Lorsque la mer monte et envahit les rivages, refoulant l'eau des fleuves à leur embouchure, c'est le flot. Lorsqu'elle descend et découvre les côtes, c'est le jusant. Ce mouvement des eaux, c'est la marée.
1. Origine de la marée: théorie statique
A. Les forces à l'origine du phénomène
La marée est due à la Lune et au Soleil. Plus précisément, ce phénomène d'origine astronomique est une manifestation de la loi de gravitation universelle appliquée au système formé par la Terre, le Soleil et la Lune.
Sur la terre, on observe des marées océaniques, terrestres et atmosphériques. Les marées terrestres ont la même origine que les marées océaniques mais sont de plus faible amplitude (au maximum de l'ordre du mètre). Les marées atmosphériques sont essentiellement dues au rayonnement solaire provoquant localement une évolution de la masse volumique de l'air.
Notre exposé s'intéressera aux marées océaniques seules.
Considérons successivement les systèmes Terre-Lune puis Terre-Soleil : dans chacun une particule d'eau de masse M2, située à la surface de la Terre sera soumise à 2 forces : la force d'attraction gravitationnelle et la force centrifuge.
a. La force d'attraction gravitationnelle
Cette force Fa est exercée par un astre (Lune ou Soleil) de masse M1 sur une particule d'eau à la surface des océans:

avec: G: constante universelle de la gravitation (G=6.672.10-11 N.m2.kg-2)
R: distance terre-astre (Lune ou Soleil)
a: rayon terrestre
psi: angle lune-centre de la terre-point d'observation à la surface de la terre

On note que cette force est maximum au point de la Terre qui est le plus proche de l'astre (c'est à dire quand l'astre est au zénith du point d'observation) et minimum lorsque celui-ci est au nadir (point diamétralement opposé à la position de l'observateur).
Cette force Fg est due à la rotation de la Terre autour du centre de gravité Terre-Lune ou Terre-Soleil et compense exactement la force d'attraction gravitationnelle. Elle est identique en tout point de la surface de la Terre et a la forme suivante :

La valeur de cette force centrifuge peut être obtenue en utilisant la formule ci-dessous:

L'effet de la Lune est prépondérant. Cependant, il est à noter que le Soleil, malgré sa distance, participe pour environ 1/3 dans la force de marée, de par sa masse imposante.
a. Les cycles diurne et semi-diurne
Le mouvement de rotation de la Terre conduirait à observer en un même point de la planète deux pleines mers et deux basses mers chaque jour : la première lorsque l'astre passe au plus près du zénith et l'autre lorsqu'il est au plus près du nadir, chaque pleine mer étant suivie d'une basse mer lorsque l'astre est " à l'horizon ". Cela conduit à l'existence de deux cycles fondamentaux : le cycle diurne, et le cycle semi-diurne. Dans une première approche, appelée théorie statique, l'océan est en équilibre avec l'astre attracteur à l'origine de la force génératrice de la marée. Alors la surface de l'océan prend la forme d'un ellipsoïde de révolution dont le grand axe est dirigé vers l'astre.
b. Les marées de vives eaux et de mortes eaux - L'âge de la marée
Le mouvement de rotation de la Lune autour de la Terre (une révolution en 27,5 jours) entraîne l'existence de maxima de marées lorsque Soleil, Terre et Lune sont alignés (syzygies) : on parle des marées de vives eaux.

A l'inverse, lorsque les deux astres sont orientés à 90°, on a une minimisation de l'amplitude des marées (quadratures): il s'agit des marées de mortes eaux.

La figure ci-dessous montre l'effet du cycle lunaire sur l'amplitude des marées.

Il est à noter que ce même mouvement de rotation de la lune entraîne un décalage de l'heure de la marée de 50 mn par jour, en moyenne :

Ce retard dépend de la vitesse de la Lune sur son orbite; il varie entre 30 mn lorsque la Lune est à l'apogée (au plus loin de la Terre) et qu'elle a une vitesse maximale, à 1h40mn lorsqu'elle est au périgée (au plus près de la Terre) et qu'elle est donc animée d'une vitesse minimale.
d. L'influence de la déclinaison
Le Soleil et la Lune présentent des déclinaisons qui varient au cours de l'année (Lune : 28° de part et d'autre du plan de l'équateur, avec une période de 27,2 jours, et Soleil : 23°, avec une périodicité annuelle).
Lorsque la déclinaison est forte, la variation de l'amplitude est forte au cours de la même journée (une forte marée suivant une faible marée).
Au contraire, lorsque la déclinaison est nulle, les deux marées journalières sont d'intensité égale. Lorsque ce phénomène est conjugué avec une syzygie, l'amplitudes des marées est encore plus grande : il s'agit des grandes marées d'équinoxe, les 21 mars et 23 septembre.
Les deux schémas ci-dessous illustrent l'influence de la déclinaison sur la variation journalière de l'amplitude des marées:

La théorie statique n'est pas satisfaisante car elle n'est que la représentation d'un équilibre qui, en raison de l'inertie des masses d'eau, n'est jamais atteint.
La force de marée est faible (de l'ordre de 9.106 fois plus faible que la gravité terrestre), et conduirait si elle était seule à une amplitude maximum de l'ordre de 51 cm.
En réalité, on observe de par le globe des amplitudes de marée variables. Les marnages maxima sont atteints dans la Baie de Fundy (de l'ordre de 16 m), alors que ceux des mers fermées telles que la Méditerranée sont trés faibles (moins de 50 cm).
De plus, on observe un retard par rapport à la force génératrice; ce retard est appelé âge de la marée. Ces différences sont dues à plusieurs phénomènes :
1. La longueur d'onde du bourrelet de marée est relative à la profondeur h des océans (qui est faible devant le rayon terrestre). Les vagues de marées voyagent donc en "eau peu profonde" ou "shallow water" et leur vitesse relative est donnée par :
c = ( g . h) 1/2
Les océans ayant une profondeur moyenne de 4 000 m environ, la vitesse de l'onde de marée ne peut pas dépasser 200 m/s. Or du fait de la rotation de la Terre, la vitesse de l'eau à la surface des océans est de 463 m/s. On voit donc que l'onde de marée ne peut pas suivre, de par l'inertie des masses d'eau, sa position théorique. Il s'en suit un déphasage, qui peut atteindre 6h12mn (une demie période de marée semi-diurne).
Il existe trois zones de propagation de la marée, en fonction de la latitude :
· de part et d'autre de l'équateur et jusqu'à la latitude de 26° environ se trouve une zone de déphasage 6h12mn
· de 26 à 65°, le déphasage se réduit progressivement jusqu'à s'annuler à la latitude 65°
· entre cette latitude et le Pôle, l'onde de marée n'a aucun retard
2. La présence d'obstacles terrestres empêche le renflement de la marée directement autour du globe. La forme des bassins océaniques contraint la direction des ondes de marées.
3. De par l'inertie des masses d'eau, l'océan réagit à l'action de la force de gravité avec un certain temps de retard.
4. Les mouvements d'eau latéraux provoqués par des forces génératrices de marées sont sujets à la force de Coriolis qui crée des circulations dans le sens horaire pour l'hémisphère Nord, et dans le sens inverses pour l'hémisphère Sud. Ce courant provoque localement l'existence de points amphidromiques. Leur existence est expliquée par le schéma suivant:

Le flot de marée haute est dévié vers la droite sous l'effet de la force de Coriolis (on s'est placé dans le cas d'un chenal placé dans l'hémisphère Nord : sens des aiguilles d'une montre). Le niveau de l'eau monte donc du côté Est du chenal. A marée basse, l'eau est déplacée vers l'autre bord. On constate que la contrainte du lieu a mis en place un système amphidromique, dans le sens contraire des aiguilles d'une montre.
Le trajet des ondes de marée à la surface du globe terrestre est indiqué sur la figure ci-dessous :

Echelle de marnages moyens (m)
Ainsi, l'onde de marée est-elle déviée dans l'Atlantique nord dans le sens inverse des aiguilles d'une montre autour d'un point où la marée est nulle, ou point amphidromique. Dans l'océan Pacifique et Indien il existe plusieurs points amphidromiques.
La marée peut être considérée comme la somme de marées élémentaires strictement périodiques, appelées composantes harmoniques. La courbe de marée d'une onde composante est une sinusoïde dont l'amplitude et la phase ne dépendent que du lieu d'observation. Ainsi la hauteur de la marée à un instant t peut s'exprimer par la formule suivante:
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· Z0 est le niveau moyen, rapporté au zéro des cartes, autour duquel oscille le niveau de l'eau.
· Ai et Gi , appelés constantes harmoniques, sont respectivement l'amplitude et la situation à Greenwich de l'onde élémentaire, et ne dépendent que du point considéré.
· qi est la vitesse angulaire de l'onde élémentaire
· V0i est la valeur de l'argument astronomique pour t = 0
Les composantes harmoniques sont réparties en quatre grands groupes :
· ondes semi-diurnes (période voisine de 12 heures)
· ondes diurnes (période voisine de 24 heures)
· ondes de longues périodes (bimensuelle, mensuelle, semestrielle, annuelle,…)
· ondes supérieures, composées de périodes quart-diurnes, tiers-diurne,…
On distingue quatre grands types de marées, selon les importances respectives des composantes semi-diurnes et diurnes.
· Type semi-diurne: les composantes diurnes sont négligeables devant les composantes semi-diurnes. Il y a lors deux pleines mers et deux basses mers, d'importance sensiblement égales par jour. Ce type de marée est prépondérant en Atlantique. En effet, celui-ci, plus long que large, permet auxd ondes perturbatrices de s'exprimer avec une période de 12 heures, et vont s'ajouter à la force de la marée et donc l'amplifier. En France on associe à l'amplitude de l'oscillation de la marée semi-diurne un coefficient dit coefficient de marée.
· Type diurne: les composantes semi-diurnes sont négligeables devant les composantes diurnes. Il y a une pleine mer et une basse mer par jour. On les trouve dans les petites mers comme la Baltique ou le Golfe du Mexique.
· Type semi-diurne à inégalité diurne: c'est un cas intermédiaire entre les deux marées précédentes. Les composantes diurnes ne sont pas négligeables. La marée présente toujours deux pleines mers et deux basses mers par jour, mais les hauteurs des pleines mers ou des basses mers consécutives peuvent être très différentes.
· Type mixte: c'est un autre cas intermédiaire, avec cette fois des composantes diurnes très importantes. Il y a tantôt deux pleines mers et deux basses mers par jour (lorsque la Lune est à l'équateur) et tantôt une pleine mer et une basse mer par jour (lorsque la déclinaison de la Lune est proche de son maximum). Le Pacifique et l'Océan Indien, aux grandes dimensions, en longueurs comme en largeurs, permettent aussi bien le développement d'ondes semi-diurnes que diurnes. Ceci explique que les marées y sont souvent mixtes, c'est à dire alternant entre diurnes et semi-diurnes.
3. Amplification du phénomène de marée
A. Résonance de l'onde de marée
La période de résonance T d'un chenal est de la forme :

Avec l : longueur du chenal
d : profondeur du chenal
g : gravité terrestre = 9,81 m.s-1
B. Quelques sites aux marées exceptionnelles
La Baie de Fundy est située au Nord du golfe du Maine entre la province du Nouveau Brunswick et la Nouvelle-Ecosse à l'extrême sud-est du Canada. Cet endroit est réputé pour avoir les amplitudes de marées les plus importantes du monde (16 m). Cette baie a un fond très haut (profondeur : 50 m par endroits) et mesure environ 270 km de long.

Les deux photos ci-dessous donnent une idée de l'importance du marnage à l'extrémité Est de la baie de Fundy.


La mer d'Okhotsk est située entre la côte Russe et la presqu'île du Kamchatka (au nord des îles Kourilles et du Japon) qui présente des marées semi-diurnes d'une amplitude d'environ 12 m.

Le golfe de Californie est situé sur la côte Pacifique du Mexique. C'est un chenal très étroit : 90 km de large aux points les plus resserrés pour une longueur totale de 1100 km environ, et peu profond dans sa partie nord (environ 100 m).
La photo aérienne ci-dessous montre l'étroitesse du chenal et l'animation sur la figure de droite met en évidence l'amplification de l'onde de marée à son extrémité Nord (bord gauche du schéma) sur la durée d'une journée (de 0 à 24 heures).
La Manche est une mer épicontinentale et intracontinentale, qui forme un couloir entre le Sud de la Grande Bretagne et le Nord Ouest de la France. Du fait de sa faible profondeur moyenne, qui est de l'ordre de la cinquantaine de mètre, et de sa situation géographique, des marnages importants y sont observés. En plus des forts marnages observés, la caractéristique majeure des marées dans la Manche est la diversité des hauteurs d'eau d'un point à l'autre. En effet la Manche est le siège de phénomènes de résonances des ondes de Kelvin, venant de la mer du Nord et du golf de Gascogne.
Les premiers moulins à marées apparurent en l'an mille et étaient utilisés par les arabes pour moudre le blé. Il firent ensuite leur apparition sur les côtes normandes et bretonnes au 12ème siècle.
Ils fonctionnaient sur le principe suivant : une digue équipée d'une vanne ferme une anse pour créer un bassin. A marée montante, on ouvre la vanne ; le bassin se remplit. Puis on ferme la vanne et on attend que le niveau de la mer descende. Lorsque la différence de niveau est suffisante, on relâche l’eau qui entraîne une roue à aubes produisant ainsi de la force motrice. Le moulin fonctionne donc 2 fois par jour en simple effet (c'est à dire lors du vidage du bassin vers la mer), soit environ 4 h 30 par marée descendante de 6 heures.
Le schéma de gauche représente l'alimentation du bassin à marée montante et celui de droite la production de force motrice à marée descendante:
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On retrouve à l’heure actuelle encore de telles moulins comme celui du Birlot par exemple, qui fut construit en 1633 sur le chenal du Kerpont à l’ouest de l’île de Brehât. Une digue de 140m barre une anse pour former une réserve d’eau de 2 ha qui alimente le moulin. Ce moulin permettait de moudre du froment, de l'orge et du blé noir pour en faire de la farine.
Ci-dessous, le moulin du Birlot :

L’estuaire de la Rance se situe sur les côtes bretonnes entre Saint-Malo et Dinard.

Le site de l'estuaire de la Rance avait déjà été repéré en 1897 par l'ingénieur Louis PILA de FEZ qui présenta un projet ressemblant en de nombreux points à celui de l'usine de la Rance.
A partir des années 20, les scientifiques étudient l'énergie marémotrice pour la production d'énergie. Leur projet : réaliser un "moulin à marée" de taille industrielle fonctionnant aussi bien à marée montante qu'à marée descendante.
Dans les années 40, le meilleur site envisagé pour la construction d'une usine marémotrice est l'estuaire de la Rance. La décision de la construction du barrage est née lors d'une période de grands projets comme la construction de l'usine nucléaire de Chinon, grande nouveauté à l'époque, en vue de rattraper le retard technologique que présentait la France par rapport aux U.S.A. Certains voyaient dans le barrage une solution au nucléaire.
Le construction de l'usine marémotrice a débutée en janvier 1961 et elle a produit son premier kilowatt le 19 août 1966. Le Président de la République de l'époque, le Général de Gaulle, a inauguré le barrage le 26 novembre 1966.
Le courant dans l'estuaire est fort (le débit de la Rance peut atteindre six fois celui du Rhône), l'amplitude de la marée y atteint aux équinoxes le chiffre exceptionnel de 13,50 mètres et les deux rives sont relativement rapprochées : la digue nécessaire à la création d'un bassin artificiel de 22 km², serait alors longue de 750 mètres. Le débit naturel du courant est mesuré à 18.000m3 à la seconde.
De plus cette grande amplitude est accentuée par
la faible profondeur des fonds marins ( moins de 35 mètres).
L’énergie disponible E d’un site, est proportionnelle au carré
de l’amplitude moyenne des marées (c’est à dire à
la différence entre une marée haute et une marée basse
successive), et à la surface du bassin.
Une grande amplitude et une grande surface de bassin sont des éléments
qui permettront de produire une énergie importante.
Ci dessous une photo de l’écluse :


La photo ci-dessous nous donne une vue d’ensemble du barrage :

En 1951, après 10 ans d’avant d’avant-projet, sous l’impulsion de l’ingénieur GIBRA une équipe d’EDF met au point un système qui permet d’utiliser la force des marées à temps plein. C’est le groupe bulbe ; sorte de petit sous-marin composé d’une turbine KAPLAN (dont l’hélice est à 4 pâles orientables) et d’un alternateur. La turbine peut tourner indifféremment dans les deux sens. On l’essai dès 1955 en rivières et grandeur nature dans une écluse désaffectée du port de Saint-Malo.
L’usine comprend 24 groupes bulbes de puissance unitaire 10MW, soit une puissance totale de 240 MW.
Une chute de hauteur H et de débit Q représente une puissance P égale à :
P = Q . w . H . n
avec: n : rendement
w = r. g : poids volumique de l’eau
r : masse volumique de l’eau ( = 1 000 kg/m3 )
g : accélération de la pesanteur ( = 9,81 m/s-2 )
Ces groupes bulbes, de part leur construction à 4 pales orientables, fonctionnent aussi bien en pompes (pour améliorer le remplissage du bassin ) qu’en turbine. Ils mesurent 13.85 mètres de longueur, 6 mètres de diamètre et pèsent chacun 467 tonnes. Ils assurent chacun un débit maximum de 275m3/s. La production dépend directement de la hauteur d’eau. Mais grâce aux pâles orientables, la vitesse de rotation de l’hélice, donc de l’alternateur, se maintient à la vitesse constante de 93.75 tr/min.

Ci-dessous, on peut observer un groupe bulbe en coupe:

Sur cette coupe sont représentés:
en rouge: l’alternateur et le cône turbine
en bleu: le distributeur avant
en vert: le distributeur conique et le cercle de vannage
L’avant-distributeur, constitué par deux rivoles coniques reliées entre elles au moyen de 12 aubes directrices, est la seule pièce d’appui des efforts du groupe ; c’est un ensemble mécanosoudé de très grande rigidité.
Le distributeur est de type conique. Il est constitué de 24 aubages orientables en acier inoxydable. Ces aubages contrôlent, en direction, l’alimentation des pales de la roue de turbine dans le sens mer-bassin. Il permet d’assurer le meilleur rendement pour toutes les chutes et pour tous les débits. Il permet également d’isoler l’eau du bassin de l’eau de la mer en se fermant complètement. Il régule la vitesse de rotation de la turbine.
L’orientation des aubes varie de 0° à 95°. L’orientation est choisie par l’ordinateur qui gère le fonctionnement de l’usine. L’ouverture et la fermeture des aubes du distributeurs est de 1° par seconde, ces mouvements s’effectuent par des servomoteurs. L’action conjuguée des pales et du distributeur assure la régulation de la vitesse de rotation de la turbine.
Les photos ci-dessous donne une idée des dimensions des groupes bulbes:
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| Les travaux ont duré 6 ans occupant 500 à
600 ouvriers.
Les ouvrages ont été construits à sec, à l'intérieur de trois enceintes. |
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La photo ci-dessous montre le chantier en 1963.

La première enceinte fut installée sur la rive gauche, pour la construction de l'écluse, la seconde sur la rive droite pour la construction des pertuis, et la grande enceinte centrale pour la construction de l'usine et de la digue morte.
Les travaux débutèrent sur la rive gauche, à la pointe de la Brebis, par la construction de l'écluse qui autoriserait ultérieurement le passage des bateaux entre la mer et le bassin de retenue. L’enceinte de l'écluse fut obtenue par un mur en béton accroché sur les flancs de la pointe de la Brebis, et construit en travaillant au moment des basses-mers. Cette partie fut mise en service le 19 novembre 1962.
Parallèlement, on a construit le barrage mobile à partir de la rive droite, entre la pointe de la Briantais et l'îlot de Chalibert. Le barrage mobile est long de 115 mètres ; c’est un mur percé de 6 pertuis qui permettent le passage du flot vers l'amont. Un pertuis est une vanne de type wagon, manoeuvrée par un servomoteur à huile. L’enceinte des pertuis fut obtenue en construisant deux lignes de batardeaux, d'environ 175 m de long chacune, en gabions de palplanches métalliques (diamètre 19 m) remplis de sable. Le barrage mobile fut achevé le 24 mars 1963.
L’enceinte de l’écluse et du barrage mobile apparaissent sur le schéma ci-dessous :

Les caissons en béton armé apparaissant sur le schéma ci-dessus sont représentés un peu plus en détail ci dessous:

L'enceinte principale (voir schéma ci-dessous) fut obtenue en construisant deux lignes de batardeaux de 600 m de longueur chacune ; au Nord, un batardeau spécial côté mer, dit "batardeau de coupure ", et au Sud, un batardeau côté estuaire, en gabions de palplanches. La construction de ces deux batardeaux à permis de former entre eux un lac intérieur de quelques dizaines d'hectares. Ensuite, il a suffi de vider le lac intérieur afin de pouvoir travailler au fond à pied sec. On a construit à l'intérieur l'usine marémotrice proprement dite, c'est-à-dire une digue creuse en grande partie, longue de près de 400 mètres, large de 33 mètres et haute de 32 mètres. La mise en eau de l'usine marémotrice a eu lieu le 14 mars 1966.

L’usine de la Rance est commandée en fonction des besoins en électricité par le centre inter-régional des mouvements d’énergie de Nantes. Il est nécessaire d’exploiter l’usine de la Rance de manière optimale pour produire l’énergie au meilleur coût et la rendre disponible au meilleur moment (par exemple pendant les heures de pointe).
Les turbines de l’usine peuvent fonctionner selon 2 modes : le simple ou le double effet. Ce choix est fait en fonction du marnage et de la hauteur d’eau disponible (c’est à dire la différence de niveau entre le bassin et la mer) qui varie dans le temps. Il faut au moins une différence de hauteur de 5 mètres pour produire de l’électricité.
Le simple effet est utilisé lors des marées de marnage inférieur à 12 mètres, ce qui représente environ 3 semaines dans le mois. Le principe est le suivant : à marée montante on laisse entrer l’eau de la mer dans le bassin. Les groupes bulbe fonctionnent en orifice (c’est à dire qu’ils laissent passer l’eau sans être couplés au réseau électrique ; les pales sont ouvertes en grand). Le turbinage se fait uniquement à marée descendante, du bassin vers la mer.
D'autre part, les groupes bulbes peuvent aussi fonctionner en pompe, et remonter artificiellement le niveau de l'eau afin d'élever le niveau du bassin au-dessus du maximum atteint par la marée. Cette opération consomme de l'énergie électrique au lieu d'en produire, et n'est rentable qu'en heures creuses, la nuit par exemple. Ceci permet de produire une quantité d’énergie supérieure quelques heures plus tard lorsque la demande redevient importante sur le réseau électrique. Ce système de pompage-turbinage permet d'ajuster la production en fonction des besoins en électricité du réseau.
Le principe du pompage est schématisé ci-dessous :

Pour une marée à coefficient faible, l’usine produit en fonctionnement simple effet, 450 000 kWh par heure de pointe et consomme 150 000 kW pour le pompage.
Le cycle de fonctionnement en simple effet est donc constitué de cinq étapes successives par marée ; celles-ci apparaissent sur le graphique ci-dessous:

La courbe bleue représente la variation de niveau d’eau dans l’estuaire (ou du bassin) et la courbe rouge la variation du niveau de la mer. Verticalement, le graphique indique l’amplitude en mètres.
1: Ouverture des six vannes. Démarrage des groupes en orifice. La marée montante remplit l'estuaire, il n'y a pas de production d'énergie
2: Fermeture des vannes. Couplage des groupes en pompe. L'énergie électrique prélevée sur le réseau permet une surélévation du niveau de l'estuaire.
3: Arrêt des groupes.
4: Démarrage des groupes en turbinage direct. L'énergie électrique est fournie au réseau, les mètres cubes d'eau pompés sous faible chute pendant la phase 2 sont cette fois turbinés sous une chute plus importante. Le gain en énergie est ainsi 2 fois supérieur à l'énergie absorbée lors du pompage.
5: Arrêt des groupes.
Le double effet quant à lui est utilisé pour les fortes marées lorsque le marnage dépasse les 12 mètres et que les coefficients de marées sont supérieurs à 105 ; c’est à dire environ une semaine par mois. Dans ce mode de fonctionnement, le turbinage se fait dans les deux sens, à marée montante et descendante comme le montre le schéma ci-dessous.

L’usine produit ainsi 400 000 kWh à marée montante et 900 000 kWh à marée descendante.
Le cycle à double effet peut être divisé en 7 étapes par marée comme le monte le graphique ci-dessous:

1: Démarrage des groupes en turbinage inverse Contrairement au cycle à simple effet, la variation rapide du niveau de la mer permet d'obtenir une chute suffisante pour coupler les groupes au réseau et produire de l'énergie au remplissage.
2: Ouverture des vannes. Accélération du remplissage.
3-4: Fermeture des vannes. Passage des groupes en orifice puis couplage en pompe.
5: Arrêt des groupes.
6: Démarrage des groupes en turbinage direct.
7: Arrêt des groupes.
Le cycle simple effet avec pompage est plus utilisé car c’est le mode de fonctionnement des turbines qui offre le meilleur rendement.
Les pourcentages du temps de fonctionnement des turbines dans les différents modes sont les suivants :
Les groupes bulbes permettent donc d'obtenir une énergie non plus en rapport avec le rythme lunaire des marées mais avec le rythme solaire qui est celui des activités humaines.
La construction du barrage a coûté 617 millions de francs en 1967, soit l'équivalent de 3,5 milliards de francs en 1996. On peut estimer le coût de l’énergie marémotrice à 18 centimes du kWh contre 15 centimes pour les centrales hydroélectriques de type fil de l’eau, 25 centimes pour le nucléaire, et 30 centimes pour les centrales hydroélectriques de type lac.
L’usine est connectée au réseau 80,6% du temps. Sa production annuelle brute est de 600 millions de kWh dont 100 millions sont utilisés pour le pompage.
L’usine produit 8% de l’énergie consommée dans les 4 départements bretons ; elle subvient aux besoins en électricité d’une ville comme Rennes (qui est de 300 000 habitants).
C’est aussi un pont routier entre Saint-Malo et Dinard où passent 25 à 35 000 véhicules/jour. Il ramène de 45 à 15 kilomètres la distance entre ces deux villes.
Le trafic à l'écluse peut témoigner de l'attrait de la Rance sur la plaisance : il a plus que triplé entre 1960 et 1980. Cependant, l'explosion de la plaisance conduit peu à peu à des encombrements navals à l'écluse surtout au mois d'août avec plus de 8 000 passages (1 800 en temps normal), et cela malgré les dimensions impressionnantes de l'écluse permettant de livrer passage à un sous-marin.
L'usine emploie en temps normal 58 personnes. Le chantier de rénovation des turbines qui va durer jusqu'en 2005, a créé sur le site 30 nouveaux postes.
Tout estuaire est un fragile équilibre entre eau douce et eau salée, et en barrer l'embouchure bouleverse l'écosystème. La flore et la faune ont été modifiées et restent sous surveillance constante. Après la construction du barrage, il a fallu attendre 10 ans avant que l'estuaire ne redevienne marin et que les bancs de poissons ne retrouvent le chemin de l'estuaire. Les vannes et les turbines empêchent une grande quantité d'espèces marines de remonter dans l'estuaire où elles ont en grande partie disparu. Maquereaux, lançons et autres congres sont maintenant rares; il reste cependant des bars et des lieus.
De plus, l'envasement naturel de l'estuaire de la Rance s'est accéléré depuis la construction du barrage. La présence du bassin de retenue et les marées artificielles favorisent la décantation. On a donc lancé des programmes de valorisation de la vase (épandages dans les champs agricoles, réalisation de talus, utilisation comme matière de comblement pour les terrassements). La vase contient du calcium mais également de l'argile.
C. D'autres projets d'usine marémotrice:
Juste après la fin de la construction de l'usine de la Rance, il y eut un projet d'usine marémotrice au Mont Saint-Michel où les marées font partie des plus importantes du monde. Ce projet prévoyait d'abriter l'usine sous une digue de 80 km de long pour produire soixante fois plus d'énergie que la Rance. Mais la politique énergétique de la France dans les années 1965, sous l'impulsion du Générale de Gaulle, fut de se tourner vers le nucléaire. Ce projet ne vit donc jamais le jour.
L'usine de la Rance est le seul exemple d'utilisation industrielle de l'énergie marémotrice sur la planète . La Grande Bretagne prolonge ses études sur le projet d’aménagement de l’estuaire de la Severn. Un groupe expérimental existe en baie de Fundy au Canada. D’autres études sont en cours en Corée et en Inde.

"Waves, tides and shallowwater processes" (prepared by an Open University Course Team, THE OPEN UNIVERSITY)
Le serveur de la station biologique de Roscoff présente un article sur la marée et son influence sur la biologie des organismes de l'estran
http://www.sb-roscoff.fr/Maree/maree.html
Les pages du SHOM consacrées à ce phénomène :
http://www.shom.fr/sci/marcour/courant.html
Le serveur d'un étudiant, sur les aspects théoriques du phénomène de marée :
http://www.multimania.com/vinaro/maree/mareefin.html
Un serveur suisse, donnant des considérations plus générales :
http://tecfa.unige.ch:7778/5289/4-causes.html
Sur le site Internet de l'EDF :
http://www.edf.fr/EDF/html/fr/contacts/index.html
L'usine marémotrice de la Rance décrite à travers des pages personnelles d'étudiants, sur différents serveurs :
http://perso.wanadoo.fr/npiriou/maree/
http://www.enitab.fr/eleves/GUILLA~1.PRE/RANCE.HTM
http://mtn-cremli.ac-nice.fr/~ere/St_vallier/energie/chap6.html
http://multimania.com/larance/main1.html
http://usinedelarance.multimania.com
Un site sur les moulins à marées en Bretagne:
http://bretagnet.com/moulin_brehat/fonction.html
En baie de Fundy- Nouvelle Ecosse - Canada :
http://parkscanada.pch.gc.ca/nmca/amnc/atlantique/fundy/index.html
http://www.scottwalking.com/quickfacts.html
Un serveur du Mexique :
http://oceanografia.cicesc.mx/predmar/anim/tidegc/html