Comparaison des filières choisies selon les axes du développement durable

Le deuxième volet de notre étude consiste en la comparaison des deux filières développées précédemment. Pour cela, nous nous appuyons sur des critères de comparaison établis selon les trois axes du Développement Durable, ainsi que sur un aspect réglementaire. Nous avons déterminé des paramètres communs aux deux filières de manière à pouvoir "comparer ce qui est comparable". Le résultat est résumé dans le tableau nommé « Comparaison des deux filières étudiées selon les axes du Développement Durable » ci-dessous.

 

Tableau 1 : Comparaison des deux filières selon les axes du développement durable

Certaines différences observées entre ces deux techniques nous semblent être d’une importance majeure (prédominante par rapport à d’autres), comme par exemple les performances épuratoires, la production des boues, le coût d’investissement et d’opération, ou encore les contraintes pour les utilisateurs… Nous allons détailler ces points précis dans la suite.

 
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1. Performances

En ce qui concerne les performances, nous avons vu que les filtres à sables étaient très sensibles aux eaux corrosives issues de la fosse ainsi qu’aux variations de charges hydraulique et organique. Les dysfonctionnements sont très difficilement repérables car les drains sont enterrés. De plus, la nature du sable influe grandement sur le fonctionnement et la pérennité du système, ainsi que sur ses performances épuratoires, celles-ci étant difficilement évaluables car les eaux sont infiltrées dans le sol. 

Les filtres plantés de roseaux ont de meilleurs résultats au niveau de la résistance aux à-coups hydrauliques et aux variations de charge. Leurs performances épuratoires sont mesurables au niveau du gaudet en sortie du fossé filtrant et sont très encourageantes. Sur ce critère, les filtres plantés de roseaux nous apparaissent donc comme plus performants.

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2. Production de boues

Un avantage très important des filtres plantés de roseaux réside dans le fait que la production de boues est très faible voire nulle. En effet, comme nous l’avons expliqué précédemment, les matières organiques accumulées en surface du filtre subissent une dégradation aérobie, beaucoup plus rapide que la dégradation anaérobie qui a lieu dans une fosse toutes eaux. Les boues sont soit compostées soit elles restent en place et la couche en surface doit être enlevée seulement tous les 10 à 15 ans (opération de curage). Ainsi, on évite la nécessité de vidange des boues (comme dans les fosses toutes eaux) ainsi que leur traitement ou épandage (gain écologique). 

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3. Aspect économique

Un autre avantage des filtres plantés de roseaux réside dans les coûts. 

Coûts d’investissement

L’investissement peut paraître assez élevé pour les filtres plantés de roseaux mais il est approximativement équivalent à celui d’une filière traditionnelle (fosses toutes eaux et filtres à sable). 

Coûts d’opération

L’entretien des filtres plantés de roseaux est, quant à lui, beaucoup moins onéreux que celui des fosses toutes eaux et des filtres à sable. 

En effet, une fosse toutes eaux doit être vidangée par un professionnel au minimum tous les quatre ans (coût : entre 150 et 300 euros selon le volume de la cuve), les boues doivent être traitées et le filtre à sable doit être reconstruit tous les 10 à 15 ans en changeant le sable, qui est un matériau coûteux. 

Les filtres plantés de roseaux, au contraire, sont pérennes. Leur entretien se résume au faucardage des végétaux tous les ans ainsi qu’au raclage du filtre tous les 10 à 15 ans (s’il n’y a pas de compostage) et n’engendre donc aucun coût. Il peut être effectué par un habitant de l’éco-village à condition qu’il ait reçu une formation sur les différentes manipulations à effectuer.

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4. Ecobilan

Ne pas transporter ni traiter des matières de vidange de fosse, ne pas changer les granulats de massifs filtrants, la durée de vie accrue ainsi que la possible de valorisation des eaux usées constituent les bases d’un écobilan très positif pour la filière des filtres plantés de roseaux, par rapport à la filière fosses toutes eaux et filtres à sables.

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5. Toilettes sèches 

Les toilettes sèches nous sont apparues comme une alternative à ne pas négliger. En effet, c’est actuellement la plus simple, la plus économique et la plus écologique qui soit, dès lors qu’elle est correctement utilisée et maîtrisée. 

Elle permet d’économiser environ 50 L d’eau par personne et par jour, soit 30 à 45 % de la consommation d’eau totale des ménages, et d’éliminer la pollution de cette eau directement à la source. 

Il faut cependant être vigilant quant au système de toilettes sèches que l’on utilise. Seul le principe des toilettes à litière biomaîtrisée est réellement pertinent. Les toilettes à dessiccation ou à séparation de l’urine et des matières fécales comportent de nombreuses aberrations : ils empêchent la réalisation d’un bon compostage, sont souvent source d’odeurs et de pollution des nappes phréatiques si l’urine est utilisée dans le jardin. Ils sont, en outre, énergétivores et coûteux.

Enfin, les toilettes sèches permettent de réduire la surface du système de traitement des eaux en aval, compte tenu du fait que la charge polluante sera beaucoup moins importante et le volume des effluents plus faible.

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6. Bilan

Le choix de la filière reste subjectif et dépend fortement du contexte local, des motivations, de la sensibilité et des concessions que sont prêts à faire les futurs usagers. 

Dans le cadre de l’éco-village étudié, ce choix sera fait en concertation avec tous les habitants et le propriétaire, qui devront prendre en compte les compromis à faire afin de trouver la solution qui leur correspond le mieux.