L'Adour


Résumé: Ce document est issu de la bibliothèque de l'ARPE (Association Régionale pour la Protection de l'Environnement) qui se situe rue de Tivoli à Toulouse. Il décrit les caractéristisques principales de l'Adour et plus poétiquement, son environnement, sa flore et sa faune.

Fiche d'identité: fleuve se jetant dans l'Atlantique; long. 335 km, bassin 17020 km2, débit 360 m3/s, alt. 1931 à 0 m ; type montagnard ; navigable sur 75 km (pas d'écluse) ; canoë-kayak sur 276 km; pêche intéressante (voir texte) ; tendance à la pollution en aval de Tarbes et à partir de Riscle, pollution plus grave du confluent de la Midouze à Dax et de Bayonne à la mer ; baptise dix communes. Arrose Bagnères-de-Bigorre, Tarbes, Maubourguet, Aire-sur-l'Adour, Grenade-sur-l'Adour, Saint-Sever, Dax, Bayonne, Boucau.

Un mot ligure signifiant la source a donné son nom à l'Adour, ou plutôt aux Adours: le fleuve est formé, en amont de Bagnères-de-Bigorre, de la réunion de l'Adour de Payolle et de l'Adour de Gripp, rejoints par l'Adour de Lesponne, trois torrents de montagne profondément enfoncés dans les Pyrénées. Ils ont des vallées étroites, à fond plat, saupoudrées de constructions qui ne parviennent pas à s'organiser en véritables villages.

L'embouchure de l'Adour ne passe pas inaperçue. Canalisées par deux digues - celle du Nord s'avance d'un kilomètre dans la mer -, les eaux du fleuve viennent buter contre la houle de l'Océan dans une lutte plus de quatre fois séculaire. La puissance de cette rencontre produit un remous écumant, la " barre de l'Adour ", dont la violence varie avec la hauteur de la marée, le débit du fleuve et la force du vent. Quand tous les trois sont à leur paroxysme, le phénomène, démesuré et inquiétant, retarde l'entrée et la sortie des navires. Par mer grise, sous un ciel chargé, le spectacle est encore plus beau.

Comme le fleuve jaune, mais en moins cataclysmique, l'Adour a été contraint de déplacer son embouchure par la volonté des dunes, remontant plus ou moins loin de Bayonne. Au début de notre ère, il se jetait dans l'Océan à Capbreton, quinze kilomètres plus au nord, en 910, il monte jusqu'à Port-d'Albret, à trente kilomètres; en 1164, il perce la dune, face à Bayonne, pour peu de temps: Capbreton est élu de nouveau dix ans plus tard, et Port-d'Albret en 1390. Bayonne, ensablée, périclite; Charles IX ordonne alors de creuser une tranchée dans la dune, face à la ville, qui entend redevenir port de mer. L'opération est réalisée par les habitants sous Henri III; Louis de Foix, architecte de l'Escurial, la dirige.

Le 28 octobre 1579, l'Adour, aidé par une crue de la Nive, se précipite dans la brèche façonnée par les hommes, au droit d'une ville nouvelle, Boucau-Neuf, qui signifie " nouvelle bouche ". Port-d'Albret devient Vieux-Boucau. Bayonne est revigorée. Il ne reste plus qu'à maintenir la brèche ouverte contre vents, sables et marées. On s'y emploie toujours. Capbreton et Vieux-Boucau ne disent pas merci aux Bayonnais.

Grâce à un arrosage généreux - plus d'un mètre d'eau par an sur les quatre cinquièmes des pays qu'il draine, plus d'un mètre vingt sur les Pyrénées -, l'Adour est en tête de tous les fleuves côtiers par son débit (360 m3/s contre 140 à la Charente), comme il l'est déjà par l'étendue de son bassin (17020 km2 contre 10882 à la Vilaine). Il le doit surtout aux Gaves réunis qui lui apportent, au confluent, beaucoup plus d'eau qu'il n'en a lui même. Les plus hautes marées se font sentir jusqu'à Dax, à soixante kilomètres de l'embouchure.

Au sortir des Pyrénées, l'Adour trace un sillon, vite accompagné d'un ruban boisé de saules et d'aulnes, au coeur de la longue plaine de Bigorre ; sa largeur oscille entre une quinzaine et une cinquantaine de mètres. Le courant est assez rapide j'usqu'à Maubourguet pour que les truites l'emportent sur le poisson blanc; il y a aussi quelques anguilles.

Qui connaît Lafitole, butte de molasse isolée, léchée par le fleuve, dont le château - disparu - était nommé " lanterne de Bigorre " ? Ce belvédère, haut de cinquante mètres, ne porte plus que quelques maisons et une église quelconque, mais le panorama sur les brumes du matin ou les couleurs tranchées des champs et des bois n'a que de lointaines limites ; le fleuve s'y devine en larmes argentées dans une gangue verte.

Passé de la Bigorre à l'Armagnac, l'Adour freine son cours, calcule ses premiers méandres véritables, forme des îles et des bras morts, les " noues ". Les rives ne sont plus tout à fait sûres. Mais il y a encore des passages plus rapides sur des " radiers " où les eaux se frottent aux cailloux dans un bruit continu de crécelle. Les poissons se multiplient en quantité et en nombre d'espèces. Les brochets n'arrivent pas à venir à bout des populations d'ablettes et de vairons ; gardons, carpes, barbeaux pullulent. Les truites finissent par renoncer. Sur les coteaux, la vigne est plus insistante.

On dit parfois que Bigourdans et Armagnacs auraient adopté le nom de " Val d'Adour " pour désigner cette vallée opulente. On peut en douter. Les solides ruraux qui peuplent les villages ancrés dans ce val utilisent toujours le nom de " Rivière " pour désigner leur terroir. Cinq communes sont ainsi baptisées. Le val est un rêve, la rivière une réalité.

A Aire-sur-l'Adour, le fleuve entre dans le département des Landes ; il est large, profond, dessine des contours plus amples et plus repliés, mais jamais son intérêt piscicole ne faiblit, et les " gros ", tels la carpe, la brème et le mulet, appelé " muge ", défieront les pêcheurs jusqu'au bout. Le fouillis des bois sur les rives s'accroît encore, tandis que villages et maisons s'éloignent des terrains saturés d'eau, les " barthes ", qui occupent le fond de la vallée, plus ou moins bien protégées par des digues à l'approche de la mer.

Partout, l'Adour a l'âme généreuse. Les terres qu'il traverse, dans des paysages plantureux, ont la fécondité qu'apportent le soleil et l'eau. Sa vallée est celle de toutes les nourritures terrestres. Le maïs, plus ancien et plus beau ici qu'ailleurs, côtoie des prairies, des ardins, des vergers. Les oies comme les canards, gavés de grains dorés, apportent des promesses de foie gras.

La vigne est présente de Tarbes à Urt ; de Belloc à Larrivière, elle invente de somptueux crus de terroir : madiran, pacherenc-du-vicbilh, côtes-de-saint-mont, tandis que la traversée du Gers coïncide avec celle de l'Armagnac, qui distille dans ses alambics de cuivre une eau-de-vie de " premier jet ", plus fréquemment qu'une eau-de-vie " à repasse ", distillée deux fois, comme le cognac. Ici, contre toute attente, le bas Armagnac a plus de réputation que le haut, et s'écrit avec orgueil sur les étiquettes.

Tout au long de son cours, l'Adour est ainsi une provocation permanente à mépriser les régimes diététiques et les mises en garde sur les " abus dangereux ". Mais le remède est à côté du mal, dans les eaux de Bagnères-de-Bigorre, au pied de la montagne, et de Dax, où vient mourir la marée.

L'Adour ressemble à l'amour : passionné, généreux, toujours tentateur... et quelque peu médecin.