Causes de l'ensablement

Introduction

L'ensablement du fleuve Congo, du fait de sa situation en milieu tropical et des caractéristiques de son bassin versant, n'est pas aussi dramatique que celui du fleuve Niger, qui a depuis plusieurs années déjà a donné lieu a des études et des actions de prévention ou de réhabilitation. Cependant, les désagréments crées par l'ensablement d'un fleuve d'une importance telle que le Congo se font de plus en plus sentir, et risquent de prendre une ampleur insoupçonnée pour les milieux naturels et anthropiques.

Nous effectuons ici un inventaire des causes de cet ensablement. Une séparation grossière entre les causes d'origine naturelles et celles d'origine anthropiques a été choisie, sans pour autant oublier l'inter-dépendance de ces deux milieux.

Plan de la partie :
  1. Causes d'origine naturelles
    1. Régime hydrologique
      1. Sédimentation des matériaux solides charriés et en suspension
      2. Crues et inondations
    2. Érosion
      1. Pluviométrie
      2. Nature des sols
      3. Relief
      4. Couvert végétal et usage des sols
    3. Variations saisonnières et climatiques
  2. Causes d'origine anthropiques
    1. Urbanisation
      1. Production de déchets
      2. Modification du sol, ruissellement et drainage: l'exemple de Brazzaville
    2. Déforestation et Utilisation des sols
    3. Une érosion accrue
    4. Ouvrages sur le Fleuve
    5. Changement climatique
  3. Conclusions

Causes d'origine naturelles

Régime hydrologique

Le fleuve Congo est le deuxième du monde par son débit liquide et l’étendue de son bassin mais le 17e en ce qui concerne son débit solide, qui ne dépasse pas 40 à 50 millions de m3 par an. Malgré l’immense superficie du bassin versant du Congo, la contribution des ruissellements est limitée par la permanence de la couverture végétale tropicale, les eaux n’emportant que des matières dissoutes et des suspensions fines.

Cependant, le flux solide n'étant pas nul, les variations naturelles de l'écoulement du fleuve (spatiales, temporelles, en magnitude...) génèrent un dépôt de sédiments dans le lit même du fleuve.

Sédimentation des matériaux solides charriés et en suspension

Les dépôts de matériaux sont formés d'une part par les débits charries et d'autre part par les débits solides en suspension. On peut définir les débits solides charriés comme l'ensemble des particules solides charriées par roulement ou par sauts intermittents, et obéissant aux caractéristiques hydrauliques de l'écoulement et à leurs dimensions propres. Elles représentent le produit de la désagrégation de l'écorce terrestre ou bien sont originaires des dépôts alluvionnaires plus anciens, repris par l'écoulement du cours d'eau qui les charrie à nouveau.

Quant aux débits solides en suspension, provenant avant tout de la surface du sol, ils ont gagné le cours d'eau par lavage par l'eau de pluie, principalement. Une fraction est également originaire de la décomposition des matériaux solides au cours du transport même. Ils diffèrent des débits solides charriés par leur mode de transport: en suspension dans l'eau avec une vitesse pratiquement égale à la vitesse de l'écoulement.

Une augmentation de la profondeur et/ou de la section du fleuve entrainent une diminution des vitesses et de la turbulence de l'écoulement. Il en résulte que la capacité de transport de l'eau diminue et c'est précisément cette réduction de la capacité de transport qui produit la sédimentation successive des débits solides charriés et les débits solides en suspension (NÁTHER). De telles zones sont sujettes à un ensablement plus prononcé que la moyenne du fleuve.

La morphologie du fleuve est ainsi constamment transformée, comme peut le montrer l’évolution des méandres. Lorsque les méandres dessinent une courbure très accentuée, le courant n’y a plus une capacité de transport suffisante dans certaines zones, et un ensablement se produit (VENNETIER, 1963).

L'évolution des éléments transportés en suspension, et donc l'ensablement, est liée aux fluctuations des débits du fleuve:

> les médianes et le pourcentage en sables des MES sont plus élevés en périodes de hautes eaux

> les teneurs en matière organique sont plus basses en hautes eaux

> la fraction grossière des "sables" est plus élevée en hautes eaux.

(DELAUNE, 1993)

Ces résultats permettent de supposer que l'ensablement naturel doit être plus prononcé lors des périodes de hautes eaux. Cependant, le dépôt de matières solides peut être favorisé en période de basses eaux par la diminution de la vitesse de l'écoulement, ainsi que l'augmentation de la fraction du volume d'eau en contact avec le fond.

Ce type d'ensablement naturel reste toutefois faible au regard des quantités de matériaux solides charriés et en suspension, comme décrit dans la partie « Contexte » de notre étude.

En d'autres zones au contraire, la vitesse de l'écoulement et sa turbulence arrachent et transportent la matière sédimentaire du lit. Le système hydrique du fleuve, donc neutre globalement, peut cependant être déséquilibré par la modification d'un ou plusieurs paramètres extérieurs.

Crues et inondations

Les crues, et plus généralement les variations de débits, composantes intégrantes du cycle hydrologique et saisonnier du fleuve Congo, engendrent des mouvements des bancs de sable et la modification de leur volume.

De plus, le débit solide augmente fortement au cours de ces évènements extrêmes, charriant nombre de débris de taille et de nature diverse. Le processus de sédimentation qui s'en suit est ainsi amplifié.

> Inondation aux abords du fleuve Congo (ITOUA A., 2008)

Érosion

Les processus érosifs ont un rôle déterminant pour notre problématique, puisqu'ils agissent à l'amont du phénomène d'ensablement du fleuve, produisant la matière solide qui sera ensuite collectée et déposée dans les réseaux hydriques. Plus l'érosion des sols sera importante, plus l'ensablement résultant sera donc potentiellement important.

Avec une érosion mécanique de 8,8 t/km2/an, le fleuve Congo montre une dégradation faible par rapport aux grands fleuves de la planète, qui ont des valeurs bien plus élevés : Fleuve Jaune (1450), Brahmaputre (1370), Colorado (870), Gange (537), Amazone (143), etc ... (MEYBECK, 1976 et 1984). Au sein du continent africain, le fleuve Congo devance seulement le fleuve Sénégal qui a une dégradation spécifique calculée sur 9 ans de 16,7 t/km2/an (ORANGE, 1992).

Avec 12,1 t/km2/an d'éléments mis en solution, l'altération chimique, constante d'une année sur l'autre domine sur l'érosion mécanique. Son altération biogéochimique de 17,5 t/km2/an, le place en trentième position mondiale et première position pour l'Afrique juste avant le Zambèze.

Les processus érosifs au niveau du fleuve Congo sont donc faibles devant l'importance de son débit et de la surface de son bassin versant. Cependant, l'apport sédimentaire qui en résulte est loin d'être négligeable.

L’érosion de surface réunit tous les processus qui affectent les sols sur une faible profondeur. Elle est ainsi essentiellement due à l’action des eaux courantes, appelée aussi « érosion hydrique », qui comprend des formes de ruissellement et de petites coulées boueuses de quelques centimètres à quelques décimètres d’épaisseur.

Pour le fleuve Congo, le phénomène érosif qui a le plus d'ampleur est la destruction des berges. Le matériau érodé composé de sable et de limon est à l’origine du comblement du lit du fleuve et de sa vallée.

Nous nous intéressons spécifiquement à l'érosion des sols en milieu tropical, érosion qui a la particularité de se produire en un laps de temps extrêmement bref (FOURNIER, 1958). Le processus érosif dépend principalement de:

> la pluviométrie

> la nature des sols et leur granulométrie

> le relief (pentes)

> le couvert végétal et l'usage des sols


Chacun de ces paramètres influence directement le ruissellement, et donc la capacité d'arrachement du sol de l'écoulement.

Pluviométrie

Des cartes de l’érosivité des pluies ont été dressées pour l’Afrique occidentale et centrale (ROOSE, 1973, 1977). Cette étude a montré que les pluies tropicales peuvent être, en moyenne, 20 à 100 fois plus agressives que celles des régions tempérées. En effet, l'intensité pluviale maximale est enregistrée en une unité de temps très petite (de l'ordre de la minute). Les pluies diluviennes transportent le sable de la zone exondée vers la vallée, comblant les berges.

Les paramètres contrôlant l'effet de la pluviométrie sur l'érosion sont:

> l'intensité des pluies (particulièrement élevée en milieu tropical)

> leur fréquence

> le volume d'eau précipité

Nature des sols

L’érodibilité des sols dépend de leur mode de formation, mais surtout de leur texture, des matières organiques et de la stabilité de leur structure, ces deux dernières évoluant avec le mode d’exploitation. (QUANTIN, COMBEAU, 1962 ; ROOSE, 1973, 1980, 1989).

Comme présenté auparavant dans le « contexte », l'érosion mécanique dans le bassin versant du fleuve Congo est globalement faible (34% de l'exportation spécifique globale). L'altération biogéochimique (66%) a une part plus importante.

Relief

L’influence de la pente est complexe. Dans plusieurs cas, on a observé une réduction du volume ruisselé lorsque la pente augmente (ROOSE 1973, 1993), mais, le plus souvent, l’érosion augmente avec la pente car il se développe une érosion en rigole dix fois plus agressive que l’érosion en nappe. Quant à la longueur de pente, il semble que son influence sur la naissance de rigoles dépend de diverses interactions avec la rugosité et la perméabilité du sol, le type et l’abondance du couvert végétal.

D'après Fournier (1958), des érosions très élevées surviennent en tous degrés de pente, même les plus faibles. Par ailleurs, l'érosion s'accroît notablement dès la moindre augmentation du degré de pente.

Couvert végétal et usage des sols

Le couvert végétal et les systèmes de culture sont sans aucun doute les facteurs les plus déterminants des risques d’érosion.

Le couvert végétal, en s’interposant entre la pluie et le sol, intercepte les gouttes de pluie douées d’énergie cinétique. Cette énergie est ainsi dissipée avant que les gouttes n’atteignent le sol, minimisant la capacité érosive de la pluie.

On analyse souvent les effets des caractéristiques déterminant le degré d’érosion sous le couvert végétal en recourant la hauteur des plantes, à la permanence du feuillage ainsi qu’à la densité des racines. Pour atteindre une meilleure protection, partant une bonne conservation des sols, un minimum de 70% de couverture du sol est indispensable. (IMWANGANA M. Fils, 2004)

Variations saisonnières et climatiques

Variations saisonnières

Le climat est un facteur de l'érosion du sol d'une importance extrême en zone tropicale. Son caractère général est l'alternance des saisons sèches et pluvieuses. Ce fait a déjà des conséquences notables. Il participe à accroître l'instabilité de la structure du sol en allant à rencontre de la formation de l'humus.

La saison sèche a pour conséquence l'amenuisement et la disparition de la végétation. Le sol est alors mis à nu et reste sans protection contre l'action des tornades qui marquent le début de la saison des pluies.

Ainsi, l'érosion du sol en zone tropicale humide se produit surtout pendant une courte période qui fait immédiatement suite aux premières pluies. Une recrudescence de ce phénomène survient en fin de saison humide sur sol non protégé sous l'action de quelques tornades agressives (FOURNIER, 1958)

Variations climatiques

Les fluctuations du débit des fleuves reflètent celles de la pluviosité intégrée sur l'ensemble de chaque bassin versant. Ainsi, une diminution des pluies telle que celle observée au Sahel depuis plusieurs décennies réduit le débit du fleuve et favorise l'apparition et l'augmentation des bancs de sable. Cependant, la taille du bassin congolais et la diversité de ses affluents lui donnent une grande inertie face aux variations de précipitations (voir contexte).

En considérant l'exemple du fleuve Niger, il est possible d'évaluer les conséquences des variations climatiques sur l'hydrologie d'un fleuve. Selon l’ABN (2005), depuis plus de trois décennies, le bassin du Niger, à l’instar des autres bassins fluviaux de la sous-région ouest-africaine a connu des sécheresses répétées qui se traduisent par une diminution de 20 à 25% de la pluviométrie. Cette réduction de la pluviométrie a engendré, entre autres, la réduction de 20 à 55% des écoulements de surface, l’abaissement du niveau des nappes d’eau souterraines dans certaines zones du bassin et l’apparition des phénomènes environnementaux comme la progression de la désertification, les érosions hydriques et éoliennes, l’ensablement du lit, la prolifération et l’envahissement des plans d’eau par les végétaux flottants et une pollution d’origines diverses. (KIBI, 2005)

Dans le cadre du fleuve Congo, on observe une augmentation de la température sur toute l’étendue du territoire depuis 1960. D’autre part, les totaux pluviométriques diminuent dans de nombreuses régions climatiques.

 

> Évolution de la température et des totaux pluviométriques en République démocratique du Congo entre 1960 et 1990 (SANGA-NGOIE et FUKUYAMA, 1996)

Stations climatiques

Variation de température en ° C

Variation des pluies en mm

Bunia

+ 1.62

+ 163

Mbandaka

+ 0.60

- 288

Goma

+ 0.79

- 472

Bandundu

+ 0.74

- 219

Kinshasa

+ 1.18

+ 239

Matadi

+ 0.74

- 127

Lubumbashi

+ 1.04

- 391

+ : augmentation; - : diminution

Ces résultats témoignent d'un changement climatique réel en niveau du fleuve Congo.

Les impacts de ces changements sont encore mal connus, mais nous pouvons d’ores et déjà noter que les deux régions de RDC (régions du Haut-Plateaux du Katanga et la région montagneuse orientale) les plus frappées par la sécheresse de ces deux dernières décennies sont de plus en plus confrontées à l’insuffisance de la production agricole due au retard fréquent du retour de la saison des pluies. En outre, ce déficit pluviométrique persistant entame sérieusement les réserves de nappes aquifères. A Lubumbashi par exemple, nombreux sont les quartiers qui ne sont plus approvisionnés en eau vers la fin de la saison sèche. Dans les milieux ruraux, de nombreuses sources et points d’eau tarissent précocement obligeant les paysans de parcourir parfois de longues distances à la recherche de l’eau. La consommation de l’eau des rivières devient une pratique courante et expose la population à des nombreuses maladies d’origine hydrique. Ce qui favorise le déclenchement des épidémies du type choléra. (ARKAMOSE)

 

Causes d'origine anthropiques

Les activités humaines ont un impact certain sur l'environnement, qui se traduisent globalement par une aggravation des causes naturelles de l'ensablement.

Urbanisation

L'augmentation démographique généralisée au niveau du bassin versant du fleuve Congo entraîne l'agrandissement rapide et désorganisé des zones urbaines existantes.

Cette tendance contribue directement (production de déchets) ou indirectement (problèmes de drainage et de ruissellement, suite à l'imperméabilisation des sols) à l'ensablement du fleuve et des villes avoisinantes.

Production de déchets

La présence humaine s'accompagne d'une production de déchets de nature variée. Lorsque ces déchets ne sont pas collectés, ils se concentrent suite aux évènements pluvieux ou sont directement jetés dans les cours d'eau.

Les modes de vie dans cette région d'Afrique sont favorables à la production et à la dispersion des déchets produits. En effet, la pratique courante consiste à tout jeter (ordures, animaux morts, matelas, carcasses d'engins ... ) dans les collecteurs des eaux pluviales. Ces déchets solides de toute nature participent, avec les accumulations de sables. à l'engorgement des collecteurs dont l'entretien devient difficile et cher. En autre. les rues devenues des décharges se transforment en bourbiers qui rendent la circulation difficile et favorisent la stagnation des eaux (LOEMBE, 1986).

> Pollution solide produite par les populations urbaines – Congo (ITOUA, 2008)

Par exemple, à Kinshasa, la production des déchets solides par personne et par jour est évaluée à 0,5 kg, soit 5.000 m3 par jour. Sachant qu'il n'existe pas de décharges publiques autorisées...

(NGANDO BIEMBE, 2004)

Modification du sol, ruissellement et drainage: l'exemple de Brazzaville

La concentration des populations au niveau des villes crée des conditions favorables au ruissellement, à la dégradation des sols et à l’accélération de l’érosion. Ces différents facteurs contribuent à l'ensablement du fleuve Congo en aval des villes situées sur ses rives ou son bassin versant. Considérons ici le cas de la ville de Brazzaville, une illustration des problématiques de drainage et de modification des sols, responsables de l'augmentation du ruissellement et de l'érosion.

L'agglomération de Brazzaville au Congo se trouve de plus en plus confrontée a de sérieux problèmes de drainage des eaux pluviales et d'assainissement. Un peu partout, dans le périmètre urbain, même dans des secteurs autrefois bien draines et assainis, se produisent des stagnations des eaux et des inondations. Des voiries recouvertes sont souvent ensablées, après chaque pluie importante: des ouvrages d'assainissement sont encombrés de déchets solides de toutes sortes.

  • Les sols

Les sables prédominent sur le site de Brazzaville et ses environs. Plusieurs études ont mis en évidence que ces sols sont fortement désaturés et instables. La dénudation de ces sols et la sensible réduction de la couverture végétale dues à l'essor de l'agglomération dégradent fortement le milieu.

La forte urbanisation entraine une sensible diminution des surfaces perméables, susceptibles d'occasionner des pertes en eau par infiltration, évaporation et évapotranspiration. En conséquence, le ruissellement augmente, les valeurs des pointes de crue sont accrues et leurs temps de montée considérablement réduits. L'expression du bilan hydrologique simplifiée comme suit justifie cette constatation:

pluie tombée = écoulement divers + déficit d'écoulement (infiltration, évaporation et évapotranspiration).

Donc une forte urbanisation du bassin versant entraîne nécessairement une imperméabilisation du bassin et, engendrant une concentration accrue des eaux de pluies, avec pour conséquence des taux d'érosion et de transport solides élevés.

  • Drainage

Les pluies sont la cause principale des problèmes de drainage sur le site urbain de Brazzaville. Celles qui tombent dans la région se caractérisent par de très fortes intensités, des hauteurs importantes et une succession dans le temps qui ne laisse pas souvent au sol le temps de se ressuyer (LOEMBE, 1978).Des ruissellements importants se produisent en écourtant les temps de concentration des eaux qui alimentent les crues. Ces crues sont si soudaines qu'elles ne peuvent être évacuées par des ouvrages d'assainissement qui. pour la plupart. ne sont pas conçus pour de telles quantités d'eau.

La forte concentration des eaux pluviales a Brazzaville s'explique par les facteurs suivants :

  • Exiguïté des bassins versants: En effet la taille suffisamment réduite des bassins a tendance a réduire le temps de réponse des bassins versants.

  • Type d'habitat: Celui-ci présente deux variantes extrêmes :

      > les zones d'habitation dense: une parcelle occupée aux deux tiers par des constructions présente aux précipitations des toitures de tôle aux surfaces totalement imperméables. Celles-ci ont un coefficient de ruissellement estimé à 0,9, donc elles sont capables de concentrer 90 % des pluies qui tombent sur elles. Les toitures des maisons dans les cites populaires n'étant pas dotées de gouttières pour la collecte et la maîtrise des eaux pluviales, ces dernières sont déversées dans les cours des parcelles, dont les surfaces sont parfois cimentées ou revêtues de dalles étanches. puis dans les rues. Ces eaux ainsi déversées entretiennent ensuite un ruissellement important.

      > Les zones commerciales avec un taux d'occupation du sol très important, caractérisées par des aires partout cimentées ou bitumées et où les pertes en eau sont diminuées au maximum, favorisant ainsi le ruissellement.

  • Les routes asphaltes développées très souvent dans le sens de la plus grande pente. Ici on peut également citer la politique de la municipalité qui a consiste a cimenter les trottoirs des grandes artères.

  • Le tassement des sols, non protégés par une quelconque végétation et soigneusement balayes, favorise également le ruissellement

  • La présence, a moins d'un mètre, de la nappe phréatique dans certains quartiers entraîne la saturation des sols de ces quartiers, ce qui est une condition favorable au ruissellement.

  • Enfin, le réseau de drainage sur les différents bassins versants est limite a quelques quartiers, et les caniveaux qui le constituent, souvent sous-dimensionnes, sont pour la plupart très encombrés.

Ainsi, l'ensemble des ouvrages de drainage de Brazzaville est ensablé et fonctionne très mal ou pas du tout. Les moyens mis à la disposition du service du nettoiement sont trop limites pour lui permettre d'être opérationnel. Les moyens financiers et en personnel sont très insuffisants : environ une trentaine d'agents formes sur le tas pour l'assainissement des 142 km d'ouvrages de drainage qui existent dans l'agglomération. C'est pourquoi la pratique la plus courante consiste à déverser les eaux pluviales ou usées hors des parcelles, sans se préoccuper de leur devenir. Ce comportement contribue a accentuer le ruissellement, à dégrader le site et à polluer l'environnement (LOEMBE, 1986).

En raison de toutes ces conditions défavorables, de nombreuses situations critiques ont marqué la ville. On peut citer :

  • l'érosion et le ravinement : la pluie du 24/11/74 avait creusé à Massina un ravin de près de 3200 m3 en 24 heures. De tels phénomènes sont régulièrement observés.

  • l'inondation : lors des fortes pluies, la pluie nette, ne pouvant être évacuée dans l'espace de temps nécessaire ni régularisée. a tendance s'étaler dans les zones basses qui deviennent pour la circonstance des zones de retenue pour la régularisation.

(MAZIEZOULA B., 1986)

> Dégradations urbaines (érosion, ravinement) suite aux conditions de drainage et de ruissellement (ITOUA A., 2008)

Déforestation et Utilisation du sol

L'augmentation de la population nécessite l'aménagement de nouvelles surfaces, entraînant ainsi la déforestation de zones toujours plus avancées dans le milieu naturel. Le remplacement de sols forestiers par des champs, des habitations ou autres espaces humanisés modifie radicalement les propriétés du sol et des écoulements. En conséquence, les taux d'érosion varient, très souvent dans le sens d'une augmentation, ce qui a des répercussions à grande échelle sur le bassin versant du fleuve et son ensablement.

La végétation naturelle se caractérise généralement par des taux d'infiltration relativement élevés par rapport à d'autres types de couvert végétal ayant pour base un sol analogue. Étant donné que dans les conditions naturelles, on trouve généralement plusieurs étages de végétation, les couches superficielles des sols sont bien protégées et bien structurées. Tout remplacement de la végétation naturelle par des plantations forestières, des pâturages et certaines cultures peut réduire la capacité d'infiltration et de rétention hydrique du sol.

Le changement du couvert végétal, lorsque des zones boisées sont converties à l’agriculture par exemple, accroît généralement l’érosion des sols alors que de bonnes pratiques agricoles la réduit.

Cependant, il est très difficile d’évaluer l’impact du changement d’utilisation des terres sur la concentration en sédiments des bassins fluviaux. La majeure partie de la charge solide provient de certains endroits bien précis du bassin versant et est transportée jusqu’aux rivières en cas de conditions climatiques extrêmes. Le transport de sédiments dans un bassin fluvial est relativement lent. Au cours de la durée de vie d’un réservoir, une très faible quantité de sédiments est véhiculée depuis le bassin supérieur sur plus de 100 à 200 kilomètres. Les conséquences des modes d’exploitation des terres sur le taux de sédimentation d’une rivière importante ne se feront donc ressentir que des dizaines d’années plus tard. Il sera alors très difficile d’établir si la charge solide résulte d’un phénomène naturel ou d’une activité humaine.

Il a pourtant été montré dans le cas du fleuve Congo que la principale cause de l'ensablement est l’exploitation forestière avec le défrichement des rives du fleuve, provocant entre autre la destruction des berges.

> La forêt tropicale: avant – après exploitation

Ces végétations forestières sont appelées a disparaître si aucune politique n'est envisagée pour leur sauvegarde. Au niveau de Brazzaville, quelques bosquets sont encore présents sur le plateau et sur les collines limitrophes. Dans l'ensemble, la foret cède le pas la savane et l'habitat. A l'intérieur des espaces construits dominent des arbres fruitiers et d'ombrage. Ces végétations ont une influence sur les réserves hydriques des sols. Cette influence est fonction de la densité du couvert végétal et de sa nature. Aussi, les parties des bassins versants encore couvertes de forets ont un rendement de leur nappe souterraine plus élevé car son alimentation y est plus favorisée. En revanche, sur les parties occupées par les savanes, la tendance au ruissellement direct est relativement soutenue et favorise par conséquent des crues. Les sols sous savane subissent des variations de température plus importantes que sous foret, ce qui entraîne leur dessèchement superficiel, et modifie l'état de surface du sol, alors plus prône au ruissellement et à l'érosion.

Une érosion accrue

Les activités humaines, ayant pour conséquence la rupture d'un état d'équilibre en faveur des actions érosives, crée en milieu tropical un danger très grave étant donnée la susceptibilité élevée de ce milieu à l'érosion.

En effet, l'Homme modifie les facteurs environnementaux tels que la végétation, l'utilisation des sols, dont nous avons vu les effets précédemment. La table suivante donne une idée générale de l'influence anthropique sur la dégradation des sols et l'érosion résultante en RC et en RDC.

> Quelques caractéristiques de la dégradation des sols en RC et RDC (Source: FAO)

Pays

Niveau de Dégradation (%)

Types de Dégradation (%)

Causes de Dégradation (%)

 

Total

Léger

Modéré

Fort

Érosion Hydrique

Érosion éolienne

Dégradation Chimique

Dégradation Physique

Déforestation

Sur-pâturage

Pratiques Agricoles

RC

4

4

-

1

29

-

71

-

99

-

1

RDC

6

3

1

1

67

-

32

-

54

10

36

Il apparaît ici que la déforestation et, dans une moindre mesure, les pratiques agricoles, sont les principaux responsables du mauvais état des sols dans le bassin du fleuve Congo.

  • L'exemple du bassin versant de la Lukunga, à l'ouest de Kinshasa (IMWANGANA, 2004)

Pour donner une idée de l'importance de l'érosion dans certaines zones, on considère ici le cas de la rivière Lukunga, correspondant à un petit bassin versant de 32 km². Les problèmes d'ensablement de ce fleuve prennent de l'ampleur et affectent dramatiquement le canal d'amenée de l'usine de la Régie de distribution d'eau potable en République démocratique du Congo (Régideso).

> Dimensions des ravinements et masse de matériaux arrachés dans les ravins correspondante (TUMWAKA, 1997)

Ravin n°

1

2

3a

3b

4

5

6

7

8

9

Profondeur

(m)

2

20

23

17

2,5

9

15

9

2

1,4

Largeur

(m)

14

25

50

40

5

1

12

11,5

6

4,2

Longueur

(m)

230

53

120

170

160

25

150

220

15

100

Matériaux arrachés (tonnes)

9.660

41.250

207.000

173.400

3.000

37.125

40.500

340115

270

882

L'accumulation des matériaux arrachés sur les versants est matérialisée par l'envasement du réseau du drainage et par des pavages en bancs de sable. A Pompage-Kinsuka/Ngaliema par exemple, la mesure de la hauteur du sable dans le canal d'amenée de l'usine donne des résultats marquants: pour 4 mois, soit juillet, août, novembre et décembre 1998, 4.035,6 tonnes de sable ont été charriées par le cours d'eau.

  • A Kinshasa

Dans la zone urbaine de Kinshasa, en se limitant aux ravinements profonds, on dénombre plus de 180 têtes d'érosion et environ 400 ravins (NGANDO BIEMBE, 2004).

Le ravinement occasionne, dans les zones affectée, une forte perte en terres. La quantité d’érosion estimée, sur base des dimensions de ravins étudiés, varie respectivement de 1.440 à 211.680 m3 au quartier Ngomba, de 40.320 à 174.240 m3 au camp Luka, de 245 à 259.992 m3 à Mbuku et 300 à 118.215 m3 à Kindele/Kimbondo. (MITI et ALONI, 2004)

Ouvrages sur le Fleuve

Les barrages, canaux, ports et autres ouvrages construits sur le fleuve Congo ou ses berges sont des sites soumis à un ensablement accéléré. Ils modifient les régimes d'écoulement locaux qui favorisent globalement la sédimentation des matériaux solides charriés et en suspension.

Changement climatique

Il n'est plus nécessaire aujourd'hui de s'étendre sur la responsabilité des Hommes dans la modification du climat. Les changements climatiques, qu'ils soient à court ou à long terme, ont des conséquences critiques sur l'environnement dont on commence à peine à percevoir l'importance.

Les modifications climatiques observées au niveau du fleuve Congo, décrites plus haut, s'expliquent en partie par les activités de l'homme, locales ou non-localisées.

En effet, la hausse généralisée de la température et la diminution des précipitations observée dans certaines régions seraient dues à la déforestation consécutive à l’augmentation rapide de la population dans les centres urbains après l'indépendance du pays en 1960.

Pour l'avenir, la tendance est inquiétante. Selon le rapport publié en 2006 par le secrétariat de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC), le 20e siècle aura vu le continent se réchauffer de 0,7°C et « d’ici 2100, les températures moyennes en surface en Afrique auront augmenté de deux à six degrés Celsius ».

 

Conclusion

Les deux figures ci dessous font l'inventaire des facteurs à l'origine de l'ensablement du fleuve Congo. La première présente les facteurs et leurs interactions, tandis que la seconde illustre l'impact des activités humaines sur ces facteurs et le milieu.

> Récapitulatif et interaction entre les facteurs à l'origine de l'ensablement du fleuve Congo

Chaque composante de ce diagramme est affectée par un forçage anthropique, non représenté ici

Selon ce diagramme, nous remarquons qu'il sera plus aisé d'intervenir sur les facteurs érosion, régime hydrologique, et par extension végétation et morphologie du sol sur le bassin versant, pour modifier l'ensablement du fleuve. Cette constatation va nous permettre d'orienter notre recherche de solutions à l'ensablement.

En effet, l'érosion apparaît comme un facteur prépondérant pilotant l'ensablement à l'amont du processus. Il sera ainsi stratégique, entre autre, de mettre au point des parades anti-érosives.

> Représentation du forçage anthropique exercé sur notre système. Les cases bleutées sont soumises à des facteurs socio-économiques pouvant amplifier le forçage, tels que:

  • pressions politiques et économiques

  • pauvreté

  • conditions sanitaires

  • mode de vie

  • insuffisance alimentaire

Finalement, de nombreux facteurs naturels sont propices à l'ensablement du fleuve, malgré l'effet modérateur d'une végétation tropicale dense et de la morphologie du bassin versant. Les activités humaines aggravent les causes naturelles, en créant des situations favorables aux processus érosifs et à l'ensablement du fleuve.