Contexte technique

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VI] Contexte technique

 

6.1 Pratiques agricoles

Malgré le mode de gestion traditionnelle des ressources naturelles du terroir, l'agriculture connaît un regain de forme. L'usage des déchets de produits halieutiques comme amendement des terres de culture confére une fertilité durable. L'agriculture et l'élevage sont deux maillons du développement local de l'île. Ceci amène les acteurs à utiliser des méthodes culturales axées sur l'assolement et la rotation des parcelles agricoles. Le potentiel des terres de culture est faible par rapport à l'essor démographique. Grâce à l'émigration des jeunes vers les grands centres de pêche ou des villes, la répartition des terres est une constante qui dépasse rarement 1 ha par actif. Ainsi, en associant élevage et agriculture et en procédant à la rotation des parcelles et des cultures, les habitants tentent d'optimiser leur rendement par des pratiques agricoles adaptées à leurs moyens.

Concernant le jardin maraîcher, les propriétaires de parcelle ont eu des "cours" pour apprendre les bases techniques de maraîchage qui constitue une innovation agricole: ils ont été sensibilisés aux insecticides, à la rotation des cultures, à l'arrosage régulier, à l'entretien propre à chaque type de culture,...

Des témoignages des différents agriculteurs ressortent plusieurs problèmes dont il faut tenir compte pour notre projet:

  • la vétusté de l'équipement agricole
  • les déficits pluviométriques;
  • l'éloignement de certaines terres de cultures;
  • l'expansion des sols sulfatés et acidifiés;
  • la salinisation et l'avancée de la langue salée;
  • l'insuffisance d'équité sociale autour de la ressource foncière.

 

6.2 Infrastructures et équipements

Malgré son enclavement, l'île regorge d'importants équipements: son environnement attrayant a suscité l'intérêt de plusieurs ONG et associations qui ont mené des projets dans des secteurs aussi variés que l'agriculture, l'éducation, la santé et le transport pour améliorer le niveau de vie des populations tout en préservant le patrimoine local.

Dans le cadre de notre projet, il est essentiel de connaître les équipements existants pour pouvoir adapter la réalisation du bassin aux moyens matériels ou envisager la location voire l'achat d'outils à rapatrier avec les moyens de transport existants. Les équipements qui nous intéressent à l'échelle de l'île entière sont:

  • un parc de pirogues motorisées avec des machines de 15 à 25 chevaux assurant la liaison du territoire avec l'extérieur. Chaque village posséde son propre embarcadère,
  • un forage hydraulique desservant les quatre villages,
  • des dizaines de puits,
  • quatre abreuvoirs de bétail,
  • treize bornes fontaines publiques et sept branchement privés,
  • une batteuse, une décortiqueuse et des moulins à mil,
  • un barrage à deux ouvrages (un de retenue, et un anti-sel),
  • un périmètre agricole aménagé sur 448 casiers.

Les barrages ont été construits avec l'aide de l'association Caritas: le premier a été construit "à la main" par les habitants qui ont creusé et rassemblé de l'argile tandis que pour le second, une pelleteuse avait été transportée sur l'île en mettant deux pirogues paralléles. Cette solution était risquée et n'est plus envisageable. En cas de besoin d'outils aussi volumineux, il faudra donc envisager un autre moyen de transport en sachant que la population est volontaire dans la mesure du possible. La solidarité entre les populations et l'équité sociale de Mar Lodj sont des atoutsprimordiaux dans la dynamique organisationnelle.
La plupart de ces équipements sont à financement participatif ou autonome de la population. On peut souligner ici le fait qu'il est difficile de mettre en place un financement autonome. Pour citer un exemple, une grande partie du village de Mar Lothie a été équipée en batterie et devait mettre de l'argent de côté chaque mois en prévision d'un renouvellement après 5 ans d'usage mais en l'absence de comité de gestion, personne n'a réalisé d'économie. Il est donc primordial dans le cas du bassin de collecte et du maraîchage de mettre en place un comité de gestion efficace et surtout de faire participer les habitants au projet pour qu'ils se projettent dans l'avenir et envisage une gestion durable.

 

 

6.3 L'irrigation dans le cadre d'une politique de gestion des ressources en eau

Comme le fait remarquer la FAO dans son rapport de 1993 : « A mesure que la concurrence, les conflits, les pénuries, les déchets, le gaspillage et la dégradation des ressources en eau augmentent, les décideurs portent leur attention sur l'agriculture comme soupape de sécurité du système ».

Les compétitions pour l'eau dans les pays arides sont fortes et croissantes, et souvent conflictuelles entre les différents secteurs d'utilisation. Des conflits surviennent également entre les modes de collecte de l'eau : récupération d'eau de pluie contre approvisionnement traditionnel, surtout à partir d'eau souterraine (puisage modéré, captage gravitaire par galeries, forages profonds).

La gestion des ressources par les moyens réglementaires, basés sur les droits d'eau, prime traditionnellement sur une gestion des instruments économiques qui désavantagent généralement les agriculteurs (encore que parfois les droits d'eau fassent l'objet de location ou de cession dans les conditions de marché locales).

Dans de nombreux pays, l'irrigation, et surtout les méthodes de récupération d'eau offrent un fort potentiel de réduction des volumes d'eau inutilisés et de gaspillage, d'économie d'eau et de gain de productivité.

La faible part du coût de l'eau à la charge des agriculteurs irrigants (qui sera finalement nulle dans notre cas, à long terme) est le principal frein aux progrès d'efficience et de valorisation des cultures irriguées, car elle engendre souvent un gaspillage de l'eau.

 

6.3.1 Historique et actualité de l'irrigation dans le monde

L'irrigation, pratique qui consiste pour l'homme à apporter de l'eau aux cultures, est extrêmement ancienne. Elle remonte à la préhistoire, selon les spécialiste elle serait contemporaine à la naissance de l'agriculture même. L'irrigation a favorisé la sédentarisation, permettant aux hommes de contrôler les productions agricoles, et aurait même été la source de l'éclosion des premières civilisations. La gestion de l'eau a imposé des entente précoces entre les membres des communautés, et dans les réseaux importants des accords entre les communautés elles-mêmes, souvent sous l'égide du pouvoir central. La création et le fonctionnement de grand réseaux laisse supposer l'intervention des Etats, mais les petits réseaux et leur juxtaposition dans l'espace pour finalement former de grandes zones irriguées pourraient avoir pour origine des initiatives locales (le débat reste vif).

Les foyers de naissance de l'irrigation sont nombreux, celui le plus proche des conditions de notre projet est celui du Moyen-Orient et de la vallée du Nil.

Aujourd'hui, les statistiques concernant les surfaces irriguées par pays ne sont pas sûres et varient beaucoup d'une source à l'autre. Nous retiendrons les données FAO de 1994, la plupart étant des estimations. Sur le continent Africain, seulement 1,17% des surfaces agricoles seraient irriguées. L'irrigation en Afrique est éparpillée dans les zones de climat tropical sec, où sans elle, les cultures resteraient limitées à la saison des pluies, et donc aléatoires en durée. Les plus grands aménagements sont tous situés dans les pays qui ont fait partie de l'Empire britannique (le Nigeria notamment), dont la politique coloniale a favorisé la création de grands périmètres irrigués de culture d'exportation (coton, cacao...). Mais même là les surfaces irriguées ne représentent qu'un faible pourcentage : 0,3% en moyenne !

L'irrigation s'adjuge 70% de la consommation d'eau dans le monde.

 

6.3.2. La recherche en irrigation

L'irrigation étant un facteur essentiel de la maîtrise de la production agricole et de la satisfaction des besoins alimentaires liés à la croissance démographique, le développement considérable de l'irrigation à travers le monde engendre néanmoins de grave problèmes dans plusieurs domaines : raréfaction des ressources en eau, dégradation des sols, échecs socio-économiques... Devant une telle situation de nombreuses initiatives ont été prises pour faire le point sur les problèmes posés et les besoins de recherche nécessaire pour apporter des solutions efficaces :

  • Etat des lieux et définition de programmes de recherche

  • Technologie des équipements pour économiser l'eau et conserver les sols

  • Bien choisir le matériel d'irrigation

  • Recherches en économie appliquée

  • Réhabilitation, management et approche systémique

  • Organisations internationales (l'IIMI, Institut International pour le Management de l'Irrigation ; l'IPTRID, International programme for Technology Research in Irrigation and Drainage, la CIID, Commission Internationale de l'Irrigation et du Drainage ; le PNUD, Programme des Nations Unies pour le Développement...)

 

 

Liens vers les sites complémentaires :

IIMI : http://www.iwmi.cgiar.org/

IPTRID : http://www.fao.org/landandwater/iptrid/index.html

CIID : http://www.icid.org/index_f.html

PNUD : http://www.undp.org/

 

Bibliographie

  • CADDEL Consulting (Cabinet d'Appui à la Décentralisation et au Développement Local) Schéma d'Aménagement et de Gestion du terroir intervillageois de Mar (CR de Fimela/Fatick), étude commandée par la Caritas de Kaolack, Sénégal, mars 2005

  • Tiercelin, J-R. (1998) Traité d'irrigation, Lavoisier TEC & DOC, Paris. pp 711-808