SOIR DE TEMPETE - SOIR D'HIVER
 

Dans le ciel roulent de gros nuages.
Ce soir, c'est la tourmente
le vent souffle avec rage
la neige tombe, voltige.
Les flocons s'âbiment
s'écrasent sur les vitres embuées.
Frimas d'hiver. Frimas de janvier.
Le vent hurle dans la forêt,
le grésil cingle,
piquant comme mille épingles.
Les tourbillons de neige rendent tout opaque.
Poussière de cristaux gelés.
Sur les carreaux, de vraies dentelles givrées
festonnent un rideau blanc
Rideau de glace, rideau éphémère,
qui scintille comme du diamant.
Le paysage  s'estompe. Tout est gris pastel
où est la terre ? où est le ciel ?
Brr… il fait cruellement froid.
Dedans le feu de bois crépite
dans le coin bout la vieille marmite.
Douce lueur dans le foyer,
senteur agréable du pin qui brûle,
chaleurparticulièrement appréciéee ce soir.
Dehors, temps de désespoir
La neige vole
Les arêtes fument
les corniches se forment,
Sculptures géantes,
Crevasses béantes,
L'avalanche menace.
Dans la solitude qui glace,
tout est violence.
La montagne est en colère,
inutile de compter sur sa clémence.
Bientôt tout sera noir,
Ce sera une longue nuit.
Malheur à celui qui ne sera pas rentré ce soir.
A travers les carreaux de glace
je pense à mon retour, à ma trace,
Dans la combe, ce soir, j'ai eu peur.
Seul, j'ai frolé un malheur.
Ma pensée va vers tous ceux qui sont morts
cruellement désignés par le sort.
Morts de froid, sous les rafales.
Vers tous ceux, qui dans un dernier râle
se débattus sous la cruelle avalanche.
Vers ceux qui se sont perdus à jamais dans les deserts blancs
aveuglés pas la danse infernale des flocons.
Pourquoi la montagne est-ele si cruelle
elle, qui peut être si belle!
Soudain voici un fort tourbillon
le châlet craque.
Du toit, la neigepart en plaques
Il est solide mon vieux châlet.
Quelle douceur au coin du feu.
La flamme danse
sur un tapis de braises ardentes.
Le chien à mes pieds semble tout ignorer.
Qu'il fait bon de rêver, ce soir,
seul ou avec sa compagne
seul ou avec ses amis
seul ou avec un bon livre.
Combien j'apprécie le doux instant
instant de bonheur
autour de l'âtre généreux de chaleur !
Ce soir tout prédispose à aimer.
Dehors, la tempête continue à se déchaîner
le bruit sourd d'une avalanche m'angoisse.
Je resterai longtemps, cette nuit, au coin du feu
je rêverai d'amour, d'amitié, d'espoir,
au coin du feu, il fera bon ce soir.

Demain, ou après-demain,
la tempête prendra bien fin
vêtue d'un manteau immaculé
scintillante sous la caresse du soleil
la montagne sera belle.
Ce matin-là, au réveil,
ce sera la fête dans la les vallées
et sur les cîmes immaculées.
Par un ciel bleu, moyé de mauve,
sur la neige vierge, teintée de jaune,
à travers la forêt parée de guirlandes givrées
je referai une nouvelle trace.

  H. PEJOUAN
 

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