Conférence

1) Rôle de l'expert


Le BEI ERE est l'occasion de faire appel à un expert, qui comme son nom l'indique, est spécialisé dans le domaine rattaché au projet. Ce dernier est un interlocuteur privilégié pour l'ensemble du groupe. Pendant la durée de l'étude, l'expert intervient sous différentes formes:

  • Rencontres entre le groupe de BEI et l'expert à l'initiative du groupe,

  • Conférence de 40 minutes suivie de 15 minutes de questions devant l'ensemble des groupes de BEI et du corps enseignant,

  • Réunion d'échange, d'orientation et de conseil entre le groupe de BEI et l'expert à la suite de la conférence.

De plus, l'expert reste disponible tout au long du projet afin d'apporter des réponses aux interrogations du groupe.

 

2) Choix et présentation de l'expert

 

Le choix de la personne doit correspondre au mieux au sujet, et répondre également aux attentes du groupe. Concernant notre projet sur l'intégration environnementale de la mine de Koniambo, nous avons fait appel à M. Christophe Monnin, directeur de recherche du LMTG (Laboratoire de Mécanismes et de Transferts en Géologie), au CNRS de Toulouse.

M. Monnin est Ingénieur de l'Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Toulouse (actuellement ENSIACET) et possède également deux thèses, respectivement en géochimie et thermodynamique. Il travaille en temps que chercheur au CNRS, où il dirige notamment le LMTG. Ses spécialités sont la géochimie minérale et la modélisation des interactions eaux-roches.

M. Monnin est Ingénieur de l'Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Toulouse (actuellement ENSIACET) et possède également deux thèses, respectivement en géochimie et thermodynamique. Il travaille en temps que chercheur au CNRS, où il dirige notamment le LMTG. Ses spécialités sont la géochimie minérale et la modélisation des interactions eaux-roches.

En 2006, la province sud de la Nouvelle Calédonie demande une contre-expertise concernant la qualité des effluents issus de la mine de Goro qui sont rejetés à l'aide d'un émissaire dans le canal de la Havannah (océan Pacifique). Quatre experts sont nommés pour mener cette contre-expertise: Jean-Charles Massabuau, Bernard Roux, Peter Campbell et Christophe Monnin. A ce titre, M. Monnin nous a semblé en mesure de remplir parfaitement la fonction d'expert sur notre projet, puisque les enjeux environnementaux autour de la mine de Goro peuvent être translatés à ceux de Koniambo.

 

3) Résumé de la conférence

 

a) Introduction

D'un point de vue économique, le Nickel permet notamment la fabrication de différents aciers. Ce minerai est coté en bourse. Son taux a fortement augmenté depuis 2002, puis a connu de fortes fluctuations, pour s'effondrer lors de la crise de 2008. Malgré cette grande variabilité de sa valeur, ce minerai reste rentable et est convoité par de grandes puissances mondiales.

La terre Néo-Calédonienne représente une réserve importante en Nickel, puisque le massif nickelifère couvre 40% du territoire, et 30% des réserves mondiales de Nickel. Dans ce contexte, ce territoire français attire les grands industriels miniers mondiaux. Au sud de la Nouvelle Calédonie, l'industriel canado-brésilien Vale-Inco a implanté une mine à ciel ouvert, près de la ville de Goro.

La mine représente également un apport économique pour l'île, puisque le PIB a augmenté de 20% sur l'île depuis sa mise en place. Le chantier a notamment monopolisé 6000 personnes pendant l'étape de construction et de mise en service, et l'industrie génère environ 1000 emplois en phase de fonctionnement, qui est estimée à environ 30 ans.

 

b) Mode d'exploitation

La mine de Goro est un site de 200 km², qui permet d'extraire 60 000 tonnes de Nickel par an, en utilisant une nouvelle technologie: l'hydrométallurgie. Cette pratique novatrice comporte différentes unités d'extraction, de transformation et de traitement nécessaires à la mine.

Le minerai se trouve en profondeur, dans les couches de limonites et de saprolites. Pour accéder à ces roches, les couches supérieures sont retirées. La proportion de Nickel dans les couches rocheuses est faible, de l'ordre de 1 à 2%.

 

c) Résidus

La mine engendre des quantités gigantesques de résidus, qu'ils soient solides ou liquides. Pour une tonne de Nickel produite, les résidus s'élèvent à 200 tonnes de déchets solides, et 200 m3 d'effluents liquides. Les déchets solides sont entassés dans une aire de stockage, qui n'est ni plus ni moins qu'une vallée bouchée par un barrage. En 5 ans, la quantité de déchets solides est estimée à 60 millions de m3.

Concernant les effluents liquides, l'industriel Vale-Inco a le projet, au début des années 2000, de déployer un émissaire afin de déverser les résidus aqueux au fond de l'océan Pacifique. Cet émissaire, long de 26 km, permet de déverser entre 1700 et 3000 m3 d'effluents par heure. Une étude d'impact de ce projet a été menée par l'industriel lui même. Le rapport précise que les effluents ne représentent aucun danger pour l'environnement marin (faune et flore).

 

d) Le sujet de la discorde

La Nouvelle Calédonie est depuis peu inscrite au patrimoine international de l'UNESCO, notamment pour son écosystème unique et pour la protection de la barrière de corail. Les habitants du sud de l'île craignent de voir cette flore fragile mise en péril par la nocivité des effluents provenant de l'industrie. De plus, le lagon représente, pour la population locale, une source de biens, notamment au travers de la pêche.

Le projet d'installation de l'émissaire a créé de fortes tensions sociales entre l'industriel et les populations autochtones. Des associations pour la protection du lagon se sont même formées, et des actions de sabotages de l'usine ont été menées en 2009.

Alors que l'industriel se défend en rappelant que les effluents ne sont pas dangereux, la province sud demande une contre-expertise composée de scientifiques indépendants.

 

e) La contre-expertise

Les quatre scientifiques en charge de la contre-expertise ont une année (l'année 2006) pour conclure sur l'impact des rejets liquides en mer en provenance de la mine. Ces experts se déplacent au cours de l'année pour recueillir des informations, échanger avec les autorités, et informer les populations. Ces derniers demandent une coopération de l'industriel, qui se doit de délivrer les informations souhaitées.

A partir des échantillons d'effluents (provenant d'une installation pilote), les scientifiques peuvent ainsi déterminer les caractéristiques du rejet: salinité, pH, composés chimiques... Cette étude préliminaire mène à s'intéresser plus particulièrement à un composé chimique, le manganèse. Celui-ci est contenu à hauteur de 100 mg/L dans les rejets, alors que la législation française impose un maximum de 1 mg/lL Il est toutefois nécessaire de noter que certains produits de consommation (comme le vin ou le thé) contiennent jusqu'à 8 mg/L de ce composé.

La contre-expertise se décline en différentes missions, selon la spécialité des experts: 

  • simulations numériques afin d'estimer les concentrations en manganèse au cours de l'année,
  • éco-toxicité au niveau de l'environnement,
  • courbes de protection des espèces vis-à-vis du manganèse.

 

Au cours de la contre-expertise, l'industriel a de lui-même proposé des solutions afin de réduire les concentrations en manganèse. Deux traitements à base de chaux et de soufre ont été rajoutés dans le cycle de traitement des effluents.

 

f) Conclusion de la contre-expertise

Les quatre experts ont conclu que les rejets tels qu'ils étaient ne sont pas acceptables. En effet, ils présentent une concentration en manganèse trop importante. Cependant, ils démentent la présence néfaste de certains autres composés chimiques, revendiqués par certains opposants à l'émissaire.

Les experts ont eu la lourde tâche d'exposer leurs résultats, et de justifier leurs conclusions face aux remarques des différents partis impliqués dans l'affaire.

Afin de surveiller la mise en fonctionnement de l'émissaire, la nature des rejets, ainsi que les conséquences sur l'environnement, un observatoire de surveillance a été instauré: l'oeil (Observatoire de l'Environnement Grand Sud). M. Monnin, à titre d'ancien expert, en fait parti.

 

g) Un mot sur Koniambo

Le projet d'installation de la mine de Koniambo rentre dans un projet de rééquilibrage des richesses de l'île, puisque la province Nord ne représente que 10% du PIB de la Nouvelle Calédonie. Cette province prévoit d'augmenter de 30% ce dernier, grâce au projet Koniambo Nickel.

Enfin, les industriels de la mine de Koniambo prévoient de mettre en place un émissaire qui peut s'apparenter à celui de Goro. Cependant, les préoccupations des autorités de la province Nord semblent plus être de l'ordre économique qu'environnementale. De fait, peut-on s'attendre à une demande d'expertise sur la toxicité des rejets comme dans le cas de Goro?