Bilans de l'usine


 

boule.gif (3849 octets) Ambitions.

 

Le jour de l'inauguration, le Général de Gaulle déclarait : "Ce projet va faire de la Bretagne une des régions essentielles de l'expansion française".

En effet, la décision de la construction du barrage est née lors d'une période de grands projets comme la construction de l'usine nucléaire de Chinon, grande nouveauté à l'époque, en vue de rattraper le retard technologique que présentait la France par rapport aux U.S.A.

L'usine marémotrice a soulevé beaucoup d'enthousiasme à ses débuts, par l'aspect ambitieux de l'ouvrage, le travail qu'elle allait apporter et son aspect révolutionnaire. Mais depuis des problèmes écologiques soulèvent quelques polémiques.

 

 

boule.gif (3849 octets) Bilan environnemental.

puce1.gif (370 octets) Impact du barrage du point de vue des pécheurs.

La construction du barrage a énormément perturbé les habitants riverains et notamment les pêcheurs. Il n'existe plus au sein de l'estuaire de marées naturelles. La Rance est balayée de flux et de reflux artificiels, créés suivant les besoins de l'usine : il arrive que la mer monte en trois heures seulement. Le barrage exerce un diktat sur la nature.

Les habitudes anciennes des pêcheurs qui travaillaient avec l'heure de la mer ont été perturbées. En effet leur planification de leurs travaux ne peut se faire que 48 heures à l'avance grâce aux diffusions, par la presse locale, du niveau dans le bassin et des horaires correspondants. Ainsi, il est difficile aux marins de s'adapter aux contraintes de circulation imposées par l'ouverture et la fermeture de l'écluse et les possibilités offertes par le niveau d'eau dans le bassin. Le barrage a rompu le lien entre estuaire et bord de mer : autrefois, les marins venaient confectionner leur équipage dans l'estuaire. Aujourd'hui les deux activités sont intégralement distinctes.

Le barrage est peu aimé dans la région. Les marins qualifient leur estuaire de "grand lac salé".

De même dans le domaine de la pisciculture des contraintes rendent cette activité difficile à exercer. Les panneaux des pisciculteurs risquant d'entraver la libre circulation de l'eau, ils sont de ce fait mal percus par EDF.

Cependant le bassin de la Rance offre des conditions particulières : eaux abritées, eaux relativement profondes, souvent renouvelées donc bien oxygénées. La technique des cages flottantes est donc bien adaptée à la production des salmonidés.

 

puce1.gif (370 octets) Modification de l'écosystème.

puce2.gif (226 octets) Une nouvelle faune.

Tout estuaire est un fragile équilibre entre eau douce et eau salée, en barrer l'embouchure modifie forcement l'écosystème. Aujourd'hui l'estuaire n'est plus qu'un lac d'eau douce, la flore et la faune ont donc été nécessairement modifiées et restent sous surveillance perpétuelle. Les vannes et les turbines empêchent une grande quantité d'espèces marines de remonter dans l'estuaire où elles ont en grande partie disparu. Maquereaux, lançons et autres congres sont maintenant rares; il reste cependant des bars et des lieus.

D'ailleurs, M. Le Mao, directeur de l'IFREMER de Saint-Malo est formel : "la faune de la Rance a été perturbée par l'implantation du barrage et la modification de l'écosystème. Depuis 1976, on assiste à un retour à une phase d'équilibre (différente d'avant le barrage), avec une abondance de poissons "bons nageurs", comme les bars et les lieus...et une grande diminution des poissons plats."

Des études effectuées par le Laboratoire Maritime du Muséum d'Histoire Naturelle basé à Dinard ont montré une forte augmentation de la production de plancton et un accroissement du nombre des espèces benthiques, ce qui confirme la diminution du nombre de poissons.

Sur les rivages du bord de la Rance, les pêcheurs sont catégoriques : ils n'ont pas retrouvé leur pêche d'antan.

 

puce2.gif (226 octets) L'envasement.

L'estuaire de la Rance subit depuis la construction du barrage un fort envasement. La présence du bassin de retenue et les marées artificielles favorisent une forte décantation qui va parfois jusqu'à un phénomène de poldérisation. Les plages de part et d'autre du barrage le prouvent : à 300 mètres en amont, les plages sont recouvertes d'une accumulation de 70 centimètres de vase, alors qu'à 100 mètres en aval, les plages sont intégralement sableuses. Pour l'EDF ce problème se produit dans la plupart des estuaires et n'est donc pas lié à l'usine.

Si on ne peut empêcher le phénomène, il faut essayer d'y remédier. Depuis longtemps, les agriculteurs riverains ont l'habitude de venir chercher de la vase dans l'estuaire pour l'épandre comme amendement. Ce produit contient du calcium et également de l'argile. Mais, le sérieux envasement de la Rance a provoqué des polémiques et des programmes d'expérimentations de valorisation de la vase ont été lancés par différents organismes :

puce3.gif (235 octets) Essais plein champs par l'antenne de la Chambre d'Agriculture des Côtes d'Armor Ce programme expérimental lancé en 1993 s'est déroulé sur une période de 5 ans. Il comprend la collaboration de 10 agriculteurs.

Objectifs de ces essais :  

Faire l'analyse de terres amendées et témoins

ø Évaluer le rendement spécifique

ø Projeter à long terme des potentialités de poursuite de l'opération

ø Calculer les coûts

ø Établir le bilan économique

ø Étudier l'impact écologique d'un tel amendement.

Déroulement :

C'est grâce à la collaboration des agriculteurs que ces essais en plein champ ont pu être réalisés. Un volume de 1099 m3 de vase a été pris en charge par les agriculteurs dont :

ø 20% ont été épandus

ø 30% ont été stockés pour un épandage ultérieur

ø 10% ont servi pour la réalisation d'un talus

ø 40% ont été utilisés pour le terrassement : nivellement, comblement.

Premiers résultats :

Ces essais ont pour l'instant montré que l'épandage direct ne sera réalisable qu'à certaines périodes (mars, août, septembre) et que le stockage entraînant un séchage naturel permet le broyage du matériau et donc améliore l'homogénéisation de l'épandage

 

puce3.gif (235 octets) Description des expériences menées par le Centre d'Aide par le Travail des Quatre Vaulx de Corseul.

Objectifs des essais :

ø cerner les risques de phytotoxicité des sédiments marins

ø démontrer l'intérêt de l'amendement calcaire et argileux

ø contrôler l'incidence de l'utilisation directe des sédiments sans lessivage préalable par les pluies

Réalisation d'essais en caissette :

(Avril-Mai 1993) Il s'agit dans ces essais de cerner le risque de phytotoxicité des vases selon les doses d'utilisation. En effet, les vases d'origine maritime contiennent du calcium et du sodium en quantités non négligeables. Les expériences réalisées se sont déroulées de la manière suivante :

ø test d'un produit : vase d'origine maritime.

ø terre des Quatre Vaulx à amender. C'est une terre limoneuse à taux d'argiles relativement faible.

ø essais de 10 doses : produit de 10 tonnes/ha à 100 tonnes/ha.

ø 2 cultures par caissette : tomates et maïs.

Résultats :

Les plantes de la rangée de caissettes, qui ont reçu une dose comprise entre 15 et 55 tonnes/ha, ont eu un développement végétatif plus important. A partir de 65 tonnes/ha, les plantes semblent atrophiées. Il existe donc un seuil de phytotoxicité situé au-dessus de 55 tonnes/ha de vase. Pour une dose supérieure, la vase devient toxique pour la plante.

 

puce3.gif (235 octets) Retour d'expérience.

Ainsi ces différentes expérimentations ont montré tout l'intérêt que l'on pouvait tirer des vases pour reconstituer la couche argilo-humique des sols. De plus, on peut utiliser les vases pour faire des talus qui constitueront autant de filtres naturels pour maintenir la pollution diffuse. Assurer l'étanchéité d'une zone de lagunage peut se révéler comme une autre utilisation de ces vases. De plus, le laboratoire de Chimie des matériaux de Rennes a montré l'intérêt des vases pour l'enrobage des déchets ou l'inertage des poussières. Autant d'utilisations qui permettraient peut-être de diminuer le fort envasement de la Rance surtout que cette première expérimentation a montré l'intérêt d'un dragage de la Rance pour constituer des pièges à vase.

 

 

 

 

boule.gif (3849 octets) Bilan économique et social.

 

L'usine marémotrice de La Rance est un site industriel, touristique et routier. A ce titre, depuis 30 ans, elle est un acteur important du développement économique et social de la Bretagne ainsi qu'une composante majeure de l'animation et du dynamisme touristique de la région malouine.

 

puce1.gif (370 octets) L'usine, génératrice d'emplois.

 L'usine emploie en temps normal 58 personnes. Le chantier de rénovation des turbines qui va durer jusqu'en 2005, a créé sur le site 30 nouveaux postes. Ces effectifs supplémentaires et leurs familles resteront dans la région pendant la durée du chantier.

puce1.gif (370 octets) Seize millions de taxes versées par an.

L'usine marémotrice de La Rance a choisi de s'impliquer au niveau régional dans une politique de partenariat. 30 % des prestations extérieures nécessaires à l'exploitation et à la maintenance de l'usine, sont ainsi assurées par des fournisseurs régionaux. L'usine marémotrice de La Rance est également une source de revenus pour les collectivités locales. Ainsi, près de 16 millions de francs par an sont versés en taxes foncières et professionnelles, principalement aux deux communes riveraines (Saint-Malo et La Richardais) ainsi qu'au département et à la région.

puce1.gif (370 octets) Un outil d'aménagement du territoire.

 Outre sa fonction de production d'énergie, l'Usine Marémotrice de la Rance est aussi un maillon indispensable de l'axe routier qui relie Saint-Malo à Dinard en 15 kilomètres au lieu de 45 kilomètres auparavant. Une moyenne de 20 000 véhicules (35 000 en été) empruntent quotidiennement la route à quatre voies qui surplombe l'ouvrage. L'existence de cette liaison routière contribue largement à l'économie des deux rives de la Rance.

puce1.gif (370 octets) Le premier site industriel en France.

 L'usine Marémotrice de la Rance jouit d'une renommée internationale. 300 000 personnes, de toutes nationalités, visitent chaque année l'usine. Elle est ainsi le premier site touristique industriel de France. Écoliers, lycéens, étudiants, associations, touristes, ingénieurs et experts du monde entier découvrent chaque jour cette usine unique au monde et sa technologie originale. Cette importante fréquentation de l'usine génère des emplois dans le secteur touristique local (voyagistes, hôtels, restaurants, commerces... ).

puce1.gif (370 octets) Un pôle d'activités nautiques et de loisirs.

 Grâce à l'implantation de l'Usine Marémotrice, l'estuaire de La Rance est aujourd'hui un plan d'eau abrité de 22 km² propice à la pratique de nombreux loisirs, les randonnées en kayak, la voile, la natation, etc. La fréquentation de l'estuaire par les plaisanciers a fortement augmenté. En 1993, on recensait 1 822 mouillages dans le bassin de La Rance et 2 811 à proximité (Dinard, Saint-Malo et sur la zone allant de l'écluse du Chatelier à Dinan) alors qu'en 1959, ils étaient de seulement 211 plaisanciers dans l'estuaire et 595 à proximité. L'évolution du trafic à l'écluse du barrage de La Rance témoigne également de l'essor de la plaisance dans l'estuaire. Le fonctionnement de l'écluse engendre deux types de contraintes :

- pour les plaisanciers : certains week-ends, particulièrement en été, l'affluence est telle que certains bateaux doivent attendre le sas suivant pour être éclusés. Cependant, cette situation concerne moins de 1 % des bateaux passant l'écluse.

- pour les automobilistes : la levée du pont lors des éclusages entraîne une interruption de la circulation routière de 15 minutes au maximum. En période estivale, cette interruption conjuguée à la densité de la circulation provoque parfois des embouteillages.

puce1.gif (370 octets) Un espace sécurisé.

 Aux abords de l'usine, en amont et en aval de l'ouvrage, un balisage délimite la zone interdite à la navigation. Un filin en acier équipé de bouées constitue une deuxième barrière de protection. Ce barrage a eu l'avantage de retenir quelques imprudents : plaisanciers et véliplanchistes débutants qui, au gré des vents et courants finissent accrochés à ce dernier secours et c'est l'un deux qui, épuisé, a tout lâché et est passé sous une des grandes vannes pour finir sur les rochers de la rive droite. Par ailleurs, l'usine Marémotrice de La Rance est équipée de caméras qui permettent aux éclusiers de surveiller en permanence les abords de l'usine (avec intensificateur de lumière la nuit). Une liaison VHF (canal de sécurité) permet aux navigateurs de dialoguer avec l'éclusier. Celui-ci peut intervenir à tout moment et 24 h/24 sur l'installation si la sécurité des personnes est en jeu.

 

 

 

boule.gif (3849 octets) Des questions en suspens.

 

Le barrage répond t-il à ses objectifs, qui sont la production d'électricité pour la Bretagne et une vitrine d'une technologie rentable ?

L'usine marémotrice produit actuellement l'équivalent de la consommation électrique annuelle d'une ville comme Rennes, soit 3% des besoins en électricité de la Bretagne. Le kilowattheure produit par l'usine est compétitif : en effet, son prix de revient se compare facilement à celui de l'énergie livrée par d'autres types de centrales.

Aussi, l'impact de l'implantation du barrage, tant écologique que social, est évident. Cependant, compte tenu du nombre considérable de facteurs en jeu, il est difficile d'en mesurer l'ampleur et de se faire une opinion juste sur le problème. Il est pratiquement impossible de rassembler toutes les données et de connaître la véracité des chiffres cités par l'E.D.F. ou par les sociétés écologistes. De plus, il apparaît clairement que la virulence des écologistes n'a d'égal que la subjectivité des partisans de la construction du barrage. Si l'envasement, au centre du conflit, a sans doute été accentué par la présence du barrage, la polémique n'est pas constructive car le problème existe et il faut le traiter. Les agriculteurs et les organismes de recherche l'ont bien compris puisqu'ils participent aux programmes de valorisation des vases de la Rance. Mais, il ressort tout de même que le monde agricole de la région de Dinan, s'il est prêt à mettre ses terres à la disposition du projet, ne financera pas le désenvasement de la Rance en prenant à sa charge le transport des dizaines de milliers de m3 nécessaires, travail que l'on peut chiffrer aux alentours de 12,5 millions de francs par an.

De plus, il faudrait revoir le mode de gestion du barrage et de son environnement : en effet, l'eau appartient à l'E.D.F. alors que les rives sont domaine public maritime géré par l'Etat. A chaque colloque, il y a environ 40 personnes (services de l'E.D.F., actions sanitaires, affaires maritimes, sous-préfets et membres de l'association des riverains et usagers de la Rance) ce qui rend actuellement la Rance difficilement gérable.

 

Pérennité du projet ?

En France :

Un projet  d'usine marémotrice gigantesque fut longtemps à l'étude dans la baie du Mont Saint-Michel, où les marées sont parmi les plus importantes au monde. 

En s'appuyant sur l'expérience de La Rance, il s'agissait de créer 2 grands bassins de 1 100 km2 chacun grâce à une digue de 55 km par 30 à 40 m de fond. En utilisant les 15 m d'amplitude de la marée, il aurait été possible d'obtenir un débit de vanne de 500 000 m3/s et de produire entre 30 et 40 TWh d'électricité. Les répercussions écologiques auraient été telles que le projet a été finalement abandonné.

A l'étranger :

Dans un bras de la baie de Fundy, située dans le sud-est du Canada, sur l'Atlantique où l'on enregistre les plus fortes marées du monde (19,6 m par coefficient de 120) un projet du même type a avorté pour des raisons similaires à celles du Mont Saint-Michel.

 

 


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