Contexte socio-économique


I. La question énergétique



 

          La question énergétique est au centre des enjeux internationaux. Etant donné que les énergies fossiles se fontde plus en plus rares et qu'elles sont inégalement réparties sur le globe, l'énergie devient  un enjeu de développement majeur. En effet, nous constatons une récente prise de conscience de l'impact des activités humaines sur les changements climatiques, notamment par l'utilisation de ces énergies fossiles, fortement émettrices de gaz à effets de serre.

          De ce constat résulte un certain nombre d'enjeux : réduction des émissions de gaz à effet de serre, amélioration de la gestion de l'énergie et modification de nos modes de consommation, développement de nouvelles énergies et en particulier des énergies renouvelables au détriment des énergies fossiles. En effet, nous devons nous adapter progressivement à cette nouvelle répartition des ressources. Il est donc nécessaire de commencer à remédier à ces problèmes dès maintenant puisque tout retard dans la lutte contre le changement climatique est suceptible d'entraîner de fortes conséquences économiques :

Les transitions, voire les mutations, à venir seront sans doute particulièrement douloureuses pour ceux qui se sont montrés les plus imprévoyants.

 (source : Rapport d'orientation du centre d'analyse stratégique publié en avril 2007)

 

 

 

II. Les énergies marines



 

          Notre planète étant recouverte à 70% par des océans, l'exploitation de cette ressource constitue un atout majeur pour le développement des énergies nouvelles. Nous disposons ainsi d'une ressource inépuisable. Il existe différents moyens d'exploiter l'énergie des océans et des mers : l'énergie de la houle, les courants marins, l'énergie des vagues, l'énergie des marées et l'énergie thermique des mers. Ces énergies ne sont encore que peu exploitées et constituent un fort axe de développement.

Le tableau suivant donne quelques ordres de grandeur permettant de situer le potentiel des énergies marines au sein du bouquet énergétique français.

 

 Situation actuelle et objectifs de mise en service à différents horizons, exprimés en puissances installées (MW) et production (TWh).

(source : Des énergies marines en Bretagne : à nous de jouer!)

 

          La contribution des énergies marines à la production française est actuellement insignifiante car seule l'usine marémotrice de la Rance est exploitée. Néanmoins, les objectif de production au cours des prochaines années sont significatifs. L'Ifremer (Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la MER) prévoit que d'ici 2020, la production d'énergie par l'éolien offshore, l'énergie marémotrice, houlomotrice, hydrolienne et thermique, compterait pour environ 3.3% de notre consommation actuelle.

          En ce qui concerne l'énergie des vagues, la façade Atlantique est particulièrement bien exposée : elle dispose d'une puissance moyenne de 45kW/m et d'un potentiel de 40TWh/an. Parmi les systèmes qui exploitent l'énergie au large, le Pelamis est le seul au stade industriel (un parc a été installé au Portugal en 2008). De plus, les coûts de l'énergie houlomotrice ont fortement diminué au cours des précédentes années, comme le montre la figure suivante; et les coûts actuels sont voisins de ceux des autres énergies renouvelables.

 Évolution du coût de production par les systèmes houlomoteurs offshore, taux d'intérêt : 8% (source : Énergie des mers)

 

          Si les coûts de ces énergies paraissent élevés aujourd'hui, elles peuvent être de plus en plus compétitives, surtout si le prix des énergies fossiles continue d'augmenter et si les émissions de CO2 en viennent à être taxées.

          D'autre part, les réseaux de transport et de distribution n'étant pas adaptés aux énergies marines, elles ne pourront devenir des sources alternatives de production d'électricité que par un aménagement de ces réseaux, ce qui prendrait un certain nombre d'années. D'où la nécessité de prendre des décisions quant au développement de ces énergies dès maintenant.

 

 

III. Un contexte de dépendance énergétique



 

           La Bretagne a un faible niveau de production d'électricité par rapport à ses besoins. En effet, elle est très fortement dépendante de la production des régions voisines puisqu'elle ne produit que 6% de sa consommation : elle importe donc près de 95% de son énergie électrique. De plus, la consommation électrique en Bretagne augmente plus vite que dans le reste de la France.

 

Consommation, production et approvisionnement énergétique de la Bretagne en 2008, en GWh (source : Chiffres clé de l'énergie en Bretagne)         

          L'usine marémotrice de la Rance contribue à la moitié de cette production : l'essentiel de la production Bretonne a pour origine l'énergie hydraulique. D'autre part, la cogénération produit environ un quart de l'énergie Bretonne et les parcs éoliens se multiplient.

 

Production régionale d'électricité en GWh en 2008 (source : Chiffres clé de l'énergie en Bretagne)         

          Les deux tiers de l'électricité importée proviennent des centrales thermonucléaires de Flamanville, dans le Cotentin et de Chinon, en Indre et Loire. Le reste de l'électricité provient de la centrale thermique de Cordemais.

Origine de l'approvisionnement hors Bretagne, en énergie livrée, situation moyenne. (source : Chiffres clé de l'énergie en Bretagne)           

 

          Les sources d'électricité Bretonnes, bien que plus ou moins prévisibles sont discontinues. Comme il est difficile de stocker l'électricité, pour répondre aux pics de consommation, il est donc nécessaire de produire de l'énergie en temps réel et donc d'avoir recours aux énergies fossiles, plus polluantes.

          Cette situation, ajoutée à la position péninsulaire de la Bretagne rend difficile l'alimentation énergétique lors des pics de consommation (principalement hivernaux). En effet, le transport et la distribution de l'électricité d'origine principalement extra-régionale peut être problématique, et principalement à la pointe de la Bretagne qui ne dispose pas de site de production d'électricité à proximité.

             La Bretagne doit donc créer de nouveaux sites de production d'électricité, notamment à la pointe du Finistère. Pour cela, le plan énergie pour la Bretagne, réalisé par le conseil régional de la Bretagne et adopté en juillet 2007, s'est donné comme objectif de garantir l'approvisionnement énergétique de la région et de développer la production issue des énergies renouvelables.

          La Bretagne est un lieu propice au développement des énergies marines pour plusieurs raisons :

  • Elle dispose de ressources exceptionnelles : forts courants, une façade exposée à la houle ordinairement puissante, des régimes de vents soutenus, des courants de marée importants et des marnages remarquables dans le golfe normano-breton.

  • Le déficit de la production électrique Bretonne est problématique et le développement d'énergies marines (prévisibles) pourrait pallier, dans une certaine mesure, ces problèmes.

  • La Bretagne dispose d'une forte culture maritime et d'une bonne connaissance du domaine maritime et des activités qui s'y rapportent.

Elle dispose donc d'une situation exceptionnelle pour le développement de telles énergies.

 

 

IV. Le marché des énergies marines



 

L'économie des projets d'énergies marines repose sur plusieurs variables :

 

 

IV.1. Les coûts d'installation

          A la différence des projets terrestres, les coûts d'installation des énergies marines, et notamment du Pelamis ne reposent pas seulement sur le coût de la machine. Il faut également tenir compte des coûts de « fondations », lié à la profondeur d'eau et à la nature des fonds, des coûts de l'installation elle même qui est plus difficile que sur le continent, mais aussi des coûts de raccordement au réseau, qui dépend principalement de la distance à la côte. Les coûts d'installation pour les dispositifs de récupération de l'énergie des vagues devraient être de l'ordre de 2 à 3.5 Meuros/MW installé.

          La variabilité des coûts d'installation est liées à des phénomènes intrinsèques au projet, mais aussi à l'évolution du marché. La variabilité intrinsèque dépend des caractéristiques du projet, à savoir la nature des fonds et la distance à la côte (distance de raccordement). La variabilité des coûts lié à l'évolution du marché vient de l'augmentation des prix des matières premières.

 

 

IV.2. Le coût de l'énergie

          Le coût de l'énergie se calcule en divisant le coût total (qui comprend les coûts d'installation, d'opération, de maintenance et de démantèlement) par l'énergie produite ou coût initial pour les dispositifs de récupération de l'énergie des vagues et des courants qui ne sont qu'au stade de développement. Une étude réalisée au Royaume Uni a estimé le coût initial de l'énergie des vagues et des courants :

  • vagues : en moyenne 32 à 36 c€/kWh

  • courants : en moyenne 17 à 22 kWh

  

Ces coûts restent relativement élevés par rapport au prix de l'électricité du marché, comme le montre la figure suivante.

 

 

Coût initial de l'énergie des vagues (offshore wave energy) et des courants (tidal stream energy), et écart au prix de l'électricité du marché de 5p/kWh (7c/kWh).

  (source : Des énergies marines en Bretagne : à nous de jouer!)

 

 Pourtant, pour certains développeurs, ces coûts sont surévalués et seraient plutôt de l'ordre de 6 à 8 c€/kWh.

 

 

IV.3. La fiabilité et la maintenance

          L'intervention en milieu marin peut s'avérer dangereuse. Ainsi, les exploitant exigent des garanties de fiabilité des machines aux constructeurs. Si la fiabilité se révèle inférieure à la garantie du constructeur, celui-ci devra payer des pénalités pour compenser le déficit encouru.

          Les interventions en mer pour effectuer de la maintenance sont à l'origine de fortes dépenses du fait de leur difficulté, ainsi que des conditions climatiques au large pouvant s'avérer problématiques pour leur réalisation. De plus, le risque humain lors de ces opérations n'est pas négligeable.

 

 

IV.4. La fiscalité

          Pour toute occupation du territoire public, il faut payer une redevance domaniale. D'après l'arrêté du 2 avril 2008, cette redevance comprend deux parts :

  • une part fixe forfaitaire de 1000 euros par unité de production et de 0.5 euros par mètre linéaire de production.

  • Une part variable de 4000 euros par MW installé.

Ces valeurs sont valables uniquement dans le cas de l'occupation du domaine public maritime.

 

 

IV.5. Les mécanismes incitatifs

         Les institutions publiques peuvent aider au développement de certains projets par des aides financières directes, notamment dans le cas de concepts émergents. Afin de favoriser le développement des énergies renouvelables et de limiter la prise de risque financières sur le développement de technologies nouvelles et non rentables, le rachat de l'électricité est permis, par EDF ou des distributeurs non nationalisés. Les objectifs sont multiples :

  • stimuler l'intérêt pour ces nouvelles technologies

  • améliorer leur rentabilité

  • favoriser les investissements.

          Les tarifs de rachat de l'électricité produite par les installations utilisant les énergies marines ont été fixés par l'arrêté du 1er mars 2007 : 15 c€/kWh pendant 20 ans

 

 

 




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