportées par le vent qu’aux éléments préexistants, qui peuvent être des sédiments marins ou des sédiments continentaux. La vase ainsi formée est composée d’un mélange d’eau salée, de sables, de limons, d’argiles et de matières organiques, les sédiments inorganiques ayant une taille moyenne inférieure à 63 micromètres.

Les côtes vaseuses (ou vasières) se caractérisent par des pentes faibles, des eaux brunâtres et l’absence de grandes vagues déferlantes. Elles sont accompagnées de zones humides, marais salants ou mangroves.

Les côtes vaseuses représentent 5 à 10 % du littoral mondial (10 à 15 % de côtes sableuses et 75 à 85% de côtes rocheuses). Les plus importantes sont situées :

En France, les principales étendues vaseuses sont la baie du Mont Saint Michel, la baie de Somme et l’estuaire de la Gironde.

 

1. TRANSPORT DE LA VASE


Dès que la teneur en argiles des sédiments dépasse 10 %, les particules ont tendance à former des agrégats (flocs) sous l’effet de forces électrostatiques supérieures ou égales à la force de gravité. Ces agrégats n’ont pas le même comportement que les particules isolées. Lorsqu’on étudie les processus de transport des sédiments, on distingue donc les sédiments non-cohésifs des sédiments cohésifs, susceptibles de former des agrégats. Dans la suite de l’étude, on considérera que la vase présente des propriétés cohésives.

Dans la nature, la vase est continuellement soumise à un cycle d’érosion, de transport et de sédimentation.

Transport en suspension

ì                             î

Erosion                                            Floculation

é                                          ê

Consolidation                                   Sédimentation

ë                          í

Dépôt

 

Du fait de leur complexité et d’un manque de connaissances fondamentales, la description de ces différentes étapes reste encore majoritairement empirique.

La présentation ci-dessous se base essentiellement sur la description de VAN RIJN.

1.1. FLOCULATION

La floculation est le rassemblement sous forme de petits flocons des particules d’une suspension colloïdale. Le phénomène dominant dans la formation d’agrégats est l’attraction entre les sédiment argileux chargés négativement et les cations de l’eau de mer. D’autres forces peuvent intervenir comme les liaisons hydrogène ou les charges de la matière organique. Cependant, ces forces d’attraction ne peuvent se manifester que si la distance entre les particules est suffisamment faible. Trois mécanismes permettent le rapprochement des particules :

ð La floculation est d’autant plus poussée que la concentration en matières solides, la salinité et la température sont élevées. Elle dépend également de la taille des particules et de la présence de matière organique.

Lorsque les forces de cisaillement dans le fluide sont plus grandes que les forces de cohésion du floc, les flocs se désagrègent en flocs plus petits ou en particules isolées. Les forces de cisaillement les plus grandes se rencontrent au fond, où les gradients de vitesse sont maximaux, et dans les zones de turbulences. Dans les eaux calmes, les flocs deviennent plus grands que dans les mers agitées. Cependant, plus ils s’accroissent, plus la vitesse de sédimentation et donc les forces de cisaillement augmentent, jusqu’à ce que celles-ci dépassent les forces de cohésion et que le floc se désagrège.

ð Il existe un équilibre dynamique entre floculation et désagrégation. La taille des flocs se situe entre 10 et 1000 m m.

1.2. SEDIMENTATION

La sédimentation est la séparation par gravité des matières en suspension. La vitesse de sédimentation dépend de la concentration de sédiments, de la salinité, de la profondeur et de la vitesse du courant.

 Influence de la concentration

En suspension très diluée, la vitesse de sédimentation des agrégats se rapproche de celle des particules élémentaires. Elle croît avec la concentration tant que celle-ci est inférieure à environ 10 kg/m3. Ensuite elle diminue, on parle alors de vitesse de sédimentation entravée, les agrégats se gênant mutuellement dans leur chute. En effet, le mouvement descendant des agrégats est compensé par un mouvement ascendant de fluide qui exerce des forces de frottement sur les agrégats. Si la concentration est très importante, les forces de frottement générées par le fluide ascendant équilibrent la force de gravité, conduisant à un état d’équilibre dynamique vertical des agrégats. Cet état apparaît à proximité du fond et est appelé vase fluidisée.

La vitesse peut être exprimée de la manière suivante :

W = kcm                pour des agrégats en suspension (0,01 - 10 kg/m3)

W = Wpi(1-a c)b   pour des agrégats à sédimentation entravée (> 10 kg/m3)

avec Wpi = vitesse de sédimentation des particules isolées

c = concentration de sédiments

k, m, a , b = coefficients

Influence de la concentration en sédiments sur la vitesse de sédimentation.

  Influence de la salinité

La vitesse de sédimentation augmente avec la salinité. Pour des concentrations de sédiments supérieures à 1 kg/m3, la relation est presque linéaire.

  Influence de la profondeur et du courant

Comme la taille des agrégats augmente avec la profondeur (par chute des gros flocs, plus rapides, sur des plus fins), la vitesse de sédimentation sera plus importante dans les couches inférieures que dans les couches supérieures. Ce raisonnement est valable pour des eaux calmes. Lorsque la vitesse du courant augmente ou en cas de forte houle, la vitesse de sédimentation peut être réduite de 5 à 10 fois par rapport à celle en eau calme. En effet, les forces de cisaillement augmentent au fond provoquant la désagrégation des flocs.

Sédimentation et floculation dans les eaux calmes ou courantes

1.3. DEPOT

Le dépôt des particules en suspension s’effectue lorsque les forces de frottement sont inférieures à un seuil critique (td) compris entre 0.05 et 0.15 N/m2. Le taux de dépôt (D) est très dépendant de la concentration en sédiment.

  Concentrations supérieures à 10 kg/m3

Il existe une couche de vase fluidisée. A l’intérieur de cette couche , la vitesse de sédimentation est très faible alors qu’au dessus la vitesse de sédimentation est importante, d’où une augmentation de la concentration en sédiments (10 à 300 kg/m3) et de l'épaisseur de la couche (jusqu’à quelques mètres). L’épaisseur de la couche de vase fluidisée augmente jusqu’à ce que les apports par le dessus soient compensés par les pertes par consolidation. La vase fluidisée peut être transportée horizontalement sous l’effet d’une pente, d’un gradient de pression lié à une différence de concentrations ou d’une force de cisaillement.

  Concentrations comprises entre 0,3 et 10 kg/m3

Les résultats expérimentaux montrent deux types d’agrégats :

Dépôt complet :

Toutes les particules ou agrégats se déposent si la force de cisaillement est plus petite que la force de cisaillement pour un dépôt total (t d,tot). Le taux de dépôt s’écrit :

D = ca W        pour t o < t d,tot

avec c = concentration de sédiment

W = distribution des vitesse de sédimentation en eaux calmes

a = coefficient <1 traduisant la turbulence (dépendant de t o)

Dépôt partiel ou entravé :

Les agrégats à liens forts sont déposés alors que les agrégats à liens faibles avec une cohésion interne inférieure ou égale à la force de frottement t o restent en suspension. La répartition des agrégats entre les deux groupes dépend de la force de frottement appliquée. Le taux de dépôt peut se représenter de la manière suivante :

D = (c-ceq)a W     pour t d,tot < t o < t d

avec ceq = concentration de sédiment en suspension à l’équilibre

Pas de dépôt :

Aucun sédiment n’est déposé si la force de frottement est plus grande que la valeur critique t d. Le taux de dépôt est nul.

D = 0      pour t o > t d

  Concentrations inférieures à 0,3 kg/m3

On n’observe pas de dépôt partiel. Cela s’explique probablement par une taille faible et relativement uniforme des agrégats lorsque la concentration est faible (peu de collisions). La phase de transition (dépôt partiel) serait alors plus courte que pour des suspensions très concentrées (avec une distribution de taille plus importante d’où dépôt partiel pour un certain intervalle de t o). Les taux de dépôt sont les mêmes que dans le cas 2.

Dépôt complet :

D = ca W      pour t o < t d,tot

avec dans ce cas a = 1- t o / t d,tot

Pas de dépôt :

D = 0 pour t o > t d

Taux de dépôt en fonction de la concentration de sédiment

1.4. CONSOLIDATION

La consolidation est le processus de compaction dû à la gravité, accompagné par l’expulsion de l’eau et l’augmentation de la cohésion.

L’étude expérimentale du tassement permet de distinguer trois phases :

Etat de consolidation

Comportement rhéologique

Densité mouillée en kg/m3

Densité sèche en kg/m3

Vase nouvellement déposée (1 jour)

Vase liquide diluée

1000-1050

0-100

Faiblement consolidé (1 semaine)

Vase liquide

1050-1150

100-250

Moyennement consolidé (1 mois)

Vase liquide concentrée

1150-1250

250-400

Fortement consolidé (1 an)

Liquide – Solide

1250-1350

400-550

Vase rigide (10 ans)

Solide

1350-1400

550-650

Vase dure (100 ans)

Solide

>1400

>650

La consolidation dépend de :

Par exemple, pour une densité mouillée de 1150 à 1250 kg/m3,

Epaisseur

0,25 m

0,5 m

1 m

2 m

Durée de consolidation

1 semaine

1 mois

3 mois

mois à 1 an

1.5. EROSION

Des particules, agrégats ou morceaux du fond (comprenant la couche de vase fluidisée) sont érodés lorsque la force de cisaillement au fond produite par les vagues ou le courant est supérieure à un seuil critique (t e). A partir de ce seuil critique, la force de frottement est suffisamment importante pour détruire les liens entre particules, agrégats ou morceaux et pour compenser leur poids. Le seuil critique dépend de la structure et de la composition du fond. Le paramètre important dans le début d’entraînement d’un fond cohésif est la concentration de sédiments en surface, donc le résultat du tassement. Qualitativement lorsque le mélange sol – eau du fond n’a pas encore eu le temps de se consolider, il se comporte comme un fluide rhéologique : il existe une zone de transition entre les deux fluides. Lorsque la concentration du fond a une valeur moyenne (de 100 à 300 kg/m3), la remise en suspension se fait par arrachement de bouffées de vase. Pour des concentrations plus grandes, le début de la remise en suspension se présente comme une érosion.

La force de cisaillement seuil pour l’érosion peut être reliée à la densité de sédiment de la manière suivante :

  Taux d’érosion (E)

L’érosion génère plusieurs formes de fond :

Cependant la rugosité de la surface reste faible et les coefficients de Chézy relativement grands (60 à 100 m0,5/s).

1.6. TRANSPORT

Les sédiments fins sont transportés par suspension.

  Représentation mathématique

Mathématiquement, le transport de sédiments cohésifs peut être décrit par l’équation de convection-diffusion. Pour des sédiments fins comme la vase, on peut admettre que les concentrations au-dessus de la couche de vase liquide sont presque constantes. L’équation de convection-diffusion peut alors être moyennée verticalement, donnant :

  Action des vagues

Le processus de transport par les courants et par la houle peut être schématisé de la manière suivante :

Processus de transport de vase le long du profil du lit par les vagues

Il existe une forte interaction entre les vagues et le lit de vase :

L’atténuation des vagues est typique des zones avec des bancs de vase. Des mesures sur la côte du Surinam ont fait apparaître des pertes d’énergie de 95 % sur 18 km, la transformation des vagues en vagues isolées symétriques à hauteurs constantes et l’absence de vagues déferlantes.

La fluidisation des couches supérieures de vase est initiée par la variation de pression produite par les vagues : la pression de l’eau dans les pores augmente et conduit à une réduction de la résistance au cisaillement du sol.

La fluidisation apparaît si :

Fluidisation de la vase

Ces phénomènes conduisent à la création de couches de densité différentes soumises d’une part à la gravité et d’autres part aux processus de mélange :

Structure verticale des suspensions de vase

  Action des marées

Lorsque les vitesses développées lors des marées sont importantes, le transport des vases est largement contrôlé par la marée.

L’érosion à la surface de la vase consolidée ou de la vase fluidisée se produit lorsque le courant accélère, si la force de frottement dépasse la valeur critique pour l’érosion (t o > t e). De même, le dépôt a lieu lorsque le courant ralentit, si la force de frottement tombe sous la valeur critique pour le dépôt (t o < t d). Dans des conditions de marée, le dépôt est maximal à marée haute et à marée basse (étales), en effet, la destruction des flocs par les forces de cisaillement est alors minimale et la taille des flocs maximale. Par conséquent, le phénomène de marée conduit à une variation de la concentration dans le temps : elle diminue aux étales (dépôt) et augmente pendant le flux et le reflux (érosion). La concentration maximale apparaît avec un décalage par rapport aux vitesses maximales. Ce délai de latence est lié au temps de transport des particules ou flocs vers les couches supérieures. La concentration reste toujours supérieure à zéro car les vitesses de sédimentation des particules isolées sont très faible.

Variation de la concentration de vase pendant la marée

Le cycle vives eaux – mortes eaux a une influence marquée sur la structure verticale de la vase en suspension :

Distribution verticale des concentrations de vase

Sur les bancs de vase, les courants sont souvent asymétriques : le flux est rapide et fort et le reflux est lent et faible. A la fois le flux et le reflux sont perpendiculaires à la pente. Le flux amène des eaux très chargés dont les sédiments se déposent partiellement pendant le reflux. Une fois déposés, les sédiments cohésifs sont érodés moins facilement que les sédiments non-cohésifs : soit le dépôt s’effectue dans le lit, les sédiments se lient alors avec les particules ou agrégats environnants, soit le dépôt s’effectue à l’air libre, la vase perd alors rapidement son eau et gagne en cohésion. Ce fait est amplifié par une valeur critique de force de frottement pour le dépôt beaucoup plus petite que la valeur critique pour l’érosion.

 

2. DESCRIPTION DES VASIERES  


 Les vasières sont considérées comme utiles à l’équilibre biologique de la Terre car elles abritent une faune et une flore riches et originales. Elles se situent dans les zones calmes où l’hydrodynamisme est faible (estuaires, fonds de baie ou estrans protégés par des cordons littoraux) et les sédiments qui constituent la vase se mêlent tant aux grains de sable apportés par le vent qu’aux sédiments préexistants. Les dépôts s’effectuent essentiellement lors des pleines mer et au début de la marée descendante.

La morphologie des vasières est particulière, 3 zones peuvent être distinguées :

 

Morphologie d'une vasière

2.1. LA ZONE INFRATIDALE : LES BANCS DE VASE

  Caractéristiques principales

Cette zone est caractérisée par la présence de bancs de vase . Ils sont constitués de " vase fluidisée ", leur étendue varie de quelques mètres à plusieurs kilomètres (jusqu’à 25 km dans certains cas)  avec une épaisseur de 0,1 à 2 m.

Des eaux turbides peuvent recouvrir les bancs en zones peu profondes. En effet, les vagues et les courants chargent l’eau en sédiments par érosion. La concentration en boues de ces eaux turbides est de 0,1 à 1 kg/m 3 à comparer avec les zones sans vase où la concentration en boue va de 0,01 à 0,1 kg/m3. Ce phénomène est visible sur des images satellites ou aériennes.

Le comportement visco-élastique de la vase atténue l’action des vagues et permet de protéger le littoral. Les vagues sont transformées en ondes solitaires. Cependant, la présence des bancs peut entraîner des problèmes : phénomènes de réfraction dans les ports, fermeture des chenaux et des bassins,… 

  La migration des bancs de vase

Les bancs de vase peuvent être schématisés par un banc pyramidal en mouvement sur un sous-sol plan. Leur migration est le fruit de processus d’érosion et d’accrétion durant la marée.

Le transport T de la boue (en kg/s/m) au sommet du banc est égal à :

Le transport est moins important aux extrémités du banc où l’épaisseur est plus faible.

Dans certains endroits, les bancs de vase sont si larges qu’ils sont considérés comme des vagues de vase. La migration dépend fortement de la hauteur des vagues et de la marée.

 

2.2. LA ZONE INTERTIDALE : LES LAISSES DE VASE

  Caractéristiques principales

Les laisses de vase sont constituées d’un mélange de sable et de vase, mais ont des propriétés cohésives. En général , les sédiments sont d’autant plus fins que le niveau de la zone intertidale est élevée. Leur densité mouillée varie de 1100 à 1300 kg/m3. De grandes différences existent dans la morphologie des laisses de vase, elles sont liées aux types de marée, à l’exposition aux vagues, à l’activité biologique et aux conditions climatiques.

La slikke (autre nom donné aux laisses de vase aux Pays Bas) est couverte par les pleines mers de marée moyenne ; elle ne connaît que de courtes périodes de dessiccation. Sa morphologie montre un réseau, finement hiérarchisé, de chenaux qui drainent les vasières à marée descendante. Les sables se déposent dans ces chenaux.

Les laisses de vase, très sensibles au changement du niveau de la mer suivent un cycle d’érosion et d’accrétion.

Leur profil est donc concave dans les zones d’érosion et convexe dans les zones d’accrétion. Les cycles sont également fonction de la quantité de sédiments apportée et de l’activité des vagues selon les saisons.

  La faune et la flore

Une faune assez riche habite ce milieu : organismes fouisseurs (amnélides, bivalves), crustacés, gastéropodes, lamellibranches …

Quant à la flore, des herbiers couvrent parfois la partie inférieure et moyenne de la slikke tandis que la haute slikke est colonisée par des touffes de végétation (spartines, salicornes. ..).

 

Photos d’algues et de spartines sur le slikke

 

2.3. LA ZONE SUPRATIDALE : LE PRÉSALÉ

   Caractéristiques principales

Cette zone est plus connue sous le nom de " présalé " ou de " schorre " aux Pays-Bas. C'est la partie haute des vasières littorales, plus ou moins inondée seulement lors des grandes marées L’énergie des vagues y est relativement faible. Les présalés représentent des zones côtières où les processus hydrologiques, chimiques, et biologiques sont d’égales importance, créant des conditions favorables pour la faune et la flore. Leur développement est lié à la disponibilité et à la composition des sédiments fins, à la force des marées, à l’énergie des courants et des vagues, aux facteurs climatiques, à la flore et la faune, aux facteurs géologiques et topographiques.Cette zone marécageuse est constituée de sédiments silto-argileux riches en matiéres organiques appelés " tangue " dans la baie du Mont St Michel. Ces sédiments donnent des sols très riches où le dessalement s’opère rapidement . Des chenaux tidaux (drainant les eaux lors des marées ) parcourent la zone ; la sédimentation y est souvent plus grossière (sable).

L’érosion est très limitée à la surface des schorres sauf dans les régions froides en raison du raclage de glaces flottantes et de l’arrachement de radeaux de glace. Ailleurs, il y a seulement une érosion latérale avec migration des chenaux.

  La faune et la flore

La végétation du schorre est plus variée que celle du slikke. Il est peuplée d'une végétation halophile, en particulier des roseaux qui, souvent, préparent la phase de colonisation du milieu (installation d'arbres et d'arbustes).
La végétation du schorre est organisée en ceintures parallèles correspondant à la tolérance des différentes espèces à la salinité. Dans le bas-schorre se trouvent les espèces halophiles (Spartine, Scirpe), ensuite poussent l'Aster, la Soude, la Salicorne, et surtout le Phragmite (Roseau). Sur les plus hauts niveaux, rarement inondés, apparaissent le Chiendent, les Saules, les Aulnes, etc...

Cette partie des vasières où s’est installée la végétation peut parfois être fermée de digues et transformée en terres agricoles. On lui donne alors le nom de " marais ". Sous certaines conditions géographiques et climatiques, les marais donnent lieu à des spécialisations particulières : les marais salants et les mangroves.

Végétation sur le schorre

LES MARAIS SALANTS

Les marais salants nécessitent un sol plat et imperméable, la présence d’eau salée et un climat favorisant l’évaporation, sans précipitation pendant une certaine période de l’année. Les marais argileux, plats, situés au niveau de la mer offrent donc de bonnes conditions topographiques et géologiques. Les marais salants comprennent toute une série de compartiments aux fonctions spéciales :

Le même schéma se retrouve avec des variantes dans tous les marais salants du monde.

LES MANGROVES

 

Les mangroves sont des associations végétales halophiles où croissent en pleine vase des forêts impénétrables de palétuviers. Ces arbres à racines aériennes tels que le rhizophorrra, le bruguiera, le ceriops et l’avicennia se présentent le plus souvent en bandes parallèlement étagées  (selon leur acceptation vis à vis de la salinité). En effet, les mangroves se développent dans des environnements salins, sous des conditions topographiques et climatiques particulières : température de l’air et de l’eau, présence de nutriments minéraux et organiques. Les régions propices à leur développement sont les régions tropicales, mais elles sont également présentes dans des régions tempérées où le gel est exceptionnel et de courte durée. Les côtes africaines de l’Océan indien et du Golfe de Guinée, ainsi que celles du Brésil offrent de beaux exemples de mangroves.

 

Les mangroves sont souvent considérés comme l’équivalent des marais salants à 2 différences prés :

Les mangroves se développent au dessus des bancs et des laisses de vase, elles favorisent leur progradation (sédimentation s’opérant par déplacement latéral depuis le continent vers la mer).Les mangroves disposent d’un système particulier de racines pour la fixation et l’aération et offrent donc une zone protégée pour les sédiments grâce à ce réseau dense de racines agissant comme une barrière et réduisant la vitesse du courant. De plus, les racines ont un rôle stabilisateur pour le sol. Cependant, une violente tempête peut causer de grands dommages dans ces forêts, notamment en déracinant les mangroves.

Surtout, elles créent en leur centre une zone de calme, où les vagues sont complètement " étouffées ". Une sédimentation de particules beaucoup plus fines est alors possible, par laquelle le niveau du sol pourra s’élever au niveau des plus hautes mers. Cet ensemble de sédiments très fins et de végétaux devient très résistant à l’érosion.

 

2.4. LES CHENIERS OU ANCIENS CORDONS LITTORAUX

Les cheniers sont d’anciens cordons littoraux, c’est à dire des bandes de sable émergeant près des côtes.

Ils ont pu se former de 2 manières différentes selon l’origine des sédiments et les conditions du courant :

La formation des cheniers nécessitent :

Ces cordons ont migré parallèlement à la côte et les plus anciens se situent à la frontière des zones intertidale et supratidale. Ils forment de véritables plaines de cheniers (ensemble d’anciens cordons littoraux perchés sur la vase) qui favorisent la progradation (processus selon lequel la sédimentation s'opère par déplacement depuis le continent vers la mer - cf. schéma ci dessous) des bancs et des laisses de vase. Leur présence peut également constituer une protection contre l’érosion due aux vagues.

Les cheniers et la plaine de cheniers

 

La progradation de la vase

Section transversale d'un chenier avant et après sa migration

2.5. INTERVENTIONS HUMAINES SUR LES VASIERES

L’homme est parfois intervenu pour favoriser la sédimentation sur les hautes slikkes et les schorres en construisant des barrages puis en creusant des rigoles pour favoriser l’égouttement des slikkes et même en plantant des halophites. Toutes ces techniques ont contribuées à créer de véritables " jardins de vase ", paysages caractéristiques des rivages de la mer des Wadden (côtes néerlandaises, allemandes et danoises de la mer du Nord).;

Les vasières sont également occupées dans de nombreuses régions par des bouchots à moule ou par des pêcheries en fascinage, le plus souvent disposées en V dans l’angle duquel on capture les poissons à l’aide de filets à marée descendante.

 

3. QUELQUES EXEMPLES DE VASIERES


 

  Présentation

La côte longeant la Guyane, le Surinam, la Guyane Française, une partie du Brésil et du Venezuela , se situant entre les fleuves Amazone et Orinoco présente une longueur totale de 1600 km (plus longue côte envasée au monde). Elle est plus connue sous le nom de "côte guyanaise". Le climat est humide, typique aux forêts tropicales. Les Alizés soufflent constamment à une vitesse moyenne de 1.8 km/h.

La plaine côtière est étroite en Guyane, et s'élargit progressivement jusqu'à atteindre une largeur de 40 km puis rétrécit jusqu'à disparaître. Elle est intersectée par de nombreux fleuves tels l'Oyapock, le Maroni, le Surinam, le Coppename, le Corantyne, le Berbice, le Demerara et l'Essequibo. Le volume net de sédiments transportés en suspension ou par l'intermédiaire de bancs de vase le long de cette côte est estimé entre 100 et 250 millions de m3/an.

La côte guyanaise

  Les cheniers

Ils sont très nombreux le long de ce littoral et se présentent sous diverses formes : parallèles au littoral, entassés à chaque embouchure de rivières ou bifurquant lorsqu'ils se croisent avec les plus anciens. En Guyane, la plaine de cheniers s'étend à 2 m en dessous du niveau le plus haut de la mer et est localement couverte de mangroves. Leur largeur varie de 10 à 600 m pour la partie émergée. Leur pente est relativement abrupte du côté face à la mer (5 à 15 degrés) et plus douce vers les terres (2 à 4 degrés). Certaines parties de la côte sont protégées par des ouvrages, cependant les cheniers offrent une protection naturelle contre l'attaque des vagues.

  Les bancs de vase

Il en existe 5 ou 6 le long de la côte guyanaise, migrant vers l'ouest. Ils sont si larges qu'ils peuvent être assimilés à des vagues de vase. Les bancs migrent vers l'ouest car la vase, mise en suspension durant les marées, se redépose sur le flanc ouest des bancs.

Les bancs dissipent la plupart de l'énergie des vagues, ils jouent donc un rôle protecteur pour le littoral. Cependant, ce dernier subit continuellement des phénomènes d'accrétion (là où les bancs de vase sont présents) et d'érosion (entre les bancs de vase) dus à la migration des bancs. Des courants de 0.5 à 0.6 m/s sont nécessaires pour éroder les dépôts récents tandis que les vases consolidées peuvent résister à une vitesse supérieure à 1m/s. Les phénomènes d'accrétion et d'érosion peuvent entraîner des changements de 20 à 60 m/an sur le littoral.

La migrations des bancs de vase a pu être évaluée de 1942 à 1984 à l'aide de photos aériennes. Les principaux résultats sont les suivants:

 

3.2. LA COTE DU KERALA EN INDE

  Généralités

La côte du Kerala

Des bancs de vase semi-circulaires et isolés se forment entre Quilon et Cannamore le long de la côte de Kerala (longue de 550 km environ). Les bancs de vases sont aussi appelés "chakara", ce qui signifie " côte morte", car les vagues de la mousson sont atténuées par la vase dans ces zones. Généralement, 15 à 20 bancs de vase sont présents le long de la côte durant la période de la mousson (de juin à septembre). Ils migrent vers le sud dans la direction du vent dominant. Les bancs de vase disparaissent et réapparaissent l'année suivante à des endroits légèrement différents (à 1 ou 2 km de leur précédente position).

  La formation des bancs

La zone côtière est intersectée par de nombreuses rivières rejetant des sédiments dans la mer (par l'intermédiaire de lagons et d'estuaires). Des bancs se forment alors près des embouchures. Cependant, les apports de la rivière sont considérablement réduits durant la période de mousson, les bancs situés aux embouchures disparaissent et les sédiment sont propagés dans la mer par les courants.

2 périodes peuvent être distinguées durant la mousson :

En eaux peu profondes, une vitesse de 0.7 à 1.4 m/s est nécessaire pour fluidiser le lit, c'est à dire une hauteur de vague de 1.5 à 3 m. Or, durant la mousson du sud-ouest, les vagues atteignent 2 à 3 m en juin et juillet. C'est donc dans cette période que se forment les bancs de vase. Les sédiments sont transportés vers la côte à une vitesse de 1 km/jour.

Les bancs se forment en 5 jours et ont une forme semi-circulaire. Ils présentent une longueur transversale de 2 à 5 km avec une épaisseur maximum de 2 m.

Schéma d'un banc de la vase de la côte du Kerala

Après la mousson du sud-ouest, les conditions hydrodynamiques plus calmes permettent aux sédiments en suspension de se déposer. La consolidation des bancs a alors lieu, leur épaisseur décroît jusqu'à 1m. Les bancs vont ensuite migrervers le sud à cause de l'incidence des vagues et du courant.

En janvier, à la fin de la mousson, les vagues diminuent : les bancs de vase disparaissent par gravité et dispersion.

On peut noter les caractéristiques d'un banc ( moyenne sur la saison de la mousson):

 

BIBLIOGRAPHIE


 Cours de sédimentologie :

http://www.u-picardie.fr/beaucham/cours-sed

Documents sur les vasières :  

http://www.univ-lehavre.fr/cybernat/pages/vasieres.htm

http://www.univ-lehavre.fr/cybernat/pages/schorres.htm

http://www.univ-lehavre.fr/cybernat/pages/litdevas.htm

Documents sur les mangroves :

http://gchausson.free.fr/sites.htm

http://www.multimania.com/aveb/bresil/articles/mangroves.htm

http://www.brest.ird.fr/eco-litt/prioc/prioc2.html

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