Forages

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Comme c'est déja le cas, on pourrait imaginer faire un nouveau forage près de la zone cultivée, afin de pouvoir irriguer les cultures sans avoir de problème de stokage de l'eau. Cependant, le forage n'a pas été retenu comme solution durable pour notre projet d'irrrigation puisqu'il accélère la salinisation des sols et participe à la diminution et au tarissement de la nappe phréatique. De plus, à cause d'une mauvaise connaissance de la géologie, il est très difficile de creuser un puits judicieusement situé afin que l'eau ne devient pas rapidement saumâtre et ne nécessite aucun traitement. Dans le développement qui suit, nous avons détaillé les raisons invoquées précédemment.

Photo prise lors de la mise en place d'un forage en afrique

Photo prise lors de la mise en place d'un forage en Afrique (1)

  • Salinisation des sols

La salinisation est un processus d’enrichissement d’un sol en sels solubles qui aboutit à la formation d’un sol salin. Aujourd’hui, de 10% à 15% des surfaces irriguées (soit environ 45 Mha) souffrent de problèmes de salinisation. Environ 0,5% à 1% des surfaces irriguées sont perdues chaque année (2). On peut alors se demander comment l’irrigation participe t-elle à la salinisation des sols ?

  1. La première raison, c'est que l'irrigation contrairement à une pluie forte ne lessive pas le sol ce qui génère un processus de concentration des sels. En effet, l'irrigation consiste à diminuer les flux d'eau et les répartir sur l'année pour une meilleure croissance des espèces végétales.
  2. Ensuite, dans le cas d'une irrigation par pompage d'eau souterraine, on altère le bilan hydrique du sol en générant un apport d’eau supplémentaire, qui correspond à un apport en sels puisque l’eau pure est perdue par évaporation mais les sels restent et s’accumulent dans le sol. En effet, même une eau douce de très bonne qualité contient des sels dissous et, même si la concentration de sels semble négligeable, multipliée par la quantité d’eau apportée au fil du temps par l'irrigation, cela entraîne un dépôt cumulé de sels dans les sols qui peut s’avérer considérable. Ce phénomène est à l'origine de la formation de sols sodiques, type de sol extrêmement sodique et ainsi d'une baisse très significative des rendements.

Exemple de sol très salinisé en Thailande

Exemple de sol très salinisé en Thailande (3)

 

Ainsi dans les régions arides ou semi-arides, l'effet est d'autant plus marqué car d'une part le climat sec nécessite de grandes quantités d'eau pour l'irrigation et d'autre part les eaux de surface et les eaux souterraines sont relativement riches en sels (parce que l'eau s'est infiltrée dans des sols qui contiennent généralement des minéraux facilement altérables). Par exemple, un agriculteur au Sénégal peut avoir à appliquer jusqu'à 60 cm d'eau pour répondre aux besoins en eau des cultures annuelles, d'après les calculs fait précédemment correspondant à des besoins pour le maraîchage. Même si l'eau d'irrigation est relativement pauvre en sels, cela entraîne le dépôt d'au moins 4 tonnes/hectares de sels sur le sol par an (on a pris une eau contenant 0.66g de sels par litre d'eau, (1)).


Ainsi on peut conclure que l'irrigation par forage de la nappe d'eau douce n'est pas une solution durable au développement de l'agriculture vivrière et à l'alimentation des habitants de Mar Lodj. En effet, pomper de l'eau dans la nappe d'eau douce contribue à accélérer la salinisation des sols.

 

  • Diminution des nappes phréatiques

Dans les régions arides et semi-arides les eaux des nappes souterraines proches de la surface assurent, conjointement avec les eaux de surface (rivières, lacs), l'approvisionnement en eau de la végétation. La capillarité du sol permet la montée de l'eau souterraine vers la surface, où elle est assimilée par les racines. Les racines de certaines plantes comme par exemple le tamaris ou l'acacia sont même capables d'atteindre des eaux souterraines à 30 mètres de profondeur (4).

Dans les dépressions de terrain remplies par de l'eau stagnante ou courante lentement (cuvettes lacustres et deltas continentaux) les rapports entre les niveaux des nappes souterraines et les niveaux d'eau de surface sont très directs. Comme ces dépressions disposent souvent d'une végétation très riche, elles servent de biotope pour la faune locale ou bien d'étape ou même de destination pour les oiseaux migrateurs. En conséquence, l'abaissement des nappes souterraines ne met pas seulement en question le ravitaillement en eau de l'homme, du bétail, de l'agriculture et de l'industrie, mais aussi de la végétation, qui ne dispose pas de la possibilité d'exploiter d'autres ressources. L'abaissement des eaux souterraines contribue ainsi à la progression des zones désertiques. Pour ces raisons, il est important de protéger les eaux de surface aussi bien que les eaux souterraines contre la surexploitation et la pollution, d'où notre volonté de ne pas participer à l'épuisement de la nappe.

 

  • Mauvaise connaissance de la géologie


Connaître la géologie du lieu est vraiment indispensable avant de forer un puits, ainsi on peut déterminer quelles roches ou couches, entre deux cotes de profondeur donnée, est capable de contenir de l'eau. En effet, peut être existe t-il, une couche isolée de l'eau de mer par une couche imperméable (argile) intermédiaire qui bloquerait l'eau de mer et qui ainsi permetterait d'obtenir de l'eau douce pour une longue période. Cependant, il faut savoir que l'eau de cette couche isolée a la possibilité d'être trop minéralisée (car généralement les eaux profondes sont plus anciennes et réagissent plus longtemps avec la roche qui la contient), dans ce cas il faudrait la traiter en surface, même si elle n'est pas contaminée par l'eau de mer, ce qui coûte assez cher. De ce point de vue aussi, puisque l'on ne connait pas assez précisement la géologie de l'île, le forage d'un nouveau puits ne semble pas non plus ici la bonne solution.

 

Conclusion

Ce paragraphe explique pourquoi nous avons préféré récupérer l'eau de pluie pour irriguer plutôt que de puiser de l'eau dans la nappe. Toutefois, il faut admettre que la récupération des eaux de pluie modifie légérement l'équilibre en eau entre la pluie, le débit
des fleuves et le niveau des nappes souterraines.

 


 

Bibliographie:

1.Photo de Marc Guénard, consulté le 02/03/2009
http://www.pseau.org

2.Site internet du centre d'information sur l'eau agricole et ces usages, consulté le 22/02/09 (recherchez salinisation)
http://www.ciseau.org/index_fr.jsp

3.Photo du site de la socièté Allemande BGR, consulté le 03/03/2009
http://www.bgr.bund.de

4.Site internet d'un projet sur la gestion de l'eau au Mali, consulté le 23/02/09
http://www.les-eaux-du-sahel.ch/resume.html