Les sécheresses marquantes

         

L'Ille-et-Vilaine est régulièrement le premier département français où les mesures de protection des réserves en eau sont appliquées pendant l'été. Les années de sécheresse sont particulièrement catastrophiques pour ce département, les réserves, et particulièrement les réserves souterraines, se remplissant difficilement entre deux périodes critiques au niveau pluviométrique.

Les dernières années de sécheresse sont 1976 et 1989-1990. 1990 est généralement considérée comme une année de sécheresse. Pourtant les pluviométries n'étaient pas si catastrophiques, même si elles étaient en-dessous de la moyenne. En réalité, les séquelles de l'année précédente étaient telles que les réserves d'eau ne s'étaient pas régénérées et le manque s'est vite fait sentir, dès les premières chaleurs.

Les conséquences de ces sécheresses sont dramatiques pour l'environnement et l'économie. Les débits d'étiage des cours d'eau sont difficilement respectés : la faune aquatique souffre du manque d'eau et la teneur en nitrates de l'eau, déjà très élevée dans cette région où se développent les élevages porcins et bovins, dépasse la norme maximale des 50 mg/l. Pendant les hivers 1989-1990 et 1990-1991, en pleine période de sécheresse, la ville de Rennes a dû lâcher 5 millions de m3 d'eau de ses barrages de retenue : la teneur en nitrates était supérieure à 100 mg/m3. Cette perte représente 40 % de la consommation annuelle de la ville. Certaines communes créent même des réseaux avec des communes voisines où le taux de nitrates est moins important, pour diluer leur eau trop polluée.

                     

                             

Un exemple d'année de sécheresse : 1989

                

La sécheresse commença dès l'été 1989. Mais, alors que les années précédentes les précipitations de l'hiver suffisaient à limiter les effets de la sécheresse estivale, les pluies d'octobre et novembre de 1989 n'ont pas suffi pour reconstituer le capital hydrique, les réserves souterraines continuant à baisser. L'anticyclone empêche les dépressions de passer.

En décembre, les arrêtés interdisant d'arroser les pelouses et de laver les voitures restent en vigueur, ces restrictions étant appliquées dans 25 des 31 départements du bassin Loire-Bretagne. A Rennes, les piscines gardent leurs portes fermées par mesure d'économie.

Mares et étangs rétrécissent dangereusement (graves conséquences écologiques), les puits sont à sec. L'étiage des rivières, généralement estival, défie les saisons, et les retenues se vident inexorablement.

A Rennes, dont les quatre adductions d'eau alimentent plusieurs syndicats et communes du département, on tire la sonnette d'alarme : la retenue de Rophémel, d'une capacité de 5 millions de m3 , ne contient plus que 400 000 m3 d'eau début décembre ; celle de Saint-Thurial, d'une capacité de 14.3 millions de m3, n'a plus que 3.9 millions de m3. Mais 40 % de son eau vient du Couesnon, dont le bassin granitique piège la plus petite pluie.

Le barrage de Guerlédan -50 millions de m3- , véritable poumon de la Bretagne, est interconnecté avec les barrages de Gouet et de l'Arguenon. Coût : 64 millions de francs. Dans la réserve de Sainte-Suzanne, seuls 50 000 des 500 000 m3 de capacité ont été préservés pour sauver les poissons.

Chaque jour, un caboteur anglais approvisionne Belle-Ile (5 000 habitants) avec 1 000 m3 d'eau. Entre juin et décembre, 100 000 m3 ont été acheminés du continent vers des îles asséchées du Morbihan.

Deux hivers de pluviométrie moyenne ont été nécessaires pour reconstituer les stocks de surface, sans doute plus longtemps pour les réserves souterraines (l'année 1990 fut également considérée comme une année de sécheresse, malgré une pluviométrie normale ; les séquelles de l'année précédente se faisant encore ressentir).

Toutes les mesures prises impliquent bien entendu des hausses du prix de l'eau, certains estimant que c'est un bon moyen pour faire prendre conscience aux gens de la valeur de l'eau : on ne gaspille pas ce qui est cher !

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