Effets sur l'environnement

Nous nous intéresserons aux différents types d'effets sur l'environnement : temporaires, permanents, directs et indirects. Nous découperons notre raisonnement en deux parties. Tout d'abord, nous étudierons les effets dus au chantier de construction de la STEP. Ensuite, nous verrons les effets permanents liés au fonctionnement quotidien de cette installation.

1) Les effets temporaires

La durée du chantier étant évaluée à environ 5 ans, les impacts liés aux travaux sont conséquents. Nous avons identifié sept effets négatifs que nous détaillerons ci-après.

  • Impact visuel

La phase de travaux va occasionner une gêne visuelle importante. En effet, la présence d’engins de travaux, le stockage de matériel, la saleté de la chaussée en temps de pluie et la modification constante du paysage au cours des actions menées vont créer un environnement peu attrayant. Ainsi lorsque la retenue va être creusée et que les digues vont être construites par exemple, la craie normalement sous-terraine sera visible. Le paysage sera donc profondément différent.

  • Impact acoustique

Durant la phase de travaux, une gêne sonore sera occasionnée sur la zone. Les agences sanitaires demandent la prise en compte du bruit émis afin d’évaluer les risques potentiels et de les limiter pour la population locale. Pour cette construction, les principales sources productrices de bruit sont celles habituellement rencontrées lors de chantiers. Tout d’abord, il y aura l’intensification du trafic routier expliquée par les passages de camions pour le transport de matériaux et pour le ravitaillement en carburant des autres machines. Ensuite, les nombreuses machines nécessaires à la réalisation de la structure généreront du bruit telles que les engins de démolition, les engins de terrassement ou encore les bruits de moteurs. On peut citer comme activités sources de bruit le creusement dans la craie par la tarière, l’installation des canalisations, les travaux de terrassement et les travaux d’aménagement.

La gêne sonore s’évalue grâce aux mesures réalisées par un décibelmètre. Il a été établi par les agences sanitaires des seuils afin de quantifier les risques associés au bruit. Le seuil d’alerte a été défini à 85 décibels (dB), alors que le seuil de danger est à 90 dB. Cela signifie qu’au-delà de 85 dB, un risque pour l’audition des personnes existe et est à prendre en compte. Quant aux douleurs, celles-ci sont ressenties pour une gêne sonore évaluée entre 120 et 130 dB. En moyenne, un camion émet 80 à 85 dB dans les 20 m.

  • Impact lié aux vibrations

Pendant la phase de travaux et notamment lors du creusement de la craie pour mettre en place les canalisations et constituer la retenue d’eau, des vibrations vont être produites. Ceci peut occasionner une gêne pour les populations environnantes. Il a ainsi été montré que les vibrations dues à des travaux peuvent provoquer un inconfort, des troubles du sommeil ou du stress chez les personnes exposées. De plus, les ouvriers du chantier seraient également exposés à cette gêne. Ces vibrations peuvent alors être à l’origine de douleurs au dos pour les ouvriers conduisant des engins producteurs de vibrations.

Les vibrations produites par les travaux se propagent sous forme d’ondes dans le sol et peuvent y être amplifiées. Depuis 1985, cette gêne due aux vibrations est prise en compte par la norme ISO 2631.

D’autre part, des vibrations excessives peuvent causer la fragilisation des bâtiments à proximité. Il est donc essentiel de prédire la force des vibrations qui seraient produites.

  • Impact sur la qualité de l'air

Lors des travaux, des poussières de craie seront émises pouvant générer des impacts sanitaires pour les individus. En effet, la poussière de craie irrite à la fois les yeux, la peau et le système respiratoire. Les troubles respiratoires sont les impacts les plus fréquents en présence de poussière de craie, notamment pour les enfants étant les plus sensibles. En respirant de telles poussières, des toux et des crises d’asthme peuvent être causées car les voies respiratoires s’obstruent. Les troubles respiratoires sont variables selon les individus, mais facilement identifiables.

  • Impact sur les émissions de polluants

L’intensification du trafic routier sera source d’émissions de polluants dans l’atmosphère. En effet, l’usage des combustibles libérera différents gaz et particules. On s’intéressera notamment au monoxyde de carbone (CO), aux composés organiques volatils (COV), aux oxydes d’azote (NOx), au dioxyde de carbone (CO2) et aux particules en suspension (PM 10). Ces polluants atmosphériques résultent de la combustion de produits pétroliers lors de l’utilisation de véhicules (engins, automobiles et camions).

Le CO est issu de la combustion incomplète du carbone et est émis par les véhicules circulant à faible vitesse. Etant un précurseur de formation de l’ozone, le CO est à prendre en compte dans les zones urbanisées. Les COV sont un ensemble de polluants d’origine anthropique, capables de produire des polluants photochimiques en présence de lumière. Dans notre cas, il s’agit d’hydrocarbures émis lors du remplissage des réservoirs des véhicules. Les oxydes d’azote sont, quant à eux, impliqués dans les pluies acides et dans la formation d’ozone dans la basse atmosphère. Le CO2 est un gaz à effet de serre émis lors de la combustion du pétrole, et participant au réchauffement climatique à l’échelle mondiale. Enfin, les PM 10 sont les particules de diamètre inférieur à 10 µm causant des troubles respiratoires. En effet, elles peuvent pénétrer au sein des poumons et dès lors gêner le processus de respiration.

Afin de quantifier les émissions de ces polluants, nous estimons le nombre de kilomètres parcourus par les camions. Nous considérons un total de 289 camions nécessaires au chantier, donnée utilisée lors de la réalisation de l'ACV. Nous nous intéressons au surplus d'émissions sur un rayon de 10 km autour du chantier. On suppose une vitesse moyenne de 20 km/h sur le chantier et de 60 km/h en dehors pour les poids lourds. Pour estimer le nombre de kilomètres parcourus pour chaque vitesse, nous avons considéré que 7 kilomètres seraient parcourus à 20 km/h et les 3 autres à 60 km/h. Grâce aux données de la littérature, nous avons pu estimer les émissions des polluants cités précédemment et calculer des totaux.

Tableau des surplus d'émissions dus au trafic routier du chantier

(Source : Fédération d'associations de surveillance de la qualité de l'air)

Suite aux travaux, les surplus d'émissions de polluants atmosphériques ne seraient pas négligeables. Ils sont de l'ordre de quelques tonnes. Le polluant majoritairement émis serait le CO2. Les 5 années estimées de chantier auraient un réel impact sur la qualité de l'air locale.

  • Impact sur la faune

Durant les travaux, la zone sera fortement encombrée par des machines et engins, des matériaux stockés et un personnel très nombreux sur place. De plus, des passages seront effectués très régulièrement, gênant la tranquillité du site. De ce fait, la faune présente sera dérangée et ne pourra plus se déplacer comme avant.

Les relevés faunistiques montrent une faible diversité animale sur la commune d’Elétot. Cependant, les quelques chevreuils, campagnols ou autres petits mammifères seront fortement impactés par les mois de travaux. Les différents impacts cités précédemment – les impacts liés au bruit et aux vibrations – réduiront les possibilités d’habitats pour ces espèces. L’écosystème établi avant la construction sera entièrement détruit. Durant cette phase de chantier, aucun équilibre ne pourra être recréé. Les espèces subiront directement les gênes. La continuité écologique du littoral est menacée. Il est possible que ces années de travaux causent la disparition de plusieurs espèces sur la commune d’Elétot, celles-ci ne pouvant plus s’établir durablement.

  • Impact sur la qualité des eaux et sols

Durant les travaux, de nombreux produits vont être utilisés. Il est important de les identifier et de prendre en compte leur utilisation afin d’assurer le respect des compartiments eau et sol du site. Ainsi, la fabrication de béton sur le site du chantier par exemple peut occasionner une pollution des sols et des nappes phréatiques lors du lavage de la centrale.

D’autre part, les diverses eaux de ruissellement sont à prendre en compte sur le chantier.

2) Les effets permanents

Le fonctionnement quotidien de la STEP générera des effets sur l'environnement. Nous en avons dénombré neuf que nous présenterons par la suite.

  • Impact visuel

Il y aura une gêne visuelle permanente du fait de la transformation du paysage. Les champs actuels seront supprimés. Le nouveau paysage sera constitué d’une sorte de butte due à la mise en place des digues. De plus, l'accès à la plage devrait être limitée par des grillages du fait de la présence de l'usine à proximité. Cette gêne visuelle peut avoir comme impact indirect la perte de valeur foncière des habitations et des terrains alentours et une diminution du tourisme sur la zone. Actuellement, plusieurs sentiers de randonnées dont le GR 21 passent par la commune d’Elétot. L'impact visuel lié à la STEP serait à la fois direct pour la population d'Elétot et indirect par la répercussion sur le tourisme et la valeur foncière des terres.

  • Impact acoustique

L'impact acoustique serait dû à la présence des lignes haute tension qui gênèrent un bourdonnement. L'usine serait source de nuisances sonores. Cependant, elle serait sous-terre, de ce fait les nuisances ne devraient pas affecter la population locale. Il est possible que cela perturbe la faune locale, notamment les oiseaux nicheurs.

  • Impact lié à l'installation de lignes haute tension

L’intégration au réseau électrique de la STEP implique l’installation de pylônes électriques tous les 400 m sur une distance de 17,5 km. Tout d’abord, ces équipements électriques auraient un réel impact visuel négatif sur toute la zone autour d’Elétot, étant visibles de loin. De plus, les lignes électriques sont source de bruit. En effet, des bourdonnements sont générés par ionisation des molécules d’air et par le vent. Ces impacts sonores permanents peuvent être à l’origine de stress, d’insomnie et d’inquiétude pour les personnes résidant près de telles structures. Le sentiment d’insécurité et la peur des possibles risques pourraient être à l’origine d’une controverse lors de l’implantation du réseau électrique. A ce jour, les experts ne sont pas fixés sur les conséquences sanitaires liées à ces installations électriques. Les effets sur l’être humain, notamment ceux du champ magnétique, sont toujours à l’étude. Enfin, ces lignes électriques représentent un danger pour les oiseaux, notamment les plus gros qui meurent par électrocution. On estime en Europe qu’environ 10 000 oiseaux meurent ainsi chaque année.

  • Impact sur les falaises

Des conduites seraient installées entre la retenue créée sur les falaises et l’usine située à proximité de la mer. Les conduites ne seraient pas visibles et seraient donc enfouies dans la craie. Un schéma de l'installation est visible dans l'onglet "Dimensionnement des conduites forcées". Suite aux calculs réalisés pour le dimensionnement de l’installation, quatre conduites seraient creusées d’un diamètre de 7,6 mètres. On peut considérer que l’emprise des conduites sur la falaise serait très importante. L’eau passant par ces canalisations serait à l’origine de vibrations et de bruit.

Les falaises ne seraient donc plus un lieu de vie apaisant pour les oiseaux nicheurs tels que le Faucon Pèlerin, le Fulmar Boréal et le Guillemot de Troïl. Ces trois espèces d’oiseaux sont à ce jour très peu présentes sur le littoral normand. La construction de la STEP aggraverait la situation des oiseaux nicheurs en Normandie. La diversité animale serait donc atteinte.

  • Impact sur les poissons

Lors du pompage de l’eau, il y a un risque d’aspiration de la faune marine dans les canalisations. Ceci pourrait entraîner une mortalité au niveau du point d’aspiration.

  • Impact sur la température de l'eau de mer

La création d’une retenue d’eau occasionne un réchauffement de l’eau. Celui-ci est à prendre en compte quant à l’impact qu'il peut avoir sur la faune marine lors des vidanges. En effet, les poissons sont des organismes poïkilothermes. Ils n’ont ainsi pas la capacité de réguler la température de leur corps. Elle varie selon la température du milieu dans lequel ils se trouvent. Une augmentation locale de la température pourrait donc les affecter.

La température corporelle des poissons intervient en effet sur des fonctions vitales de l’organisme telles que la croissance, l’activité hormonale et la reproduction. Ainsi, une élévation de la température de l’eau et donc de la température corporelle provoque une accélération du métabolisme de l’organisme, ce qui engendre une stimulation de la croissance.

D’autre part, la température a une influence sur la solubilité des gaz dans l’eau. Une augmentation de la température de l’eau a pour effet de diminuer la solubilité de l’oxygène et donc de le rendre moins disponible pour les êtres vivants. Or l’élévation de la température accroît la demande en oxygène des poissons du fait de l’accélération de métabolisme.

Cependant, le réchauffement de l’eau va dépendre de la durée de retenue de l’eau dans le lac et donc de la gestion de la STEP. Ainsi, une gestion prévoyant des vidanges journalières diminuerait le temps de séjour de l’eau dans le lac et donc son réchauffement. En effet, l’eau de mer pompée quotidiennement viendrait alors diminuer la température de l’eau stagnante dans la retenue. Si une augmentation de la température est de tout de même observée, elle sera certainement très locale. Ceci pourrait alors avoir un impact de perte faible de biodiversité locale.

  • Impact sur la nappe phréatique

Il semblerait que la nappe phréatique soit trop profonde pour être impactée par cette installation.

  • Impact sur le sol

L'étanchéité de la retenue serait assurée. Il n'y aurait donc pas d'infiltration d'eau salée dans le sol.

  • Impact causé par les produits d'entretien

A priori, un auto-nettoyage des canalisations serait assuré par le passage de l'eau dans les 2 sens. Il n'y aurait donc pas de nécessité d'utiliser des produits d'entretien afin d'éviter la présence d'algues.

 

Page éditée par Barbara Favier et Lucie Maillier