Lutte anti-érosive

Introduction

Il est possible d'atténuer l'ensablement en agissant à la source du problème, plus en amont, au niveau de la source principale des sédiments: la matière érodée. En effet, la désagrégation de l'écorce terrestre et des couches recouvrantes, et par là la formation des débits solides charriés et des débits solides en suspension sont des processus naturels que l'on ne peut pas annuler totalement. On peut tout de même réduire leur intensité à l'aide de moyens techniques de lutte anti-érosive. L'intérêt est ici de mettre l'accent sur la lutte contre l'ensablement en s'attaquant à ses causes, et non au désensablement proprement dit qui n'est qu’une solution curative et certainement limitée. (Sahel Dimanche, 2009)

Il s'agit principalement du boisement et de l'enherbement des surfaces dénudées, de retenue par le bas des pentes glissantes et de la consolidation des sédiments anciens à l'aide de moyens techniques et au moyen de la végétation.(NÁTHER)

Nous n'avons pas ici la prétention de faire un inventaire complet des techniques de luttes anti-érosives existant dans le monde. Les sources bibliographiques sont nombreuses à ce sujet, présentant une grande variété de techniques développées sur des sites d'étude particuliers, dans des contextes socio-économiques précis. Devant les contraintes que représentent l'importance de notre site d'étude ainsi que le manque de données permettant de caractériser le site, nous nous limitons ici à un rapide aperçu des principes généraux sur lesquels sont communément basés les moyens de lutte contre l'érosion.

En RDC et en RC, plusieurs actions anti-érosives ont été appliquées sur le terrain, principalement autour de grandes agglomérations. Par exemple, on peut citer le site de Mataba à Kinshasa ou encore la tête d'érosion de Temaf I qui a pu être stabilisée depuis trois ans. Un programme d'urgence financé par la Direction Générale de la Coopération au Développement de Belgique a débuté à Kinshasa, Mbuyi-Mayi et Lubumbashi en août 2006. Il a duré 27 mois pou un budget total estimé à 25.000.000 €.

 

Plan de la partie :
  1. Pente et aménagements
    1. Terrasses
    2. Ouvrages
    3. Les aménagements hydrauliques
      1. La bande enherbée
      2. Limiter la concentration du ruissellement et créer des zones de dépôts
      3. Protection des chemins d'eau et organisation de l'écoulement
      4. Pour les secteurs urbanisés
  2. Végétation et techniques culturales
    1. Les mécanismes d’action de la végétation (REY F. et Al, 2004)
      1. La végétation contre l'ablation
      2. Rôle de la végétation en faveur des sédiments
      3. Efficacité des différentes formations végétales
    2. Techniques employées
      1. Quelques techniques culturales
      2. Consolidation du sol
    3. L'exemple du Vétiver: une haie contre l'érosion (KABAMBA, 2004)
      1. Mise en place et caractéristiques
      2. Résultats
  3. Au niveau des berges
  4. Ouverture: une approche nécessairement sociale
    1. Stratégies
    2. La GCES

Pente et aménagements

Les aménagements anti-érosifs portant sur la pente se basent sur le même principe. Ils ont pour but de ralentir le ruissellement des eaux, diminuant ainsi l'arrachage et le transport de particules solides. Les ruptures de pente créent des conditions favorables au dépôt des sédiments, aux endroits recherchés. Les zones d'accumulations sédimentaires peuvent ensuite être régulièrement purgées, et les dépôts valorisés.

L’influence de la pente est complexe. Dans plusieurs cas, on a observé une réduction du volume ruisselé lorsque la pente augmente (Roose 1973, 1993), mais, le plus souvent, l’érosion augmente avec la pente car se développe une érosion en rigole dix fois plus agressive que l’érosion en nappe. Dans certains cas la position topographique est prépondérante: l’érosion se manifeste alors sur les glacis ou terrasses de bas de pente et remonte vers le sommet des versants plus inclinés (Roose 1994 ; De Noni , Viennot, 1997). Quant à la longueur de pente sur laquelle les manuels ont basé la lutte antiérosive classique (terrasses), il semble que son influence sur la naissance de rigoles dépend de diverses interactions avec la rugosité et la perméabilité du sol, le type et l’abondance du couvert végétal.(ROOSE E., DE NONI G., LAMACHERE J-M - ORSTOM)

Terrasses

Les terrasses en gradins sont développées depuis des siècles autours de la Méditerranée, (mais aussi en Afrique, en Asie et en Amérique latine). Elles n’apparaissent que là où manquent les terres planes, où les salaires sont bas et la main d'œuvre abondante. Comme il faut 1000 à 1500 jours de travail pour aménager un hectare, les terrasses ne se développent que là où il y a une forte pression démographique, militaire ou religieuse, et où la rentabilité des cultures est élevée (irrigation fréquente).

Ouvrages

Les techniques préconisées évoluent progressivement des barrages, terrasses et diguettes en terre à des microbarrages perméables (haies, bandes enherbées ou cordons de pierres) moins coûteux.

Le plus souvent pourtant, les populations construisent barrages en fond de ravines pour que les eaux de ruissellement soient retenues et que les sédiments s’y déposent.

 

> Exemple d'aménagement d'une diguette au Burkina Faso

Source: www.sosenfants.com/developpementburkina.php

En Afrique, les paysans s’opposent aux techniques mécaniques proposées par les technocrates, car les terrasses et les diguettes font perdre 8 à 20 % des surfaces cultivables, et elles n’arrêtent pas la dégradation de la productivité, mais réduisent la liberté de circulation et gênent la mécanisation. Surtout, les paysans africains craignent que, à travers ces aménagements, l’État tente de mettre la main sur la propriété des terres gérées traditionnellement par le droit coutumier.

> Travaux de lutte contre l'érosion au moyen de petits barrages rustiques en maçonnerie sèche.

Source FAO

Les aménagements hydrauliques (GAUVIN, 2000)

L'approche pour estimer les volumes de ruissellement et les débits reposent sur une connaissance précise du terrain et une adaptation la plus étroite possible des risques à chaque bassin versant. Ces méthodes sont souvent utilisées par les bureaux d'études afin de dimensionner les ouvrages nécessaires pour contenir successivement le long d'un bassin versant les eaux de ruissellement et limiter ainsi l'érosion. Elles s'appuient sur des analyses d'intensité de pluie, sur des choix de coefficient de ruissellement, sur des estimations de temps de concentration, sur des estimations de débits et de volumes ruisselés.

Les aménagements généralement proposés sont prévus pour lutter contre les phénomènes chroniques. Ils ne sont pas dimensionnés pour faire face à des événements de fréquence rare, mais au mieux, de fréquence décennale (pluie apparaissant statistiquement une année sur dix).

La bande enherbée

Elle peut de jouer un double rôle : elle permet de lutter à la fois contre l'érosion et contre les pollutions des cours d'eau par les produits phytosanitaires d'origines agricoles et le ruissellement des matières en suspension.

 

> Exemple de localisation de bandes enherbées (d'après Groupe `dispositifs enherbés' du CORPEN )

La localisation des bandes enherbées répond à plusieurs principes. Elles peuvent être :

  • en position d'intercepter transversalement le ruissellement diffus au sein de la parcelle, ou en bordure de celle-ci (n°l, 2, 6) : dans ce cas, elles freinent l'eau, retiennent des sédiments et jouent le rôle de diffuseur (limite la concentration de l'eau).

  • en position de canalisation du ruissellement, c'est-à-dire qu'elle est implanté dans l'axe du talweg (n°4). Dans ce cas, elle empêche le décollement des particules terreuses dans la zone déprimée. Elle est positionnée de sorte à guider l'eau vers l'aval sans emporter les sédiments.

  • en position de banquette d'adsorption, de diffusion associant au filtre une dépression aménagée en amont qui exerce un triple rôle ; décantation, infiltration et répartition de la lame d'eau ruisselante sur le filtre provenant de l'amont (n°3 et 5). En limitant le ruissellement à l'amont, on favorise davantage l'infiltration de l'eau.

Limiter la concentration du ruissellement et créer des zones de dépôts

Ces ouvrages de stockage du ruissellement situées en général à l'interface entre les terres cultivées et les zones urbanisées n'ont pas d'effet sur l'érosion elle-même (si elles sont bien entretenues) mais sert seulement à la contenir.

    - les plis ou modelés.

    - les barrages en balles de paille.

    - les diguettes avec fossés de stockage.

    - les mares tampons.

    - les talus et bandes boisées.

    - les haies.

    - les banquettes d'absorption-diffusion.

    - les bandes enherbées qui empêchent l'arrachement du sol sur les passages en eau.


En jouant le rôle de barrière et en déviant les écoulements, les haies peuvent protéger une partie des surfaces du bassin versant. Des risques existent selon le mode d'implantation de ces ouvrages. La maîttise de l'évacuation des eaux est primordiale, elle dépend beaucoup de l'entretien des aménagements.

Protection des chemins d'eau et organisation de l'écoulement

Les techniques existantes sont:

  • chenal enherbé :il sert à acheminer l'eau en évitant l'incision et permet d'éviter le caractère boueux aux inondations. Il permet aussi de filtrer les matières en suspension en créant des dépôts.

  • fossés de drainage (ou barrages filtrants) et ouvrages de canalisation: Ils peuvent faire office de bassins de rétention, puisque l'eau est ralentie et donc en partie stockée à l'amont des aménagements.

Tous ces ouvrages correspondent néanmoins à des actions limitées et apparaissent comme des solutions secondaires et coûteuses, d'où l'intérêt de développer les actions préventives agronomiques.

Pour les secteurs urbanisés

L'objectif est :

  • de ralentir le transit des eaux de ruissellement par des bassins de rétention (coûts d'entretien élevé)

  • de suivre le développement des surfaces imperméabilisées (toitures, routes, parking, trottoirs...) pour contrôler la vitesse de ruissellement.

Végétation et techniques culturales

La végétation et les méthodes culturales sont les moyens les plus efficaces et les plus adaptés à long terme pour lutter contre l'érosion. Des cultures associées traditionnelles, qui assurent une couverture végétale optimum et celui des haies traditionnelles qui jouent un rôle efficace contre le ruissellement et l’érosion doivent ainsi être assurés.

Les mécanismes d’action de la végétation (REY F. et Al, 2004)

La végétation peut intervenir contre l’érosion hydrique de surface de deux manières principales : d’une part, elle peut empêcher l’ablation du substrat, d’autre part, elle peut favoriser la sédimentation, en retenant les sédiments érodés plus à l’amont.

La végétation contre l’ablation

La végétation protège les sols de l’ablation par réduction de l’énergie des agents érosifs et maintien des sols.

  • Réduction de l’énergie de l’érosion pluviale

La végétation intercepte les gouttes de pluie, grâce aux parties aériennes des plants. En forêt, les précipitations inférieures à 2 mm en 24 h sont presque entièrement interceptées ; au-delà, l’interception diminue lorsque l’intensité de la pluie augmente, selon une fonction logarithmique. Par son couvert, la végétation joue ainsi un rôle de protection mécanique : elle permet de diminuer l’énergie cinétique des gouttes de pluie et de réduire l’effet de splash, surtout grâce aux litières et buissons, dont le rôle est plus important que celui de la canopée aérienne.

  • Réduction de l’énergie du ruissellement

Au sol, la végétation permet de lutter contre le ruissellement, en augmentant l’infiltration de l’eau. Les sols, plus poreux, sont alors à même de stocker de plus grandes quantités d’eau, jouant un rôle d’éponge, plus ou moins important selon l’état de saturation des sols. La régulation hydrologique jouée par la végétation a pour effet de diminuer la quantité, la concentration et le débit du ruissellement. Giordano rapporte qu’entre des terrains nus et une forêt, le ruissellement diminue et le temps d’écoulement de la pluie augmente jusqu’à 500 fois. En comparant un bassin versant dénudé et un bassin versant végétalisé, ont observe une augmentation du seuil minimal de pluie pour obtenir un ruissellement et, de ce fait, une réduction de la fréquence des crues. Les pointes de crues sont retardées d’au moins une demi-heure et réduites dans un rapport de 5 à 10. Combes et al. expliquent que, par rapport à des terrains dénudés, la forêt peut réduire d’au moins 80% la pointe de crue et d’au moins 50% le volume ruisselé rapidement. Elle peut tripler la rétention initiale avant le début d’un écoulement. Elle peut multiplier par cinq la capacité maximale d’infiltration pendant une crue. Il existe, cependant, des seuils d’efficacité en ce qui concerne l’hydrologie : l’influence de la forêt est moindre pour les événements pluvieux longs ou abondants. En effet, une fois le sol saturé, la forêt ne joue qu’un rôle réduit dans le ruissellement.

  • Maintien des sols

La végétation maintient les sols grâce aux systèmes radiculaires, améliorant ainsi la cohésion des sols et donc renforçant leurs propriétés mécaniques.

Rôle de la végétation en faveur de la sédimentation

La végétation peut exercer un effet favorable sur la sédimentation des particules, grâce à des processus de piégeage et de rétention d’une partie des sédiments érodés à l’intérieur d’un bassin versant. Les écoulements déposent les sédiments par suite de la réduction de leur énergie de transport. Des dépôts ont ainsi été observés à l’amont de barrières végétales, sur des pentes plus fortes que celles sans végétation. L’utilisation de haies végétales sur terrasses pour favoriser la sédimentation a souvent été testée avec succès. Les haies végétales de vétiver (Vetiveria sp.) ont notamment souvent montré leur efficacité pour le piégeage des sédiments. Ce piégeage a également été observé sur les berges des cours d’eau. Les accumulations de sédiments permettent alors de renforcer la stabilité des berges. La continuité de la barrière végétale apparaît comme un facteur important pour l’efficacité du piégeage.

Les végétaux constituant l’obstacle végétal peuvent également se développer au contact des sédiments atterris arrivant au niveau de l’obstacle après chaque phase de ruissellement, colonisant ainsi les sédiments piégés. Cette dynamique végétale naturelle peut permettre d’une part de retenir durablement les sédiments piégés grâce au développement des systèmes radiculaires, d’autre part d’augmenter la capacité de piégeage des obstacles végétaux. En conséquence, à l’intérieur des bassins versants, de grandes quantités de sédiments érodés sont piégées et ne rejoignent pas l’exutoire des bassins.

Efficacité des différentes formations végétales

L’effet de la végétation peut être différent selon les formations végétales ; il peut dépendre du type de végétation ou de l’utilisation du sol.

Le rôle de la couverture herbacée est souvent dénigré, alors que, bien souvent, elle peut être très efficace pour lutter contre l’érosion hydrique de surface. Son action peut être optimale en mélange avec une formation arborée, les arbres permettant de dessécher les couches profondes, tandis que les herbes maintiennent la couche superficielle du sol.

Toutefois, on doit constater qu’en contexte torrentiel, la couverture herbacée est bien souvent insuffisante pour lutter efficacement contre l’érosion concentrée. Il apparaît donc que, suivant le type de ruissellement, l’herbe ne constitue pas la meilleure solution pour lutter contre l’érosion linéaire.

La morphologie et la taille des végétaux sont importantes pour la maîtrise de l’érosion, car cela détermine la formation de litière, élément qui favorise l’infiltration de l’eau.

Techniques employées

Diverses techniques antiérosives ont été testées en parcelles sur versants : elles ont pour effets de freiner les eaux de ruissellement à travers une bande enherbée (Roose et Bertrand, 1971; Boli et al. 1993; De Noni et Viennot 1993), une haie vive (Ndayizigiye et Roose 1993; Smolikowski et al., 1997 ; Boli Roose et al., 1998) ou un cordon pierreux (Lamachère et Serpantié 1991-92). II apparait que la diversion des eaux excédentaires dans divers canaux est moins efficace que la dissipation de l’énergie à travers un microbarrage perméable qui filtre et ralentit l’eau, mais ne l’accumule pas derrière une digue imperméable (Roose, 1986 ; De Noni et Viennot, 1996).

Ainsi, comme nous l'avons vu avant, les haies perpendiculaires à la pente freinent le ruissellement, stoppent le transfert de sédiments érodés qui se déposent à l’amont des clôtures modifiant la déclivité à long terme et piègent des nutriments. Des dénivelées de 1 m de part et d’autre de la clôture ne sont pas rares. Leur action est donc d’ôter pratiquement toute la compétence érosive du ruissellement. Elles jouent également le rôle de brise-vent.

Une expérience menée dans les alpes françaises a permis d'étudier l'efficacité de tels ouvrages de génie biologique pour le piégeage et la rétention de sédiments au sein de petites ravines. Soixante ouvrages de 1,2m de large, constitués de boutures de saules, ont été étudiés pendant trois années. Ces ouvrages ont été construits tous les 2m dans le lit de cinq ravines expérimentales. Le développement de ces obstacles végétaux s'est avéré très efficaces pour piéger des sédiments. En une année et par ouvrage, les cordons sur fascines ont piégé en moyenne 0,06m3 de sédiments et au maximum 0,19m3. Les cordons avec garnissages sur fascines ont piégé en moyenne 0,11m3 de sédiments et au maximum 0,29m3. (REY, 2005)

La reforestation des têtes de vallées peut également être envisagée.

Quelques techniques culturales

L'effet des pratiques culturales n'est pas facile à calculer. Néanmoins, tous les experts s'accordent à dire qu'il est possible de réduire d'au moins l mm les volumes de ruissellement sur les terres labourées, ceci rapporté à la surface du bassin versant peut être considérables. (GAUVIN, 2000)

  • Semis direct sous litière et paillage

Alors que le labour améliore temporairement l’infiltration, il expose le sol nu à l’agressivité des pluies et réduit sa cohésion. Le semis direct sous litière est une tentative de se rapprocher du milieu naturel où le sol reste couvert et protégé de l'agressivité des pluies (ROOSE E., DE NONI G., LAMACHERE J-M – ORSTOM). L'amélioration de l’infiltration peut être également obtenue par le paillage.

  • Non déchaumage pendant l'interculture

Il permet de maintenir un effet de "mulch" (couverture végétale morte) qui diminue fortement l'impact des précipitations, le sol n'étant pas travaillé, il reste résistant aux incisions. Pour les récoltes de fin de printemps il permet entre autre de garder l'humidité du sol pour la restituer en été.

  • Non labour

Il présente deux effets opposés selon sa position géographique, sur le plateau (impluvium) ou dans la vallée (zone de concentration du ruissellement). En effet il permet de garder un sol compact et peu sensible à l'arrachement dans la zone de ruissellement concentré (située en général en fond de vallée), mais il favorise au contraire le ruissellement si la parcelle est située sur l'impluvium du fait de sa faible capacité d'infiltration.

  • Alternance des cultures

La rotation des cultures selon les saisons permet d'assurer une couverture végétale constante et diversifiée au niveau des zones cultivées. L'action de la végétation sur l'érosion en est améliorée.

  • Découpage parcellaire

La réduction des surfaces cultivées avec l'implantation de haies conduit à une diminution des zones de concentration en eau et permet d'obtenir un bassin versant où le ruissellement est plus facilement contrôlé.

Consolidation du sol

Il est possible de consolider le sols en surface par:

- l'apport de matières organiques: elles favorisent l'agrégation des particules entre elles et améliorent la stabilité structurale en agissant sur la mouillabilité (favorisent l'infiltration de l'eau), et en limitant la battance et la prise en masse des couches labourées.

- l'amendement calcique: nécessaire à la floculation du complexe argilo-humique; il faut maintenir un taux de calcaire d'au moins 3 % et un pH entre 7,5 et 7,8 sachant que la consommation annuelle est d'environ 0,5 à 1 tonne par hectare de carbonate de calcium. Il donne au sol une structure plus stable, moins apte à produire une croûte de battance.

- le tassement sur les zones de passage d'eau: pour constituer une bande de sol compact et ainsi augmenter la résistance du sol et la largeur d'étalement de l'écoulement. La limite de cette méthode dépend de la pente qui doit être inférieure à 2-3 % et des débits qui doivent être faibles.

- en évitant l'affinement excessif: pour éviter la formation de la croûte de battance en travaillant sur sol bien ressuyé, en limitant les passages et en regroupant les outils (peu agressifs et adaptés au type de sol).

L'exemple du Vétiver: une haie contre l'érosion (KABAMBA, 2004)

En tant que haie de contour, le vétiver agit en tant que système de filtrage continu qui ralentit l’écoulement, réduit le ruissellement et la formation de creux, et recueille les sédiments sur ses parois. La perte en nutriment du sol est ainsi réduite ; l’humidité de sol et la rétention d’eau augmentent, de même que les terrasses naturelles et le niveau du sol dernier les haies. La plante ne coûte pas cher, se cultive facilement, et n’exige qu’un minimum d’entretien. A part sa propriété de conservation du sol, le vétiver est utilisé pour stabiliser les digues, les canaux, les culées des ponts, et protéger des affaissements. Depuis le milieu des années 80, la technologie du vétiver a été introduite dans plus de 100 pays.

On peut trouver le plant de vétiver dans la plupart des pays tropicaux et semi-tropicaux. Le coût d’établissement du vétiver repose largement sur le niveau de salaire des mains d’oeuvre. Dans la plupart des pays où la main d’oeuvre s’élève entre 1 et 1,5 Dollar US par jour, le vétiver peut être établi à raison de 3 Dollars US pour cent mètres de haies. La culture en conteneur peut être dix fois plus élevée. Les agriculteurs qui disposent d’une source de vétiver dans leurs terres, ou des pépinières, peuvent creuser et planter entre 100 et 200 mètres de vétiver par jour. Une bonne pépinière peut produire plus de 2 millions de boutures par hectare par an pour couvrir 50km de haies.

La plante présente d'autres avantages: des huiles aromatiques sont extraites des racines de vétiver pour l’industrie du parfum; couverture des chaumes, fourrage (si bien entretenu), paille pour l’industrie du papier, conservation du sol et de l’humidité, stabilisation des digues et des terrains, plantes médicinales. La plante permet en parallèle de contrôler la pollution dans les sols et d'augmenter le rendement à la culture pour une utilisation en haies.

Résultats

Les données recueillies auprès de différents sites montrent que le niveau d’érosion peut être réduit à un niveau acceptable de moins de 3 tonnes / ha de sol perdu par an. Les recherches indiquent que l’écoulement des eaux de pluie peut être réduit jusqu’à 60-70% de la précipitation enregistrée. La variation est assez élevée, et dépend des pentes, de l’intensité de la précipitation, et du taux d’infiltration potentielle et de la capacité de rétention en eau du sol dans les sites.

Plus précisément, les recherches entreprises par CIAT en Colombie, où la précipitation annuelle s’élève à 1.800mm ont enregistré une réduction du sol de 143 tonnes (sans protection) à 1,3 tonnes par hectare sous protection du vétiver. On a remarqué une réduction de la perte en sol, et aucune diminution du rendement à la culture. A ICRISAT, dans le sud de l’Inde où la précipitation annuelle est de 600mm par an, il y eut une importante réduction de la perte en sol et du taux d’écoulement de plus de 60%. De nombreuses autres études à travers le monde ont confirmé le potentiel que renferme le vétiver pour la conservation du sol.

Au niveau des berges

Nous avons vu que l'érosion des berges est la principale cause de l'ensablement du fleuve Congo. Il est donc important de considérer des techniques de lutte anti-érosives spécifiquement adaptées à la protection des berges.

La pente du lit, la direction du courant, l’ampleur du débit de pointe, la présence d’obstacles dans le lit du cours d’eau, la forme des talus, la couverture végétale et la résistance du sol en rive sont autant de facteurs qui doivent être pris en compte dans le cadre d’un diagnostic complet des sites à restaurer visant à sélectionner les travaux de corrections appropriés. Il est important de mentionner que la restauration des berges ne peut régler les problèmes d’érosion provenant des champs. Elle doit donc être envisagée comme un complément aux bonnes pratiques culturales et aux ouvrages hydro-agricoles.

Les solutions possibles sont:

  • Adoucir la pente du talus, selon le type de sol.

  • Protéger la berge à l’aide de techniques de génie végétal ou d’empierrement. Les techniques de génie végétal présentent l’avantage d’intégrer des arbustes et des plantes buissonnantes qui stabilisent la rive grâce à leur système racinaire et qui se régénèrent s’ils sont endommagés. Ces techniques sont souvent plus coûteuses que l’empierrement. Dans un grand nombre de cas, une protection au pied du talus par un empierrement complétée par la végétalisation du haut de la rive permet de combiner les avantages des deux techniques.

  • Végétaliser le haut de la berge (arbustes et/ou plantes pérennes).

  • Ralentir la vitesse de l’eau par l’installation de seuils dissipateurs d’énergie.

Dans les courbes :

  • Arrondir la courbe avant d’établir une protection.

  • Aménager des épis en perré ou avec des pieux de saules (d’autres techniques existent aussi) pour faire dévier le courant vers le centre du cours d’eau.

(CAZELAIS & Al, 2008)

Ouverture: une approche nécessairement sociale

L'information, la sensibilisation et la formation des populations sur les menaces liées à l'ensablement du fleuve et sur les bonnes pratiques agricoles est indispensable. Ce volet est primordial, car tant que les populations concernées ne prennent pas conscience des enjeux de la situation, tout effort entrepris n'est qu'illusoire (Sahel Dimanche, 2009). En effet, l’efficacité des stratégies traditionnelles est liée au contexte social et économique. De plus, les stratégies modernes d’équipement rural hydraulique doivent être adaptées au contexte local et acceptées par les populations, qui doivent être intégrées aux méthodes de lutte de manière participative.

Les cultivateurs n’ont pas l’habitude d’actions préventives contre l’érosion et ils ne commencent à agir que lorsque des dommages apparaissent dans leurs parcelles de cultures. Seul un petit nombre de communautés rurales, ayant trouvé refuge dans des montagnes pour échapper à leurs ennemis, sous la pression politique ou religieuse, ont développé des techniques de culture en terrasses, d ’ aménagement hydraulique et de contrôle de la fertilité des sols en raison de conditions rurales particulièrement difficiles (ROOSE, 1994 ; ROOSE et DE NONI, 1998).

Après plusieurs décennies de lutte antiérosive menée par des organismes publics préoccupés avant tout de la sauvegarde des aménagements collectifs (routes, barrages) et peu soucieux des intérêts privés des agriculteurs , on a vu se développer depuis le début des années quatre-vingt des mesures incitatives cherchant à impliquer les populations rurales dans les actions de lutte contre l’érosion. De nos jours, les autorités publiques et les organismes non gouvemementaux (ONG) essaient de développer des programmes d’assistance pour convaincre les populations rurales de sacrifier une partie de leurs sols à la lutte contre l’érosion afin d’améliorer la gestion de l’eau sur les versants. (ROOSE et Al., 2000)

Stratégies

Certains enseignements doivent être retenus :

a) les mesures incitatives de lutte contre l’érosion peuvent avoir une influence positive sur le développement rural par l’extension des techniques de gestion agricole de l’eau, de la biomasse et de la fertilité des sols. Des aides sont parfois nécessaires aux agriculteurs pour mettre enoeuvre ces techniques mais elles risquent, lorsqu’elles sont supprimées, de les entraîner à négliger l’entretien des aménagements et à interrompre l’extension de ces pratiques.

b) les mesures incitatives les plus efficaces sont celles qui rendent les cultivateurs capables d’atteindre l’autonomie. Pour atteindre rapidement une bonne autonomie, l’objectif à rechercher doit être l’utilisation de techniques les plus simples, traditionnellement pratiquées par les paysans, adaptées aux nouveaux contextes sociaux et économiques ;

c) l’expérience montre que les techniques qui accroissent la sécurité foncière tout en limitant l’érosion sont rapidement acceptées par les agriculteurs : délimitation des parcelles par des arbres ou des talus, documents officiels définissant les limites de la propriété individuelle, contrats entre l’administration et les groupements villageois respectant les droits fonciers ;

d) les crédits incitatifs à cours terme peuvent lever les principales barrières à l’intensification agricole et rehausser la valeur des terres en valorisant le travail associé à l’aménagement anti-érosif

e) pour encourager les agriculteurs à intensifier leurs cultures, des conditions favorables au commerce doivent être développées : sécurité des voies de communication, juste rémunération des producteurs, possibilité de stockage des productions et régulation des prix de vente etc.

Cependant, le meilleur encouragement reste l’accroissement des rendements agricoles qui sécurise le producteur et récompense le supplément de travail consenti. Il est clair que la stratégie de conservation des sols ne peut être un thème accepté pour lui-même par les agriculteurs mais qui doit être inclus dans une série de mesures incitatives comprenant la valorisation de la terre et du travail et les créations d’emploi pour les communautés rurales.

(ROOSE et Al., 2000)

La GCES

La GCES est une stratégie participative de développement rural et de gestion de terroir, au niveau de la gestion conservatoire de l’eau, de la biomasse et de la fertilité des sols.(ROOSE, 1994). Le principe est simple. Pour que l’action d’aménagement soit durable, la participation paysanne est indispensable et il faut donc résoudre d’abord les problèmes majeurs liés à la valorisation de la terre et du travail. Le défi à relever est de doubler la production en 25 ans au rythme de la croissance démographique, tout en réduisant sérieusement les risques de ruissellement et de dégradation des sols par érosion. Ceci ne peut se faire sans restituer le pouvoir d’innovation aux paysans pour modifier et intensifier le système de production, améliorer la couverture végétale et l’infiltration, en résumé gérer au mieux l’eau, la biomasse et les nutriments disponibles.

Cette nouvelle démarche entraîne un changement des mentalités et demande du temps. On distingue trois étapes :

  1. une étape de sensibilisation, de dialogue et d’enquête rapide sur les
    problèmes afin de préciser la perception paysanne de la situation, le
    développement des dégâts au cours des saisons, les facteurs actifs et
    les stratégies traditionnelles de gestion de l’eau et de la fertilité
    des sols;
  2. une étape de démonstration et d’expérimentation chez les paysans volontaires des diverses techniques proposées pour quantifier la gravité des risques, la faisabilité des techniques, leur efficacité et leur coût ;

  3. enfín une étape d’évaluation par la communauté (villageois + chercheurs + développeurs) et de planification à l’échelle du terroir, voire d’une région ou d’un petit bassin versant.

Cette approche fait encore l’objet de recherches d’accompagnement, mais elle a déjà donné des résultats intéressants en France (Pas de Calais, Aveyron), au Burkina (Roose, Dugué, Rodriguez, 1992-93), Algérie (1985-93), Rwanda (1988-93), Cap-Vert (1993-97), Cameroun (1996-98), Equateur (1 990-98). Signalons en particulier les recherches sur un nouveau mode de gestion des eaux sur les versants où il s’agit non pas de canaliser le ruissellement vers des exutoires aménagés (qui se transforment immanquablement en ravines), mais de réduire la concentration des eaux en étalant le ruissellement et en ralentissant la vitesse d’écoulement par augmentation de la rugosité du sol par des micro-barrages perméables tels que des bandes enherbées en Côte d’Ivoire, (Roose et Bertrand, 1971 ; Boli et al., 1993), des talus enherbés en Equateur (De Noni et Viennot, 1993), des cordons de pierres au Burkina (Lamachère et Serpantié, 1991) ou encore des haies vives de légumineuses arbustiveS.au Cap-Vert, Rwanda, et Cameroun( Smolikowski, Roose, 1997 ; Ndayizigiyé et Roose 1993; Boli et al., 1993).