Importance de la protection des zones humides: Cas du fleuve Mississippi

Pour montrer combien il est important de préserver les zones humides sur le plan de la prévention des crues, nous nous sommes intéressés au cas du fleuve Mississippi aux Etats-Unis.

Le Mississippi est un fleuve d'Amérique du nord dont la longueur dépasse les 3700 km. Le Missouri qui se jette dans le Mississippi est le seul cours d'eau des Etats-Unis qui est plus long que le Mississippi. Le bassin versant Mississippi-Missouri représente au total une surface de 3 290 000 km2. Les zones humides de ce bassin versant couvrent une surface d'environ 650 000 km2. Elles sont essentiellement localisées au niveau du Delta du Mississippi. Source: [1]


Carte du bassin Mississippi-Missouri (source: ladocumentationfrancaise.fr)

Les problèmes d'inondation ont commencé avec l'arrivée des colons Français en Amérique. En effet, ces derniers ont aménagé le Mississippi pour le rendre navigable. Ils ont notamment détruit les nombreux barrages de castors qui régulaient l'écoulement du fleuve et ont chassé les castors. Aujourd'hui, il ne reste que très peu de castors. Les Américains ont également supprimé certains méandres qui ralentissaient le fleuve et construit de nombreuses digues. Ces digues, bien que protégeant une zone habitée ont retiré au fleuve une partie de sa plaine d'expansion des crues. Enfin, de nombreuses zones humides ont été détruites pour être remplacées par des surfaces urbanisées ou des surfaces agricoles. De tout cela, il en résulte que le fonctionnement hydrologique du fleuve a été fortement perturbé et les problèmes d'inondation ont commencé à apparaître.

Dès le milieu du XIXéme siècle, les problèmes d'inondation commencent à être préoccupants. En 1852, le Congrès attribue 50 000 $ de financement pour deux études. La première étude, en avance sur son temps, a conclu que les problèmes d'inondation sont dus à une mauvaise gestion du fleuve et notamment à la disparition des zones humides et à la prolifération des digues. Une seconde étude menée par le Capitaine Andrew A. Humpreys et le lieutenant Henry L. Abbot, considérant que les digues sont les seuls vrais moyens de prévention des crues, conclut qu'il faut au contraire augmenter le nombre de digues. Malheureusement, la seconde étude rejoint l'opinion scientifique de l'époque et les résultats de la première étude n'ont pas été pris en compte.

Au XXéme siècle, les problèmes d'inondation continuent de s'aggraver. Au début du XXéme siècle, les dommages annuels moyens dus aux inondations sont de 1,4 milliards de dollars. A la fin du XXéme siècle, à cause de la prolifération des digues de plus en plus hautes et de plus en plus résistantes, les dommages annuels moyens dus aux inondations sont de 3,4 milliards de dollars. (Source: [2])

En 1993, une crue record a causé, à elle seule, entre 12 et 16 milliards de dollars de dégâts. En effet, près de 1000 digues se sont brisées lors de cette crue. (Source: [2])

Deux maisons sous les eaux lors de la crue de 1993 (source: alertes-meteo.com).

Dans le cas du fleuve Mississippi, les digues ne sont pas une solution suffisante pour prévenir le risque inondation. Les digues ont, au contraire, amplifié ce risque. Il faut donc se tourner vers des solutions alternatives. La restauration des zones humides est une de ces solutions.

Hey et Philippi [2] ont estimé qu'il aurait fallu restaurer 4% à 5% des zones humides de type saturé dans tout le bassin versant Mississippi-Missouri pour contenir une grande partie des eaux de la crue de 1993. Cela demanderait des travaux importants, mais ce n'est pas impossible à réaliser. Il suffirait de retourner une partie des zones agricoles couvrant 71% de la surface de tout le bassin pour limiter de façon efficace les crues.


Références:

[1] Site zwf1.info sur le bassin-versant
[2] Hey, D.L., Philippi, N.S., 1995, Restoration Ecology
[3] Site de Ramsar sur le rôle des zones humides dans les inondations




(revenir en haut de la page)

 


Rôle des zones humides dans la prévention des crues Représentation de la rivière