Fiche 2 : Les enjeux du projet

Enjeux globaux et structure du projet

     C’est de ce constat d’épuisement quantitatif et qualitatif des ressources, allié à la volonté d’insérer notre projet dans une réflexion sur les trois axes du développement durable, qu’est née l’idée d’étudier techniquement différents volets de notre vie quotidienne afin de les optimiser et de les insérer au mieux dans une démarche de développement durable. Ainsi, notre étude porte sur l’amélioration de nos modes de consommation concernant trois points particuliers à différentes échelles :
- l’économie d’eau au sein des habitats : un impact local,
- le respect de l’environnement lors du rejet des eaux usées : un impact local,
- le choix de filières d’emballages plus respectueuses de l’environnement : un impact national et mondial.

     Notre objectif de développer des techniques d’aménagement et des modes de consommation durables s’insère pleinement dans le fonctionnement des éco-villages. Nous avons donc choisi de nous associer à l’un d’entre eux afin d’étudier plus précisément les différentes méthodes de gestion durable des eaux qu’il pourra mettre en place (assainissement non collectif, récupération d’eau pluviale…). Une réflexion plus globale sur les différentes filières de production d’emballage sera menée afin de déterminer celle à privilégier pour une consommation durable.
     Nous avons souhaité adapter ces prises de conscience globales à un contexte local. Notre étude s’appuiera donc sur un éco-village dans le Tarn. Celle-ci vient s’inscrire aux prémices du projet de construction de cet éco-village, puisqu’il n’en est actuellement qu’aux premières étapes de son élaboration (constitution des dossiers pour l’obtention du permis de lotir). Dans ce cadre, il s’agit donc surtout d’apporter des pistes de réflexion aux futurs constructeurs et habitants de l’éco-village en matière de gestion durable en se basant sur des études techniques précises.

Articulation des binômes

Les problématiques dégagées répondent aux objectifs énoncés dans la fiche 1 : « La modification des modes de consommation en vue d’une consommation durable exigera de mettre en place une stratégie à plusieurs objectifs, axée sur la satisfaction des besoins essentiels et l’amélioration de la qualité de la vie, tout en réorientant la demande des consommateurs vers des biens et services produits de façon durable. »

 

 

BINÔME 1 : GESTION DURABLE DES MATÉRIAUX

     Nous réaliserons une étude comparative de trois filières de production de films d’emballage alimentaire selon une démarche de type « Analyse de Cycle de Vie ». Cette technique relativement nouvelle a pour but d’analyser les impacts environnementaux d’un produit, service ou procédé en recouvrant toutes les phases de son cycle de vie ; soit « du berceau à la tombe » (la conception, la production, la consommation et l’élimination). L’ACV est donc une technique d’analyse à différents niveaux :
- Au sein d’un même cycle de vie, entre les différentes étapes qui le composent. Ceci permet de mettre en avant l’étape du cycle de vie qui a le plus d’impact en vue d’une amélioration de celle-ci.
- Entre cycles de vie différents, ce qui permet d’identifier les systèmes les moins néfastes pour l’environnement et fait donc de l’ACV un outil puissant d’aide à la décision.

     Cette analyse à deux niveaux rentre donc dans un principe d’amélioration continue. En effet, la mise en avant des postes ayant le plus de nuisances va permettre une amélioration des processus de fabrication au sein d’un même cycle de vie (meilleur rendement énergétique, moins de rejets…). De même, lors d’une comparaison entre produits, l’aide à la décision que représente l’outil ACV sera aussi un moyen d’améliorer nos impacts en choisissant de favoriser l’un ou l’autre des produits (ou procédés).
    Cette approche résulte aussi du constat qu’il est souvent plus efficace de remédier aux conséquences que les produits ont sur l’environnement au stade de la consommation et de l’élimination en intervenant au stade de la conception.
    Concevoir un produit aux impacts moindres dès sa création peut se rattacher au principe de prévention : on essaye de prévenir et réduire au plus tôt dans le cycle de vie d’un produit, les impacts qu’il peut avoir sur notre environnement.
    Enfin, l’approche ACV reconnaît aussi que, « compte tenu des problèmes économiques, environnementaux et sociaux, la production et la consommation durables nécessitent la coopération d’une diversité d’intervenants à tous les stades de la production et de la consommation du produit » (cf. bibliographie note n°3). En effet, les enjeux d’une ACV peuvent être larges et intéresser un large panel d’acteurs : des entreprises qui vont décider d’un certain type d’emballage pour un nouveau produit, mais aussi les consommateurs qui pourraient avoir envie d’analyser le choix qu’une entreprise cherche à présenter comme profitable, ou encore l’organe législatif qui chercherait à encourager ou non l’usage de certains matériaux de substitution (cf. bibliographie note n°7).
    Ici, c’est donc indéniablement le principe de subsidiarité qui entre en jeu à travers cette nécessité d’instaurer une coopération entre acteurs tout au long de la réflexion engagée sur les impacts environnementaux du produit, service ou procédé étudié.

 Notre étude et ses enjeux

    Pour notre part, nous avons choisi d’étudier le cas de la fabrication de film d’emballage dans la perspective de leur contribution à l’effet de serre et de leur consommation de ressources fossiles. Pour cela nous envisageons un polymère d’origine pétrochimique, un polymère biodégradable  issus de cultures dédiées et un polymère biodégradable issu de l’exploitation de résidus de cultures.
    Les enjeux de notre étude seront doubles :
• Fournir des pistes de réflexion aux consommateurs
• Fournir un outil d’aide à la décision pour le développement industriel de la filière agromatériaux
   

     Ainsi, notre étude permettra de répondre aux questions suivantes :
- Quelle est la filière la plus adaptée à une consommation durable ?
- Quels postes du cycle de vie des filières considérées faudra t-il améliorer pour limiter les impacts étudiés ?
- Quelles sont les limites techniques, économiques et sociales des différentes filières ?

     Le problème majeur soulevé par une telle étude et qui, quelque part, met en péril le principe RSE d’obligation de résultats, reste l’accessibilité et la fiabilité des données.
     Une ACV apporte des éléments de réponses dans un cadre d’étude défini très précisément et en dehors duquel les conclusions précédentes ne sont plus valables. De plus, elle nécessite un large travail bibliographique de recueil et analyse des données qui peuvent provenir d’origines multiples. Ces deux conditions font qu’une étude ACV doit être interprétée avec rigueur et esprit critique et ne peut en aucun cas être extrapolée. Les résultats restent donc propres à un contexte particulier, et il est dangereux de les appliquer plus globalement.
     Enfin, l’ACV doit être effectuée dans un contexte précis. La réappropriation et la réutilisation des résultats d’une ACV hors contexte peuvent présenter un danger car cela peut amener à des conclusions erronées influençant fortement une décision ou une opinion sur un produit, procédé ou service.

 

BINÔME 2 : GESTION DES EAUX EN AMONT DE L’ASSAINISSEMENT :

     L’objectif de ce binôme est le suivant : optimiser la gestion des eaux des habitats en amont de l’assainissement final. Ceci se fera grâce à la récupération des eaux de pluie et au traitement des eaux grises en vue de réduire la part d’eau potable dans notre consommation quotidienne.

     Les enjeux de notre étude seront les suivants :


• Sensibiliser les futurs « éco-villageois » :

Le projet de l’éco-village du Tarn se situe dans une région où les aquifères sont de faible capacité et où les précipitations sont relativement importantes. Les résidents n’auront que pour seul accès à l’eau potable les forages issus de ces aquifères. D’autre part, il est important de souligner que la part de consommation de l’eau potable pour les besoins vitaux ne représente que 7% de la consommation totale. Il est aujourd’hui possible d’utiliser une eau de moins bonne qualité et directement disponible, comme l’eau de pluie, pour des utilisations à visée non comestibles et à usage non-corporel (arrosage, sanitaires,…).


• Définir les techniques adaptables à l’éco-village :


L’autorisation d’utiliser l’eau de pluie à l’intérieur de l’habitat est très récente (cf. bibliographie note n°8). De plus, l’Etat a souhaité mettre en place un système de crédit d’impôt pour soutenir ces initiatives. Néanmoins, le sujet en étant à ses prémices, ces utilisations demandent des conseils avisés sur le décryptage de la réglementation. Nous souhaitons donc mettre en œuvre un dispositif pédagogique reposant sur une série de fiches qui pourrait être utilisé dans la charte de l’éco-village pour faciliter la prise de décision et par ailleurs l’éligibilité au crédit d’impôt.


• Optimiser et dimensionner les techniques proposées :


Plusieurs aspects doivent être pris en compte afin d’optimiser le choix des installations : la topologie, la pédologie et l’intérêt économique.

  

Limiter l’impact sur les ressources hydriques :

     L’utilisation de l’eau de pluie et des eaux grises traitées dans des secteurs particuliers de la consommation quotidienne (sanitaire, jardinage, …) permet de diminuer de manière conséquente (jusqu’à 50%) la part d’eau potable consommée quotidiennement. Ceci permet de défendre les valeurs universelles en préservant les ressources hydriques pour les générations futures. De plus, tendre à n’utiliser que la ressource potable pour des besoins vitaux permet de satisfaire le principe de précaution en préservant les ressources.

Intégrer la récupération d’eau de pluie dans la charte de l’éco-village :

     En acceptant la charte lors de la décision de vivre dans l’éco-village, les habitants s’engagent à se consulter et à se concerter afin que leurs décisions concernant la construction de leur habitation correspondent à la volonté commune de préserver l’environnement. Le principe d’information, de consultation et de concertation est donc respecté. L’acceptation de cette charte qui implique l’investissement dans des techniques de récupération d’eau de pluie, met en avant le surcoût accepté par les habitants. On respecte donc le principe de participation.

 

TRINÔME : TECHNIQUES D’ASSAINISSEMENT NON COLLECTIF

     L’objectif de ce trinôme est le suivant : optimiser la gestion de l’assainissement non collectif des eaux usées de l’éco-village. Nos travaux consistent en l’étude du panel des techniques d’assainissement existantes aujourd’hui de manière à déterminer la(les) mieux adaptée(s) au site.
Pour cela, nous avons déterminé des critères d’étude des différentes techniques en vue de leur comparaison. Ceux-ci sont étroitement liés aux trois axes du Développement Durable (environnemental, économique et social) et prennent en compte la règlementation en vigueur. Il s’agit ensuite de dimensionner chacune des techniques sélectionnées de façon à garantir une qualité d’eau rejetée dans le milieu conforme aux normes et voir de qualité supérieure.
    Les enjeux de notre projet sont les suivants :

Fournir des pistes de réflexion à l’éco-village

     Comme indiqué précédemment, nous nous positionnons au tout début de l’élaboration du projet de l’éco-village. Aucune étude n’a encore été faite sur l’assainissement. L’enjeu de notre travail réside donc dans l’idée de fournir des pistes de réflexion à l’initiateur du projet et aux futurs habitants sur la gestion des eaux usées au sein de l’éco-village. L’objectif est de proposer des solutions les plus écologiques possibles, tout en restant économiquement viables dans une démarche de gestion durable des eaux usées.

Garantir la performance de la filière d’assainissement afin de limiter l’impact sur le milieu naturel

     Notre travail s’apparente à celui d’un bureau d’études pédologiques (étude à la parcelle) et d’un bureau d’études spécialisé en assainissement non collectif. L’objectif est de trouver la meilleure adéquation entre le projet du maître d’ouvrage et les caractéristiques de la parcelle et de son environnement. Nous souhaitons répondre à une nécessité de performance des installations de traitement des eaux usées, l’objectif premier étant la protection pérenne de la santé publique, de la qualité des ressources en eau en particulier, et du milieu naturel récepteur. Cette volonté de préservation de l’environnement et de la ressource « eau » répond au principe de défense des valeurs universelles.

Intégrer la gestion de la filière d’assainissement dans la charte de l’éco-village :

     Les solutions envisagées pour l’assainissement seront très probablement un traitement des eaux usées grâce à un système regroupé pour toutes les maisons (configuration commune). Or, une bonne gestion de la filière d’assainissement (utilisation au quotidien, entretien, maintenance régulière, etc...) est primordiale pour garantir l’efficacité du système. La gestion commune de ce système au sein de la communauté de l’éco-village et l’entente préalable des habitants quant à cette gestion sera alors nécessaire. Ceci pourra être mentionné et explicité dans la charte de l’éco-village, comme évoqué précédemment sur la question de la gestion des eaux en amont de l’assainissement (récupération d’eau de pluie, etc.). Cette charte incarne donc le principe d’information, de consultation et de concertation ainsi que le principe de participation autour de la question de la gestion de la filière d’assainissement en vue de la préservation de l’environnement.

Définir précisément les règles de bonnes pratiques de la filière

     Pour une utilisation correcte de la filière de phytoépuration notamment, il convient de limiter l’accès au bassin et de bien définir les règles de bonnes pratiques quant à l’utilisation quotidienne, et surtout quand à l’entretien et la maintenance du système. En effet, une mauvaise manipulation pourrait engendrer une contamination des utilisateurs. Il est donc nécessaire de sensibiliser ces derniers sur le risque sanitaire potentiel d’une mauvaise gestion des installations. Ceci répond au principe de responsabilité globale qui préconise la prise de conscience quant aux risques inhérents à toute activité qu’elle fait prendre à toutes les parties concernées par le projet (en l’occurrence ici, les futurs habitants).

Promouvoir la réutilisation de l’eau après traitement

     Le recours au rejet des eaux dans le milieu hydraulique superficiel est exceptionnel et n’est envisagé que si la réinfiltration dans le sol n’est pas possible à cause de l’imperméabilité du terrain (ce qui n’est pas le cas sur le site de l’éco-village étudié). Notre étude privilégie donc le rejet des eaux usées par infiltration dans le sol, voir même la réutilisation de l’eau après traitement pour l’irrigation. Cette démarche entre donc dans le principe d’amélioration continue qui renvoie à la notion d’éco-efficacité maximum.

Promouvoir la limitation de la pollution de l’eau directement à la source

     Il est évident qu’il est plus efficace d’éliminer la pollution directement à la source plutôt que de tenter de la traiter une fois produite. C’est dans cette philosophie que s’insère l’utilisation de toilettes sèches. Cette technique relève donc du principe de prévention : le but étant d’éviter la pollution de l’eau directement à la source pour limiter son impact sur l’environnement.