EAU SANS FRONTIERES de Toulouse au Mali - conférence ISF


Parceque l'eau constitue un besoin vital, son libre accès devrait être un droit fondamental de tout être humain. Or l'actualité quotidienne nous rappelle sans cesse combien les hommes sont inégaux face à cet élément. Entre pays du Nord et pays du Sud, les disparités sont grandes, que ce soit face aux catastrophes naturelles comme les inondations ou les sécheresses, ou face aux ressources en eau.

Conscients de ces discriminations, de nombreux organismes essaient depuis environ quarante ans, dans un souci de solidarité, d'apporter une aide technique aux populations défavorisées des pays en voie de développement. Ainsi, états, organismes internationaux et associations indépendantes ont initié une multitude de projets de plus ou moins grande envergure.

Malheureusement, un trop grand nombre de ces projets s'est soldé par un échec. Nourries d'une vision occidentale du Tiers Monde et de ses problèmes, ou absorbées par le seul résultat technique, les organisations du Nord n'ont pas su tenir compte des populations concernées, de leurs besoins réels comme de leur spécificité socioculturelle.

Ceci est d'autant plus regrettable qu'il existe souvent de réelles dynamiques de développement dans les pays du Sud, à même de lancer et conduire des projets avec succés, comme :

C'est avec une association de ce type qu'Ingénieurs Sans Frontières de Toulouse (ISF), association étudiante de solidarité internationale, travaille depuis 1993. L'Association pour le Développement des Villages du Pays Pana (ADVP) rassemble 25 villages d'une zone très enclavée du Mali, qui jusqu'à présent n'a bénéficié de pratiquement aucune aide de la part de l'état. Devant l'absence d'infrastructures, cette organisation a pris en charge des projets dans différents domaines comme l'hydraulique villageoise, la santé, l'éducation, l'agriculture et l'élevage.

En 1993, cette association contacte ISF pour solliciter un appui technique sur un projet de périmètre irrigué, destiné à employer les jeunes candidats à l'exode rural vers les grandes métropoles. Après deux missions sur place et une étude technique, ISF élabore au bout de deux ans une proposition d'aménagement. Mais, suite à une nouvelle mission de six mois, il s'avère que le projet n'est pas à même de répondre à l'objectif initial, et que des faiblesses structurelles au sein de l'ADVP le condamneraient à l'échec. ISF et l'ADVP décident alors d'ajourner le projet.

Ce qui illustre à nouveau cet exemple, c'est que le facteur de réussite d'une action de développement ne réside pas dans le savoir-faire technologique mis en oeuvre, mais dans son adéquation aux désirs et besoins des populations, et la solidarité des structures chargées de la gérer et de la pérenniser.

C'est pourquoi, en apportant un appui organisationnel à l'ADVP depuis maintenant deux ans, ISF s'attache à renforcer les structures de base que l'association est amenée à déployer dans toutes ses activités, de manière à assurer la viabilité et l'amélioration des projets déjà existants.

Face à ce constat, et compte tenu de l'importance du "non technique" dans les projets, quelle place l'ingénieur, en particulier l'élève-ingénieur, peut-il prétendre occuper dans le monde du développement ? Force est de constater qu'en développant justement l'esprit d'analyse, des méthodes de gestion de projets au-delà du savoir technique, la formation d'ingénieur est aujourd'hui reconnue et sollicitée dans le milieu de l'aide internationale. De plus, par son côté amateur, une association étudiante peut développer un contact plus personnel avec ses interlocuteurs, ce qui manque parfois sur de grands projets.

Et, retournant la question, quel profit un futur ingénieur retire-t-il de sa participation à une action de développement ? Si en premier lieu il y trouve l'occasion d'exercer, par anticipation, un métier d'ingénieur, cela lui permet surtout de porter un regard différent sur des pays dans lesquels il sera probablement amené à travailler. Enfin, l'ingénieur, par la position hiérarchique qu'il occupe et son poids décisionnel, est un acteur à même de propager dans son entourage une vision différente des pays du Sud et des questions de développement.