LES UTILISATIONS DE L'EAU


Le tableau 2 montre la répartition des prélèvements en eau par région entre les trois grands secteurs consommateurs d'eau : l'agriculture, l'industrie et les collectivités (besoins domestiques). Les exigences de la navigation, de la pêche, des mines, de l'environnement et des loisirs, bien que pouvant mobiliser une part importante des écoulements, ont un taux de consommation nette très faible ou nul. D'autre part, tous les pays ne calculent pas systématiquement ces prélèvements, ce qui complique les analyses régionales. Pour ces raisons, ils ne sont pas inclus dans le calcul des prélèvements régionaux.

Distribution régionale de l'utilisation en eau

A l'échelle du continent, environ 85% des utilisations recensées sont destinées à l'agriculture mais ce chiffre varie considérablement d'une région à l'autre.

Ce sont les régions arides, où l'irrigation joue un rôle important, qui prélèvent le plus d'eau pour l'agriculture. Les pays du Nord représentent à eux seuls, la moitié de la consommation agricole d'eau. Ces pays sont donc doublement pénalisés : d'une part par leur manque de ressources en eau et, d'autre part, par la consommation supplémentaire d'eau nécessité par les besoin de l'agriculture. A l'inverse des régions bien pourvues en eau ont un taux d'utilisation agricole plus faible : 62% pour le Golfe de Guinée et 43% pour le centre, où il ne dépasse pas le taux d'utilisation par les collectivités.

L'industrie représente 0 à 14%, (6% en moyenne), de la consommation d'eau. Pourtant l'Afrique détient 40% du potentiel hydroélectrique mondiale. Mais les coûts d'exploitation, l'inaccessibilité des sites et les transports de l'énergie sont tels que cette énergie reste inexploitée. Ce qui n'empêche pas l'Afrique de posséder quelques uns des plus grands barrages du monde : Assouan (Nil), Akosombo (Volta), à Cabora Bassa, Kariba (Zambèze), au Ghana.

Globalement la consommation en eau de l'industrie reste donc assez faible. Mais les rejets industriels sont bien plus polluants que ceux des pays industriels : les industries lourdes sont très polluantes et les normes sont plutôt laxistes sur l'environnement, exception faite des pays au niveau de développement plus élevés, tels l'Egypte, qui possède déjà une loi sur l'environnement et est sur le point de créer une police de l'environnement.

Les utilisations domestiques sont, elles, directement liées aux ressources en eau disponibles : les comportements des habitants vis à vis de l'eau sont ancrés dans les modes de vie, les pays arides sont naturellement économes… Elles dépendent également de la taille des villes : les populations rurales consommant moins que les populations citadines. Mais ce genre de données reste assez faible, car les consommations domestiques sont négligeables dans les pays qui manquent d'eau.

La valeur du pourcentage des prélèvements en eau en fonction des ressources renouvelables internes (tableau 2) est un indicateur de l'importance des transferts pour certains pays.

Prélèvement en eau (en % des ressources renouvelables internes)

Certains pays arides doivent faire des choix quant à l'utilisation de l'eau ce qui peut générer des tensions entre les utilisateurs de l'eau : dans des pays tels la Libye, la Tunisie, le Maroc et l'Algérie le taux d'utilisation des ressources en eau est élevé, ce qui exige une stricte gestion de l'eau et entraîne une concurrence entre les secteurs d'utilisation.

En Libye, la situation est telle que pour couvrir l'ensemble des besoins : agricoles, industriels et domestiques , l'utilisation de l'eau dépasse même le volume des ressources fossiles. Ces ressources fossiles ne sont pas renouvelables. A long terme, la situation de ce pays est donc assez inquiétante. L'Egypte et la Mauritanie prélèvent elles aussi plus d'eau qu'il n'en est produit sur leur territoire, mais elles bénéficient respectivement des apports du Nil et du Sénégal pour couvrir leur besoin.

Le Niger, la Somalie, l'Erythrée et le Tchad dans l'hémisphère nord, la Namibie et le Botswana dans l'hémisphère sud, ont des ressources en eau renouvelables internes faibles, mais bénéficient également d'apports transfrontaliers relativement importants. Les prélèvements en eau y restent inférieurs aux ressources produites au niveau du pays, même si localement ils sont parfois faits à partir des apports venant d'autres pays.

Enfin le Soudan, l'Afrique du Sud (premier producteur industriel du continent) et le Szwaziland présentent quant à eux des taux d'utilisation des ressources importants mais ils bénéficient de ressources renouvelables internes conséquentes ainsi que d'apports transfrontaliers non négligeables.

La réutilisation des eaux usées après traitement (Tunisie, Egypte, Maroc) et le déssalement de l'eau de mer (Cap-Vert, Egypte, Libye, Mauritanie, Afrique du Sud) sont également des indicateurs de ressources en eau limitées.