I- Situation Environnementale

Caractéristiques du bassin versant

Le bassin versant du fleuve Congo, le plus grand du continent Africain, s'étend sur 3 789 053 km², soit 12,5% de la superficie de l'Afrique. Les pays inclus dans le bassin sont au nombre de 9 (Angola, Burundi, Cameroun, Congo, République centrafricaine, République démocratique du Congo, République-Unie de Tanzanie, Rwanda et Zambie).

Avec la rivière Chambeshi, sa longueur totale est de 4700 km, ce qui en fait le deuxième plus long fleuve d'Afrique après le Nil. Le Congo et ses affluents traversent la deuxième plus grande forêt tropicale humide au monde. Une grande partie de ce bassin se trouvant de part et d'autre de l'équateur, le débit est stable, il y a toujours au moins un cours d'eau connaissant une saison des pluies.

Le fleuve Congo prend sa source dans les montagnes du grand rift est-africain. La rivière Chambeshi, en Zambie, est généralement considérée comme la source du Congo, conformément à la pratique qui veut qu'on prenne pour source l'affluent le plus long.

Le Congo s'écoule généralement vers l'ouest à partir de Kisangani, juste au bas des chutes, puis prend peu à peu des virages vers le sud-ouest, en passant par Mbandaka, se joignant à l'Ubangi, et se précipitant dans le Pool Malebo (Stanley Pool). Kinshasa et Brazzaville sont situés sur les rives opposées du fleuve au niveau du Pool Malebo, où le Congo se rétrécit et tombe à travers un certain nombre de cataractes créées par de profonds canyons et collectivement connues sous le nom de chutes Livingstone. Il se jette dans l'océan au niveau de la petite ville de Muanda.

Le bassin du Congo a un potentiel d'irrigation de 9,8 millions d'hectares, ce qui représente 23%du potentiel Africain (le potentiel d’irrigation prend généralement en compte à la fois les terres irrigables et les ressources renouvelables disponibles).

> Le bassin du fleuve Congo (République Démocratique du Congo en jaune)

(Atlas jeune Afrique, République du Zaïre, 1978)

 

Fonctionnement du bassin

Pluviométrie

Comme l'ensemble de l'Afrique, et tout particulièrement le nord du continent, le bassin du Congo a été touché par une période de sécheresse au cours de la seconde moitié du XXe siècle. Cette diminution se manifeste tout d'abord dans le bassin de l'Oubangui, principal affluent du Congo, qui enregistre une baisse de la pluviométrie à partir de 1960 : celle-ci atteint 3% entre 1951-1959 et 1960-1989. Dans les autres bassins (Sangha et Kouyou, situés plus au sud), les précipitations commencent à diminuer dix à treize ans plus tard. Pour l'ensemble du bassin, la baisse de la pluviométrie atteint 4,5 % entre 1951-1969 et 1970-1989. (LARAQUE, IRD)

Débits

  • Historique rapide

Les débits du Congo et de l'Oubangui, stables jusqu'en 1960, se modifient ensuite à chaque décennie. Durant les années 1960, ils augmentent et dépassent leurs moyennes sur le siècle. Alors que le Congo revient à un débit normal en 1970, l'Oubangui entre pour sa part dans une phase de sécheresse. La tendance s'accentue à partir de 1980 et, jusqu'en 1996, les deux fleuves restent en dessous de leurs débits moyens sur le siècle. Ainsi, depuis les années 1980 et jusqu'en 1996, le débit du Congo a diminué de 10%, ce qui représente la plus forte baisse du siècle. Cette diminution est beaucoup plus accentuée sur l'Oubangui et quasi inexistante sur le bassin du Kouyou. Globalement, alors que la baisse du débit dans le bassin du Congo est de deux à quatre fois supérieure à celle des précipitations, elle est 9 fois supérieure dans le cas de l'Oubangui. (LARAQUE, IRD)

 

  • Régime du Fleuve

Le fleuve Congo a un régime très régulier et les débits enregistres à Brazzaville résultent du mélange d'apports d'origine australe et boréale. Le cycle annuel se traduit par :

> une période de basses eaux de juin à septembre

> une période de très hautes eaux d'octobre à janvier

> une seconde période de basses eaux en février-mars

> une seconde période de hautes eaux en avril-mai, de moindre importance qu'en décembre

(OLIVRY et Al. 1988 - BRIQUET et Al., 1993).

Influence de la nature des sols

Comment expliquer que, dans un contexte de sécheresse généralisée, la diminution du débit ne soit pas la même d'un cours d'eau à l'autre ? L'importance de la composition géologique des sols dans l'impact d'une variation de précipitation sur le débit a été mise en évidence. La composition géologique de ces différents bassins secondaires diffère énormément. Au nord, le bassin de l'Oubangui est une pénéplaine cuirassée et ferrugineuse sur laquelle l'eau ruisselle. Plus au sud, le bassin de la Sangha et son sol sablonneux sont partiellement inondés en période de forte pluie. Enfin, plus proche de l'embouchure, les rivières issues des plateaux batékés aux sols de grès poreux et perméables sont capables de stocker un excès d'eau. De l'un à l'autre, la sécheresse n'a pas eu le même impact. Ainsi, le "bouclier" géologique du bassin de l'Oubangui accentue toute variation de précipitation dans des proportions considérables ; entre 1982 et 1993, une baisse de 3 % des précipitations a entraîné une baisse de 29 % de son débit. Au contraire, les sols gréseux des rivières batékés ont un effet stabilisateur, stockant ou rejetant de l'eau.

La taille du bassin congolais et la diversité de ses affluents sont des atouts remarquables qui lui donnent une grande inertie face aux variations de précipitations. Si le fleuve était aussi sensible que l'est l'Oubangui, on imagine facilement les conséquences catastrophiques de la récente sécheresse sur cette région d'Afrique. (LARAQUE, IRD)

 

Un climat tropical

Le pays se situant de part et d’autre de l’équateur, le climat dominant est équatorial, chaud et humide en permanence, avec cependant des nuances selon la latitude et l’altitude. La partie centrale du territoire subit des pluies abondantes réparties sur toute l’année, la température se maintenant constamment autour de 26°C. Au nord et au sud du pays se succèdent, en revanche, saison des pluies (durant en moyenne huit mois) et saison sèche.

 

Végétation et Faune: une grande diversité

Les collines du Kivu, à l’est, piémont de la dorsale Congo-Nil, sont couvertes de riches pâturages, et leur riche terre volcanique est favorable aux cultures. Plus bas s’étend la forêt dense équatoriale, qui couvre les régions est et nord-est du pays. Elle représente 6% de la surface forestière mondiale et environ la moitié de la forêt africaine, mais elle est de plus en plus menacée par les défrichements. La vaste forêt de l’Ituri s’étend du confluent du Congo et de l’Aruwimi au lac Albert et couvre près de 65 000 km². Elle constitue l’un des derniers habitats des Pygmées.

De nombreuses espèces d’arbres à latex et de palmiers à huile sont cultivées dans la région, ainsi que le caféier et le cotonnier, le bananier, le plantain et le cocotier. La savane couvre les plus hautes régions périphériques du bassin du Congo.

La faune, abondante et diverse, comprend des espèces menacées de disparition, comme le gorille des montagnes, l’éléphant, mais aussi d’autres grands mammifères comme le lion, le léopard, la girafe, l’hippopotame, l’okapi, le zèbre et le buffle. Les reptiles sont également représentés, avec le python et le crocodile, ainsi que les oiseaux avec le perroquet, le pélican, le flamant rose, le colibri, le héron et le pluvier. L’humidité du climat favorise la prolifération d’insectes, dont le moustique anophèle, porteur du parasite du paludisme. La mouche tsé-tsé, qui transmet la maladie du sommeil, vit principalement dans les plaines.

 

Caractérisation des eaux du Fleuve Congo

Transport solide et dissous – Érosion

Six années d'observations régulières et continues (1987-92), ont permis d'évaluer le transport solide et dissous du fleuve Congo. Pour un module interannuel durant cette période d'étude de 37 700 m3.s-1, le Congo a exporté en moyenne interannuelle 91,8.106 tonnes de matière par an, réparties en:

> 7,9.106 tonnes de sables

> 22,8.106 tonnes de matière en suspension (MES)

> 61,1.106 tonnes de matière dissoute (MD).

La concentration interannuelle moyenne de ces transports (76,2 mg/L) est faible par rapport à celle des grands fleuves de la planète.

Les variations saisonnières et interannuelles des concentrations de matière et des débits n'excèdent pas respectivement 14% et 28%. La grande régularité saisonnière et interannuelle du régime hydrologique du fleuve Congo et de ses transports solides et dissous résulte des dynamiques complémentaires de ses affluents. Ceux-ci drainent des sous-bassins aux végétations et géomorphologies différentes, situés de part et d'autre de l'équateur. Face à un important module hydrologique, la quantité de matière transportée est faible (flux solide de 2914 kg.s-1). Le transport est dominé par la fraction soluble (66%), dont 28% proviennent de la matière organique dissoute.

Ce type de transport correspond à une dynamique érosive en phase terminale (26,2 t.km-2.an-1) sur un relief ancien fortement pénéplané (pente du fleuve inférieure à 10 cm /km et de ordre de 3 cm/km dans la cuvette centrale), soumis a un lessivage intense sous climat équatorial humide, et à moitié recouvert d'une foret dense.

L'érosion mécanique faible (34% de l'exportation spécifique globale), fait ainsi place à l'altération biogéochimique (66%). Au sein de l'exportation spécifique globale, c'est l'altération chimique (47,5%) qui domine "relativement" (car elle reste faible, les sols ayant déjà libérés la plus grande partie de leurs éléments solubles), avec une part significative de matière organique dissoute (18,5% de l'exportation spécifique) qui provient de la forêt.

Cette dynamique est à rapprocher de celle du Rio Négro, second affluent de 1'Amazone, qui circule essentiellement sous la forêt amazonienne. Elle diffère cependant de celle de l'Amazone, dont les eaux charrient de grandes quantités de matière (4 à 5 fois plus de MES), provenant principalement de l'érosion intensive du flanc oriental des Andes, cordillère jeune et en surrection continue. Son érosion mécanique spécifique (143 t.km-2.an-1) est 16 fois plus élevée que celle du Congo.

La contribution du fleuve Congo aux océans est importante ; elle totalise la moitié des apports africains en eau douce à l'océan Atlantique. Pour tout le continent, ses exportations hydriques et de matières dissoutes, représentent respectivement 38 et 40%, pour seulement 7% de matières en suspension.

(LARAQUE & Al, 1993)

 

  • Granulométrie et minéralogie

La médiane des sédiments transportés se situe entre 0,16 et 3 µm. Les MES des périodes de crues sont les plus grossières. La fraction grossière (éléments de taille > 50 µm ) de ces MES comprend une part importante d'éléments organiques. Leur teneur augmente fortement en période d'étiage, plus légèrement au moment des crues. Les MES sont composées presque exclusivement de kaolinite et de produits amorphes. S'y ajoutent des illites et, sur le Congo à Brazzaville, des smectites qui proviennent de la cuvette congolaise. (DELAUNE & Al, 1993)

Chimie des eaux à Brazzaville

Les résultats acquis au cours de cinq années de suivi des eaux du Congo et de l’Oubangui font ressortir la stabilité de leur composition chimique en éléments majeurs dissous dont les concentrations suivent assez fidèlement le cycle hydrologique. Les eaux de ces fleuves transportent essentiellement sous forme dissoute des bicarbonates, issus en grande partie de la dissolution du CO2 atmosphérique, et de la silice.

Les eaux du Congo sont particulièrement peu chargées en éléments minéraux dissous; la moyenne des TDS, 36 mg.L-1, est largement inférieure à la moyenne mondiale des eaux de rivière, qui est de 100 mg.L-1 (Berner and Berner, 1987), ainsi qu’à la moyenne des rivières africaines (+/- 60 g.L-1). Pour la silice par contre, la concentration moyenne (9,4 mg.L-1 est voisine de la moyenne mondiale (10,4 mg.L-1). Cette faible charge minérale dissoute correspond à une dynamique de bassin aplani, protégé par un couvert forestier dense où l’érosion mécanique est ralentie et où l’altération (bio)géochimique agit sur un substratum déjà en grande partie lessivé.

(SONDAG & Al, 1993)

Pollutions

Les eaux sont principalement sujettes à :

• la pollution liée à l’état d’insalubrité généralisé des villes (déchets domestiques en particulier dans les zones périurbaines)

• la pollution complexe liée à l’activité industrielle et au transport.