Dragage

Le dragage des zones ensablées est actuellement le moyen du lutte contre l'ensablement le plus direct et le plus utilisé. Par cette méthode, des résultats rapides et localisés sont obtenus, mais les travaux doivent être reconduits régulièrement.

Jonché de nombreux bateaux et barges coulés accidentellement, le lit du fleuve Congo est devenu au fil du temps, un véritable cimetière d'embarcations de toute calibre. Une enquête réalisée à Kinshasa indique que plus de 100 mille tonnes de mitrailles composées essentiellement de vieux bateaux, baleinières et autres engins noués, traîneraient dans le fleuve Congo. Pour la sécurité de la navigation fluviale, il faut assainir le lit du fleuve. Ces travaux devaient également faciliter notamment l'accostage des bateaux et autres embarcations desservant le fleuve Congo et ses affluents.

En effet, sur tous les abords du fleuve Congo dans la partie kinoise du pool Malebo, du port de Maluku au port public de Kinshasa, en passant par les nombreux petits ports, le beach Ngobila et enfin le port Sicotra, on peut compter une dizaine de bateaux et de barges coulés accidentellement. De nombreuses autres embarcations, tels que les hors-bord, les yachts et même certains bateaux privés et des baleinières figurent sur le registre des accidents du commissaire fluvial et celui de la Commission nationale des sinistres sur le fleuve. (KUEDIASALA)

Les travaux de dragage d'entretien dans les ports permettent généralement de résoudre le problème d'ensablement, d'envasement des chenaux d'accès et bassins, la dépollution des plans d'eau, la mise en communication des eaux et la sécurité de navigation.

Les activités de dragage et de balisage du fleuve sont interdépendantes. Le repérage des fonds sableux est nécessaire afin de localiser les zones d'intervention, optimisant ainsi les opérations de dragage. En effet, une reconnaissance préliminaire permet de repérer les seuils à draguer, aussi bien dans les bras principaux que dans les bras secondaires (susceptibles d'offrir un passage plus intéressant, soit parce qu'il permettrait un meilleur tracé du chenal, soit parce qu'il réduirait les frais de dragage et d'entretien) (VENNETIER, 1963).

> Dragage du fleuve Congo (RDC) (www.studi.com.tn/site/publish/images)

De manière générale, le dragage est le résultat d'un compromis entre:
- la minimisation du coût
- les possibilités d'auto dragage
- la préservation de l'écosystème

  • Méthode et Techniques

Plusieurs types de dragues sont actuellement sur le marché. Une drague suceuse traînante aspire le sable du fond et le dépose dans un compartiment à bord du navire. Les dragues à benne preneuse, qui ramassent le sable, sont employées dans les zones étroites et le long des quais.


> Modèles de dragues industriels commercialisés par MTBL SPRL


La Régie des voies fluviales, entreprise publique, est chargée du balisage et du dragage du fleuve Congo.
Les dragages doivent être orientés par rapport aux périodes de basses eaux. D'autre part, le dragage des seuils sableux doivent permettre d'assurer le passage de convois à 1 m de tirant d'eau par rapport à l'étiage moyen.
Les seuils les plus inquiétants sont dragués une première fois à la cote 0,70 m au-dessous de l'étiage moyen, puis, après dragage des autres seuils, sont repris pour être amenés à la cote -1 m. Cela permet de réduire,en un temps relativement court, l'ensemble des obstacles qui s'opposeraient à la navigation. Mais en outre, elle permet à l'auto-dragage de jouer son rôle et de dégager le seuil naturellement, soulageant d'autant l'entreprise (VENNETIER, 1963).

  • Résultats: efficacité... à court terme

Les travaux d'ouverture du chenal d'entrée du Pool Malebo de Kingabwa a permis aux bateaux et baleinières d'atteindre directement le port central de Kinshasa au lieu de faire un long contour de 10 km. Vingt-cinq mille m3 de sable y ont été enlevés pour faciliter le passage des engins navigables, selon l'administrateur directeur technique de la RVF. Les travaux ont été possibles grâce à une drague louée depuis Brazzaville. Cette partie du fleuve a été remise en état de navigation après 30 ans d'inaccessibilité. (KUEDIASALA)

De 1952 jusqu'en 1959, 450.000 m3 de sables ont été extraits, dont une partie a été utilisée pour gagner du terrain sur les rives marécageuses, à Bangui et à Mossaka notamment. Mais 20 à 2.5 seuils doivent être repris chaque année, sur une quarantaine reconnus. L'augmentation progressive des moyens de travail a permis de porter le cubage dragué à 200.000 m3 pour la seule campagne 1960-61, soit 7.000 m de chenaux. (VENNETIER, 1963)
Les dragages d'entretien annuel sont indispensables pour l'amélioration des conditions d'accès, de sécurité de navigation dans les chenaux et bassins portuaires, ainsi que la lutte contre la pollution des plans d'eaux. (KUEDIASALA)
Ainsi, le dragage s'avère utile à court terme mais, dans la majorité des cas, une grande partie de la vase revient rapidement sédimenter.

  • Coût et Impacts sur l'environnement

Il est difficile de donner une estimation fiable des coûts de dragage, étant donné la variété des techniques utilisées, la situation et l'importance des volumes extraits ainsi que leur fréquence. Ce pendant, un ordre de grandeur peut être obtenu suite aux travaux déjà réalisés dans le fleuve Congo. Par exemple, pour un volume à draguer de 40.000m3, le coût de l'opération sur le Congo s'est élevé à environ 90.000.000 Fcfa, soit plus de 130 000 euros (DINGA J. B). (1 franc CFA (communauté financière africaine), monnaie commune à plusieurs pays d'Afrique, vaut environ 0.0015 euros - 1 euro vaut 655,957 CFA).


Les dragages doivent être interdits durant plusieurs périodes de l'année en fonction des migrations et de la reproductions d'espèces de poissons locales. Ils peuvent en effet avoir un impact non négligeable sur la faune (turbidité des eaux...). D'autre part, le remaniement des fonds sableux peut libérer certaines quantités de polluants anciennement emprisonnés par le processus de sédimentation.

  • Valorisation des sédiments extraits

En quelques mois, les sédiments sont manipulables mécaniquement, et sont disponibles pour leur valorisation (si non pollués). Plusieurs utilisations sont possibles:
- Le sable récupéré peut être vendu à des entreprises de construction, comme précharge ou comme remblais.
- Des essais de laboratoire réalisés par des entreprises ouvrent la perspective d'utiliser des tangues pour produire des ciments.
- Amendements agricoles par apport faible (20 m3/ha) afin de corriger le PH des sols
- Reconstitution des sols érodés
- Nouveaux supports de culture pour améliorer la fertilité d'un sol
- Recherche de nouveaux matériaux industriels comme un isolant thermique et phonique (panneau d'isolation, revêtement de parking ...)
- Couches de forme et de fondation de chaussée après séchage naturel et mélangés à de la chaux et du ciment

Ces ventes permettent de récupérer un faible pourcentage du coût de dragage.