LES PROBLEMES D'ADDUCTION D'EAU POTABLE DANS LES CENTRES PERIURBAINS ET LES PETITS CENTRES


Sur la majorité du continent, le service de l'eau est l'apanage d'un opérateur national par pays. Mais ces opérateurs ont de plus en plus de mal à faire face à leurs responsabilités dans ce domaine : production, exploitation, distribution, maintenance… Ils se heurtent de plus en plus à des difficultés techniques, financières et humaines (ce qui les amène à délèguer de plus en plus leurs responsabilités). Dans les petits centres et les quartiers périurbains, ils n'assument plus toujours la plus élémentaire et la plus indispensable de leur fonction : l'adduction d'eau potable. En effet dans ces quartiers, le taux d'augmentation de la population urbaine est tel que les investissements nécessaires pour alimenter les nouveaux quartiers sont hors de portée des opérateurs nationaux qui ne peuvent suivre l'évolution démographique et installer des réseaux hydrauliques efficaces pouvant subvenir aux besoins en eau des nouveaux arrivants. La situation est d'autant plus difficile que ces nouveaux résidents arrivent souvent de façon irrégulière, ne possédant pas de titre foncier et s'installant sur des terrains sans voirie. Face aux insuffisances du service de l'eau dans les centres périurbains et les petits centres, se développe donc dorénavant, tout un secteur privé formel ou informel qui occupent les postes laissés vacants par l'opérateur national. Ce secteur privé peut présenter une solution transitoire pour ces quartiers, privés de réseau d'eau potable.

Une action de recherche a donc été menée par Hydro conseil dans le but de déterminer quel était le poids socio-économique des opérateurs privés, quelles étaient précisément leurs stratégies, et identifier leurs atouts et leurs limites. Cette action s'inscrit dans le programme "eau et assainissement dans les quartiers périurbains et les petits centres" animé par le programme solidarité eau. Elle a réuni des ONG locales, des bureaux d'étude dans 6 pays différents et dans 3 capitales (Cap vert, Sénégal, Mali, Mauritanie, Burkina Faso, Haïti, et à Dakar, Nouakchott, Port au prince).

Le premier constat est que ces opérateurs privés font preuve d'une grande diversité. Ils représentent en effet, une grande variété de métiers tels : exploitant de forage, transporteur d'eau par camion, fontainier, vendeur d'eau au détail, etc..., dont la "taille" et les stratégies varient énormément : du vendeur ambulant qui récolte une dizaine de francs par moi et qui n'a pas vraiment de stratégie à long terme (paysan ou nouvel arrivant qui essaie de se former un petit pécule), à l'entreprise spécialisée dans le génie civil, entreprise de construction, qui a un chiffre d'affaire de plusieurs centaines de milliers de francs par mois et risque de se développer, de se moderniser, et de réinvestir dans le service de l'eau. Contrairement à l'opérateur national, l'opérateur privé occupe un secteur d'activité, qui mis bout à bout constituent une chaîne complète. Il est souvent un représentant dynamique du secteur informel.

Enfin, le poids économique des opérateurs privés par rapport à l'opérateur national est souvent prépondérant. Il dépend souvent de la performance du service de l'eau assuré par l'opérateur national : A Dakar, le service de l'eau étant opérationnel, les opérateurs privés ne représentent que 21% de la valeur ajoutée de la filière, mais ils peuvent représenter jusqu'à 84% de la valeur ajoutée selon les pays. En termes d'emplois, le secteur privé informel représente 3 à 15 fois plus de travailleurs.

Mais celui-ci a des limites : le manque de contrôle sur la qualité de l'eau, la faible capacité d'investissement, les tarifs élevés qui nuisent à la vente, et la faible stratégie à long terme...