LE MASCARET

Origine du mot

Le terme "mascaret" proviendrait du nom d'un village se trouvant près de la Garonne, Saint-Macaire, situé au point où le phénomène se produisait le plus en amont sur le fleuve.

Explication du phénomène

Le mascaret est un phénomène hydraulique se produisant dans certains estuaires. Sous certaines conditions, la marée remonte le cours d'un fleuve et se heurte à ses eaux descendantes. Cela crée un train de vagues, analogue à de la houle, qui constitue le Mascaret. Il y ensuite superposition des ondes du mascaret, car la vitesse de propagation étant croissante au cours du temps, les dernières ondes rattrapent les premières.

Il y a généralement 4 à 5 grosses vagues, distantes d'une dizaine de mètres et d'une hauteur allant jusqu'à 2, voire 3 mètres. Il se propage sur une centaine de kilomètres, avant de disparaître à cause de l'affaiblissement du courant de marées. Selon les circonstances (amplitude de la marée) et l'endroit (profondeur de la rivière), on observe alors une surélévation ondulée ou un remous.

Il ne se produit pas tous les jours, mais quand c'est le cas, il a lieu deux fois par jour: le matin et le soir de 7 à 12 heures, avec des pics d'intensité entre 9 et 11 heures. Comme pour la houle, la vitesse de propagation du mascaret v dépend de la hauteur d'eau h et l'accélération de la pesanteur g. Ces trois grandeurs sont liées par la formule suivante : v = (g.h)^1/2. La vitesse moyenne est de l'ordre de 20 km/h.

Elements essentiels pour l'apparition d'un mascaret

Plusieurs conditions doivent etre reunies pour aboutir à la formation d'un mascaret

Pour la marée

Le mascaret se produit à marée basse. La marée doit avoir une forte amplitude et donc, le coefficient de marée doit être assez important, en général supérieur à 100 (même si certains mascarets ont été observés avec des coefficients de 80). Cela se produit principalement lors des marées de vives-eaux ( Nouvelle et Pleine Lune) et au moment des marées d'équinoxe ( 21 mars et 21 septembre).

Pour le fleuve

Le fleuve doit avoir un gros débit, ainsi qu'un faible niveau d'eau. C'est pour cette dernière raison qu'on peut observer un mascaret d'avril à novembre, avec un pic pendant les grandes périodes d'étiages ( mi-août à mi-septembre).

Pour l'estuaire

L'estuaire doit être en forme d'entonnoir, assez large et peu profond (2 à 4 mètres de profondeur). La forme d'entonnoir de l'embouchure provoque l'augmentation de la taille de la vague au fur et à mesure que le mascaret rentre dans les terres.

D'autres facteurs moins importants entrent aussi en jeu, tels la direction du vent ou la pression atmosphérique, qui peuvent accélérer et renforcer le phénomène.

Où trouver des mascarets ?

En France

On pouvait autrefois observer des mascarets sur de nombreuses rivières du territoire: Seine, Garonne, Charente, Dordogne... Malheureusement, les aménagements hydrauliques sur certaines rivières ont rendu impossible la réunion des conditions nécessaires à sa formation. En particulier, celui présent sur la Seine que l'on appelait "barre", a disparu suite aux travaux pour la construction du chenal de Rouen en 1963. Ceux-ci ont modifié l'estuaire, qui a perdu sa forme d'entonnoir. Ce mascaret était tellement énorme (dépassements de 4 m au centre du fleuve et 7 m sur les bords, avec une vitesse allant de 2 à 10 m/s), qu'il en était dangereux pour la navigation: 217 bateaux furent endommagés aux alentours de Quillebeuf entre 1789 et 1850. Ce phénomène était àson maximum à Caudebec-en-Caux, où certains touristes venaient se faire arroser par les vagues qui débordaient.

Il est aussi dans toutes les mémoires pour un événement particulier : Leopoldine, la fille de Victor Hugo, et son mari y auraient trouvé la mort lorsque leur barque se trouva dans le passage du mascaret à Villequier. (Il est cependant à noter que certaines personnes réfutent cette hypothèse, soutenant que le mari provenait d'une famille de marins connaissant bien les mascarets et que l'accident arriva aux alentours de 13 heures, hors de la période propice aux mascarets).

Photos du mascaret de la Seine

Il n'existe actuellement plus de mascarets qu'en Aquitaine, avec ceux de Gironde (Ile Margaux), de Garonne (Ile d'Arcins, Langoiran-Podensac) et de Dordogne (Saint-Pardon).

Ailleurs

Severn, Angleterre

Ce mascaret possède une vitesse moyenne de 15 km/h et peut atteindre 2 mètres de hauteur. Il possède le deuxième marnage le plus important au monde, avec une différence de 15 mètres.

Mékong et Qiantangtjiang, Chine

Gange, Inde

Batang Lupar, Malaysie

Styx and Daly rivers, Australie

Grand Moncton, Canada

Ce mascaret remonte la rivière Petitcodiac. Il possédait autrefois une amplitude allant jusqu'à 2 mètres, mais culmine dorénavant à 75 cm, pour une vitesse maximale de 13 km/h.

Amazone

Pungue, Mozambique

Hauteur de 70 cm.

Quelques records

Hauteur

Mékong (14 mètres) et Qiantangtjiang (7.5 mètres), Chine

Vitesse

Gange (27 km/h), Inde

Largeur

Amazone, Canal de Norte (16 mètres de large)