2. Etude socio-économique

Travail réalisé par Clara DIDIER et Yoan RICHARD

 

Nous avons dans cette partie réalisé une étude socio-économique afin d'évaluer les impacts économiques de ce projet et son acceptabilité, après avoir succinctement étudié le marché et la politique des hydroliennes.

Etat de l'art hydrolien dans le monde et en France

 

1. Le potentiel hydrolien

Les hydrolienne fonctionnent à partir de l'énergie cinétique des masses d'eau mises en mouvement par les courants marins. Plus le courant est fort (vitesse élevée), plus le potentiel énergétique est élevé. La force des courants dépend de l'amplitude des marées. Cette source d'énergie est intermittente mais très prévisible ce qui en fait son avantage.

​L'identification des zones favorables à la mise en place d'hydroliennes se fait donc par modélisation des vitesses de courants qui met en évidence les meilleurs gisements. Le potentiel énergétique est calculé en prenant en compte les caractéristiques des gisements, les caractéristiques techniques des machines et les contraintes du site.

 

a. Dans le monde

Plusieurs sources (MEDDE, Dossier de presse, 2013 ; Conférence Institut Coriolis, 2010) font état d'un potentiel  mondial théorique pour l'énergie hydrolienne de 400 à 800 TWh/an, soit 50 à 100 GW (Batiweb, 2013 ; Le Monde, 2013).

Potentiel hydrolien mondial 
(Le Monde, 2013)

La carte du potentiel mondial montre des gisements intéressants autour du Canada, et à l'Ouest de l'Europe.

 

b. En Europe

En Europe, le marché hydrolien s'appuie sur une puissance installée potentielle estimée à 15 à 35 TWh/an soit 6 à 8 GW installés (Batiweb, 2013 ; Conférence Institut Coriolis, 2010).

Les gisements les plus importants se situent au niveau du Royaume-Uni et plus particulièrement en Ecosse avec un potentiel britannique estimé entre 5 à 6 GW soit plus de 60 % du potentiel européen (Conférence Institut Coriolis, 2010). La France représente le second gisement en Europe avec 20 % du potentiel européen (MEDDE, Dossier de presse, 2013). L'Italie quant à elle présente un potentiel de 0,5 GW et le reste de l'Europe (Norvège, Grèce) 0,7 GW (Conférence Institut Coriolis, 2010).

 

               Potentiel hydrolien européen en fonction de la force des courants de marée (en rouge foncé : forts courants) 
(Aqua-RET, 2012)

 

c. En France

En France, les différentes sources trouvées font état d'un gisement énergétique hydrolien exploitable compris entre5 et 14 TWh/an soit 2 à 3 GW installés (MEDDE, Dossier de presse, 2013, Conférence Institut Coriolis, 2010). 

​Le potentiel hydrolien français est fortement concentré en Bretagne et Basse-Normandie avec plusieurs gisements notamment vers Ouessant (Finistère) et autour du Cotentin.

Potentiel hydrolien en France (en fonction de la vitesse des courants) 
(Newsidenergy, 2011)

 

 

2. La politique des EMR et les projets hydroliens existants

 

a. Dans le monde

Le contexte mondial actuel a mis en évidence les limites des ressources fossiles et la forte augmentation des émissions de gaz à effet de serre, et entraîné une prise de conscience des enjeux du Développement Durable et des énergies renouvelables. Le développement des énergies renouvelable, et en particulier des énergies marines, a pu se faire avec l'identification de gisements énergétiques.

Actuellement, une quarantaine de projets hydroliens sont actuellement à l'oeuvre à travers quinze pays (MEDDE, Dossier de presse, 2013). Les principaux acteurs industriels sont la société britannique Marine Current Turbines (MCT, détenue par Siemens), la société irlandaise OpenHydro, filiale de DCNS et Alstom Hydro associée à la société canadienne Clean Current.

 

La première turbine expérimentale raccordée au réseau se situe à Hammerfest, en Norvège. D’une puissance de 0,3 MW, elle produit de l’électricité depuis 2003 (ANDRITZ HYDRO Hammerfest ; RTE, 2013).

Plusieurs projets sont en cours au Royaume-Uni. Le plus grand site expérimental se situe en Ecosse, à l’EMEC (European Energy Marine Centre), avec trois turbines déjà raccordées au réseau et deux turbines supplémentaires prévues en 2013 (RTE, 2013). Le projet SeaGen est mené par Siemens (Marine Current Turbines) et se situe dans le détroit de Strangford, en Irlande du Nord. Ce projet a débuté en 2008 avac l'installation d'une hydrolienne de 1,2 MW. Un projet d'un parc hydrolien de 10 MW est prévu en bordure de la côte du Pays-de-Galles par Siemens. (Sciences et Avenir, 2013)

Au Canada, cinq projets menés par Alstom et Clean Current sont en cours au niveau de la baie de Fundy en Nouvelle-Ecosse.

 

b. En France

 

Politique française des Energies Marines Renouvelables

La France, et en particulier la Bretagne, présente une véritable volonté politique de développement des activités du littoral breton dans une idée de développement durable et de respect de l’environnement. Le développement des énergies marines renouvelables est l'un des principaux objectifs de la région pour produire de l'électricité et limiter ses impacts environnementaux. La Bretagne a en effet l'objectif de devenir une région pilote dans ce domaine.

Le développement de l'énergie hydrolienne s’inscrit dans le cadre de l’objectif européen d’atteindre 20% d’énergie renouvelable à l’horizon 2020 (article 4 de la directive 2009/28/CE de l'Union européenne, du plan d'action "Paquet Climat-Energie"). En France, cet objectif a été décliné en 2007 par l'article 19 du Grenelle de l'Environnement et en 2009 par le Plan d'action national en faveur des énergies renouvelables afin d’atteindre 23% d’énergies renouvelables dans la consommation énergétique totale en 2020. L'article 19 du Grenelle de l'Environnement  privilégie également les efforts de recherches pour les énergies renouvelables. (MEDDE, Politique de développement des énergies renouvelables, 2011)

Plusieurs Appels à Manifestations d'Intérêt ont été lancés en 2009 et en mai 2013, par l'ADEME, pour promouvoir les énergies marines renouvelables. En septembre 2013, le Président de la République, François Hollande, était à Cherbourg afin d’annoncer le lancement d'un nouvel AMI pour l’installation de fermes pilotes d’hydroliennes au large des côtes françaises. (MEDDE, AMI, 2013)

Fin 2007, une Charte des Espaces Côtiers Bretons a été mise en place, avec dix thèmes d'actions prioritaires pour une gestion durable des zones côtières. Cette charte s'intéresse et promeut notamment le développement des énergies marines renouvelables. En 2010, la Bretagne a signé un "Pacte électrique" qui vise le déploiement massif des énergies renouvelables avec un objectif de 1250 MW issus des Energies Renouvelables Marines en 2020. (Région Bretagne, 2013)

 

Projets en cours

  • Parc hydrolien de Paimpol Bréhat (EDF - DCNS/OpenHydro) :

Ce projet d'EDF et d'OpenHydro a été initié en 2004 et est en cours de réalisation depuis 2008. En 2011, un prototype (échelle 1/2) a été immergé au niveau de Paimpol-Bréhat dans les Côtes d'Amor, afin de réaliser des tests. La première hydrolienne a été immergée en décembre 2013. A terme, le parc comprendra quatre hydroliennes et il devrait être mis en route en 2015. (EDF ; DCNS)

  • Démonstrateur dans le Fromveur (Sabella - GDF Suez/Eole Generation) :

Un démonstrateur de Sabella, de taille réduite (D3), a été immergé dans le passage du Fromveur (Finistère) en 2008 et 2009 afin de réaliser des séries de tests. En 2012, un accord a été signé entre Sabella et GDF SUEZ afin d'exploiter ce gisement. Un démonstrateur en taille réel (D10) va être immergé en 2014. A l'horizon 2016, un parc de cinq hydroliennes sera mis en place. (Eole Génération GDF SUEZ)

  • Au niveau du Raz Blanchard : site avec un très fort potentiel 

Le Raz Blanchard, situé au Nord-Ouest du Cotentin (Normandie), possède des courants très puissants et constitue donc un gisement avec un très fort potentiel. Plusieurs entreprises sont très intéressées par l'exploitation de ce site : EDF et DCNS, GDF Suez et Voith (fabricant allemand), Alstom. (Sciences et Avenir, 2013)

 

 

Impact économique

Après une brève présentation du marché hydrolien aujourd'hui, nous allons présenter les différents impacts économiques.

Tout d'abord, rappelons rapidement le contexte économique dans lequel nous nous situons. Les deux îles sont alimentées avec des centrales thermiques fonctionnant au fioul, pour une production de 8424MWh par an. Elles sont toutes deux extrêmement dépendantes du fioul car non raccordées au réseau électrique du continent, et donc au prix du baril ainsi que de son transport. Pour produire toute cette énergie, il est en outre nécessaire d'utiliser plus de deux millions de litre de fioul par an (1,8 millions rien que pour l'île d'Ouessant).

Afin d'avoir une idée générale des gains générés par l'apport d'une ferme d'hydroliennes au niveau de l'île d'Ouessant, en comparaison avec les centrales au fioul actuellement utilisées, nous avons effectué une analyse comparée des coûts des deux méthodes, ainsi que des effets directs, indirects et externes engendrés par la mise en place de telles machines.


Analyse des coûts impliqués par les deux structures de production d'énergie

Le coût d'investissement total correspond à la somme utilisée pour la construction de ces structures. Ce coût est estimé à 5 millions d'euros par MW (ALLO J.C) pour une ferme d'hydroliennes, lorsque la phase "pilote" est passée. Les données pour les centrales thermiques ont été obtenues par le biais de l'association des îles du Ponant et l'entreprise Sys Enr.

Les coûts d'entretien et de maintenance ont été obtenus par l'université de Louvain (Belgique) et le CESR Bretagne. Ils représentent les coûts engendrés par les différentes interventions nécessaires tout au long de l'année, afin de veiller au bon fonctionnement de la structure, et si besoin de la réparer.

Les coûts de production ont été estimé en fonction du prix du fioul pour les centrales thermiques, et par le CESR pour l'hydrolien. On rappelle que les centrales thermiques consomment plus de 2 millions de litres de fioul par an pour fournir les îles en électricité avec un prix de revient deux à quatre fois plus élevé que sur le continent (Actu-Environnement, 2009). Le prix de production estimé pour les énergies fonctionnant avec les courants marins est de 0.059€/kWh (CESR Bretagne, 2009). Cependant, la population bénéficie des mêmes tarifs que sur le continent concernant l'électricité (Association des îles du Ponant, 2011).

On observe donc avec ce premier tableau que les hydroliennes demandent un investissement extrêmement élevé, en comparaison d'une centrale thermique telle que celle de Ouessant. Cependant, en regardant les coûts d'entretien, de maintenance et de production combinés, on peut déjà arguer que les hydroliennes vont être rentabilisées sur une durée plus ou moins longue.

Il est intéressant de noter que la densité de l'eau est environ huit cent fois supérieure à celle de l'air, ce qui permet d'avoir des hydroliennes beaucoup plus petites que les éoliennes pour la même puissance fournie. Le coût en matières premières est donc, entre autres, plus faible pour les hydroliennes que les éoliennes même si l'installation est plus compliquée.

Nous avons ensuite listé les différents effets économiques impliqués par l'installation d'une ferme d'hydroliennes :

Effets directs :

  • Diminution du coût de production de l'électricité insulaire

Effets indirects :

  • Création d'emplois
  • Rachat de l'électricité produite en surplus par EDF

Effets externes :

  • Suppression de l'émission de gaz à effet serre

 

Les bénéfices engendrés par ces différents effets sont décrits dans les tableaux ci-dessous. Nous n'avons volontairement pas inclus le rachat de l'électricité par EDF. En effet, la ferme d'hydroliennes que nous comptons installer ne produira pas assez d'électricité pour fournir l'île et être rachetée. Le prix de rachat est estimé à 150€/MWh (CESR Bretagne, 2009).


Impôts sur l'énergie
(Légifrance - CGI, 2014)

Les valeurs ont été obtenues via le Code Général des Impôts (Legifrance - CGI, 2014). L'avantage de l'hydrolien est positif car le fait d'avoir une imposition plus élevée est positif pour l'Etat.


Avantages apportés par la création d'emploi

(INSEE 2013, Ministère du travail 2014, SPW 2011)

La création d'emplois se faisant dans un domaine assez vaste, nous avons préféré nous baser sur la moyenne des valeurs toutes branches d'activités confondues. Le coût de l'employé à l'entreprise a été estimé en fonction de données de l'INSEE. Le salaire brut est estimé en ôtant les charges patronales du coût de l'employé à l'entreprise. En effet, on a la formule :


Coût d'un salarié
(Dynamique-Mag, 2013)

Les avantages en matière d'emploi sont obtenus en soustrayant le "salaire virtuel" de l'employé à son coût à l'entreprise. On peut définir le salaire virtuel de deux façons (SPW, 2011) : soit il est égal à zéro, soit il est égal à la différence entre le salaire net et l'allocation au chômage, à savoir le bénéfice que l'employé aura à venir travailler dans l'entreprise. On fait la moyenne des deux méthodes :  le salaire que l'employé va gagner auquel on soustrait le chômage qu'il toucherait s'il n'avait pas eu cet emploi, divisé par deux.
Ces avantages sont définis pour un employé sur une année.

Pour le nombre d'emplois créés, nous avons utilisé les données fournies par Jean-Christophe ALLO (Sabella) : il y a création de 60 emplois sur 27 mois d'installation, et de quatre emplois (quinze fois moins que pour l'installation) phase d'exploitation et de maintenance du parc.

On cherche ensuite les avantages, toujours en matière d'emploi, apportés à l'entreprise. Pour cela, on calcule la somme (en euros) rapportée par euros de dépenses en investissement, production, entretien et maintenance, comme on peut le voir sur la figure ci-dessous.


Avantages totaux en matière d'emploi
(SPW, 2011)

Afin d'éclaircir le tableau précédent, voici un bref descriptif de chacune des composantes du calcul :

- Le premier élément, 6,74, représente le nombre d'employés par million d'euros de dépenses. Il a été calculé à l'aide du nombre de personnes employés pour l'installation de la structure (sur 27 mois) puis celui pour l'entretien, la maintenance et la production (sur 213 mois).

- L'effet net, décrit dans les analyses des coûts, (en pourcentage de l'effet brut) est égal à 26%.

- Le dernier élément représente l'avantage par emploi par an précédemment calculé.

On divise l'ensemble par un million afin d'avoir le résultat en €/€.


Émissions de CO2 d'une centrale thermique

(Le Point, 2013)

A la différence des centrales thermiques au fioul, les hydroliennes n'engendrent aucune émission de dioxyde de carbone qui est un gaz à effet de serre. La combustion du fioul entraîne des émissions d'environ 800 gCO2 par kWh produit par les centrales d'Ouessant et de Molène (8424 MWh/an produits). Le prix de la tonne de CO2 est le prix du marché du carbone en 2013.

Cet effet est positif pour l'environnement, et le gain engendré l'est donc également pour notre bilan présenté ci-dessous.

Pour ce bilan, nous nous sommes basés sur une période de 20 ans, qui est la durée de vie moyenne d'une hydrolienne (CESR Bretagne, 2009).


Valeur Actuelle Nette du projet
(SPW, 2011)

La Valeur Actuelle Nette (VAN) représente l'enrichissement supplémentaire d'un investissement par rapport au minimum exigé par les apporteurs de capitaux. Concrètement, une VAN positive signifie que le projet peut être réalisé sans craintes. Ainsi, on peut envisager le projet de la ferme d'hydroliennes comme envisageable. Il est cependant important de rappeler que la VAN est une valeur difficile à déterminer étant donné toutes les estimations qui sont faites pour l'obtenir, ces informations sont donc à prendre avec beaucoup de précautions et méritent d'être mises à jour régulièrement.

Pour les emplois, on utilise les avantages précédemment calculés que l'on multiplie par les dépenses effectuées tout au long du projet.

Le rachat de l'électricité a été estimé à 150€ au vu de la production d'électricité moyenne calculée. Cette valeur est cependant à considérée avec modération, étant donné que nous n'avons pas inclus dans le coût d'investissement le prix de raccordement de la ferme au continent. Il est cependant à noter que, même sans le rachat d'électricité, notre VAN reste positive.

 

Acceptabilité du projet hydrolien

 

Malgré la politique de développement des énergies renouvelables, les projets en cours sont souvent très controversés en raison du manque de connaissances des différents impacts pouvant être occasionnés. Or l'acceptabilité sociale est l'un des enjeux majeurs de la réussite de tels projets. En effet, la mobilisation de la population a parfois été à l'origine de l'abandon de projets. 

Le mise en place d'énergies renouvelables montre l'importance du dialogue et des concertations pour prendre en compte l'avis de la population, et comprendre et dénouer les débats conflictuels pouvant exister autour de ces énergies.

Après avoir réalisé une étude des impacts économiques envisageables, nous avons analysé les conflits d'usages et les opinions sur le projet

 

1. Conflits d'usages potentiels et réels

a. La pêche

Les études réalisées sur les énergies marines renouvelables montrent que celles-ci peuvent avoir une influence négative sur la pêche professionnelles. En effet, il existe des risques de perte de zones de pêche entraînant un allongement des routes de pêches et ainsi une augmentation de la consommation de carburants. Il peut également y avoir des impacts sur les espèces péchées. Ces deux points sont à l'origine de pertes de revenu.

Cependant ces risques s'avèrent très limités dans le cas de l'implantation d'hydroliennes. En effet, l'étude d'impacts environnementale montre que cette implantation a peu  de conséquences sur les espèces marines.

Afin d'avoir plus de détails sur les activités de pêche au niveau d'Ouessant, nous avons contacté la mairie. L'interview téléphonique d'un adjoint nous a appris que c'est une activité peu développée sur l'île avec seulement trois pécheurs professionnels (pour deux bateaux). De plus, notre contact de l'entreprise Sabella, M. ALLO, nous a expliqué que dans cette zone, la pêche est réalisée à la ligne ou au filet, et les hydroliennes ne causent pas de gêne sur ces pratiques étant donné leur profondeur d'implantation.

Notre appel au Comité Départemental des Pêches du Finistère nous a confirmé ces informations en précisant que les pécheurs d'Ouessant ne sont pas défavorables à la mise en place du démonstrateur dans le passage du Fromveur. De nombreuses concertations ont en effet eu lieu pour débattre de ce projet et la mise en place d'une ferme industrielle semble également ne pas poser de problème.

 

b. La navigation

Le risque principal de l'implantation d'énergies marines renouvelables pour la navigation est l'interférence avec le libre passage.

Cependant, la navigation étant extrêmement dangereuse dans le passage du Fromveur, une partie des bateaux ont l'obligation de passer par le Nord de l'île d'Ouessant via un rail de circulation. Le rail d'Ouessant, qui est un dispositif  de séparation du trafic maritime au large de l'île d'Ouessant, interdit la circulation des cargos au niveau du passage du Fromveur. 

Circulation maritime au niveau du rail d'Ouessant
(Cèdre, Marées Noires, 2003)

La circulation de bateaux est donc très modérée au niveau du Fromveur qui est principalement fréquenté par les ferries servant de navettes entre les îles.

Or, tout comme pour la pêche, la navigation de ces bateaux n'est pas gênée par les hydroliennes, le brassiage nécessaire étant assuré par la hauteur d'eau au-dessus des machines (au moins 20 m).

 

c. Le tourisme / le patrimoine naturel

En dehors des impacts sur la faune et la flore, l'étude d'impacts environnementale a également montré que l'implantation d'hydroliennes dans le passage du Fromveur ne présente pas de détérioration du paysage. En effet, les installations ne sont pas visibles, et la zone du Fromveur étant sujette à de forts courants, elle ne présente pas d'intérêt majeur pour les plongeurs (pas de patrimoine archéologique ou naturel subaquatique particulier). Les zones de plaisance, de loisirs nautiques et de plongée ne sont pas situées dans le passage du Fromveur qui est dangereux.

 

d. Les activités militaires

Il existe une base navale militaire à Brest d'où partent des navires et sous-marins de la Marine qui traversent la mer d'Iroise. Cependant, aucune donnée n'a été trouvée sur la présence d'activité militaire dans la zone du Fromveur, qui n'est pas une zone propice à ce type d'activité.

 

L'évaluation de ces impacts sur les activités humaines montre qu'ils sont très limités. Les activités de l'île ne sont pas gênées par les hydroliennes.

 

2. Comparaison avec les éoliennes

Les hydroliennes et les éoliennes sont des énergies renouvelables utilisant toutes deux l'énergie cinétique des courants (aériens ou marins) pour produire de l'électricité. Il est donc très intéressant de les comparer, du point de vue de leurs impacts d'autant plus que les éoliennes sont très controversées.

En effet, elles ont un impact direct sur le voisinage par le bruit et la gêne visuelle qu'elles engendrent. De plus, les courants aériens ne sont pas prédictibles ce qui ne permet pas de prévoir le nombre d'heures de fonctionnement des éoliennes. La densité de l'eau permet d'avoir des hydroliennes plus petites que les éoliennes pour une même puissance. En revanche, le travail en milieu marin pour les hydroliennes rend la maintenance plus difficiles et les coûts d'entretien et d'installation plus élevés. Pour les éoliennes offshore, on observe également un impact sur la pêche et la navigation avec une zone de restriction. Tous les impacts sont résumés dans le tableau suivant.

                      

Comparaison entre les différents impacts liés aux hydroliennes et aux éoliennes 
(Le figuré + indique un effet positif ou une absence de risque. Le figuré - indique un effet négatif.)

 

Cette comparaison montre que les hydroliennes ont des impacts plus limités que les éoliennes. Cela explique pourquoi on observe beaucoup moins de controverses autour des projets hydroliens.

 

3. Avis des acteurs locaux

Afin d'avoir plus d'information sur l'acceptabilité réelle de du projet d'implantation d'hydroliennes dans le Fromveur, nous avons contacté plusieurs acteurs impliqués dans le projet pour obtenir leur avis sur le projet de démonstrateur en cours et sur un projet de ferme industrielle.

  • Parc Naturel Marin d'Iroise (Contact : Philippe LE NILIOT - Chargé de la coordination scientifique au parc marin)

​​La zone d'implantation étant située dans un Parc Naturel Marin, il nous a semblé important de contacter l'un de ses responsables pour savoir comment un tel projet était perçu vis-à-vis de la protection environnemental du site. De plus, le Parc Naturel est l'un des acteurs majeurs du projet du démonstrateur Sabella, puisque le conseil de gestion du parc est sollicité afin d'obtenir un accord de principe pour le projet et fait partie du groupe de travail sur les énergies marines renouvelables.

Philippe Le Niliot nous a expliqué que la gestion du parc est dans une optique de Développement Durable, et est donc favorable au développement des énergies marines renouvelables et à la diversification des énergies. L'avis du parc est très fortement positif sur le projet de démonstrateur. En effet, il y a beaucoup d'inconnues quant aux effets réels des hydroliennes sur l'environnement. Le Parc n'a donc pas de raison d'émettre un avis défavorable puisque rien ne lui permet de juger ces hydroliennes. De plus, la pose d'un démonstrateur permettra une évaluation concrète des impacts. Si, comme l'a montré l'étude d'impact, les effets restent limités, le parc serait favorable à la mise en place d'une ferme d'hydroliennes, qui permettrait d'alimenter les îles en électricité et donc de supprimer les centrales au fioul très polluantes.

  • GDF SUEZ Futures Energies (Contact : Laurent CHARLES - Ingénieur énergies marines)​ et SABELLA (Contact: Jean-Christophe ALLO - Chef de projet hydrolien)

​​GDF SUEZ Energies Futures est la filiale de GDF SUEZ responsable des énergies renouvelables. Elle est porteur du projet actuellement en cours dans le passage du Fromveur. Elle s'est associée à l'entreprise Sabella pour créer une hydrolienne et la mettre en place. Son objectif est de développer son activité dans les énergies renouvelables et notamment de se positionner sur les énergies marines.

  • Conseil Général du Finistère (Contact : Hélène VENTE - Direction de l'Aménagement, de l'Eau, de l'Environnement et du Logement)

​​Le Conseil Général du Finistère a lancé un 2ème Plan Climat-Energie territorial dans le cadre de la loi Grenelle II. Ce plan présente plusieurs objectifs : réduire consommation énergie sur le territoire, sécuriser l’environnement électrique, et développer énergie renouvelable, notamment marine avec volonté de développer les emplois industriels. Le projet de ferme hydrolienne répond donc totalement à ces objectifs. Le Conseil Général du Finistère soutient donc ce projet mais prend tout de même en compte les impacts environnementaux et l'acceptabilité sociale en organisant des débats et concertations.

  • Mairie d'Ouessant

​​La mairie d'Ouessant est entièrement favorable à ce projet de ferme hydrolienne qui permettrait de supprimer la pollution due à la centrale électrique fonctionnant au fioul qui ne servirait plus qu'à d'éventuels dépannages. De plus, ce projet présente peu d'influence sur les activités de l'île. La mairie a organisé de nombreuses conférences avec le directeur de Sabella (constructeur du démonstrateur), Jean-François Daviau, pour informer la population de l'île et des concertations ont été engagés avec les acteurs locaux et les pêcheurs.

  • Comité Départemental des Pêches Maritimes du Finistère (Contact : Romain Le Bleis - Chargé de mission au sein du CDPMEM)

​​Nous avons contacté le Comité Départemental des Pêches du Finistère car l'avis des acteurs de l'économie locale, comme les pêcheurs, est très important puisqu'ils sont directement impactés par les projet d'énergies marines renouvelables et car ils peuvent être à l'origine d'abandon de projets. Sur les sites du Raz Blanchard et du Raz de Bafleur, les pêcheurs sont en totale opposition avec les projets hydroliens qui menacent les gisements de moules et crustacés. Cependant, au niveau du fromveur, il n'y a pas de conflits d'usage entre les hydoliennes et les pêcheurs qui ne voient pas d'inconvénient au projet. Toutefois notre contact nous a bien précisé que les dialogues et concertations sont à privilégier au plus tôt afin d'éviter tout conflit.

 

Les différents interviews obtenus montrent globalement un avis positif sur les projets. Le projet de démonstrateur est très soutenu, tous les acteurs impliqués y sont favorables. Pour le projet d'une ferme de taille plus importantes, certains acteurs émettent un peu plus de réserve comme les représentants du Parc Naturel Marin. En effet, les impacts des hydroliennes n'ayant pas encore été démontrés, ils préfèrent ne pas donner d'avis favorable immédiatement. Cela montre l'intérêt de la mise en place d'un démonstrateur avant tout projet afin d'évaluer au mieux les impacts et les conséquences des hydroliennes.

 

4. Acceptation sociale

Une enquête auprès des populations locales nous a paru être un plus afin d'avoir non seulement l'opinion des acteurs impliqués mais également celle des populations directement concernées. Pour cela nous avons réalisé un questionnaire que nous avons souhaité diffusé auprès des habitants d'Ouessant. Nous avons donc contacté le Parc Naturel Marin qui nous semblait le plus intéressé par ce type d'étude. Notre contact, Chloé Sotta, chargé de l'acceptabilité sociale des projets hydroliens, nous a informé que cette enquête n'était pas nécessaire sur notre zone d'étude. En effet, de nombreuses concertations ont déjà été engagées, et les élus locaux d'Ouessant, qui se sont montrés très favorables au projet, se sont chargés d'émettre les avis de la population concernant le projet. L'adjoint au maire d'Ouessant confirme une très bonne acceptation du projet de démonstrateur par les habitants d'Ouessant. Concernant une future hypothétique ferme industrielle, les avis restent les mêmes puisque l'objectif de l'île est d'obtenir une autonomie énergétique indépendante des centrales au fioul.

​Cependant, une diffusion du questionnaire serait nécessaire si le projet touchait une population plus importante et s'il était beaucoup plus controversé. Nous avons donc mis en exemple le questionnaire que nous avons réalisé et qui pourrait être utilisé dans ce cas.

          

Exemple de questionnaire sur les hydroliennes
(Cliquer sur les images pour les afficher en taille réelle)

 

Cette étude de l'acceptabilité sociale de ce projet montre des avis fortement favorable, y compris de la population locale et du Parc Naturel Marin d'Iroise. Cependant, comme pour tout projet, les acteurs locaux attendent les résultats des suivis qui doivent être effectués afin de s'assurer que les effets des hydroliennes soient minimes sur l'environnement. De plus, ce projet d'implantation d'une ferme hydrolienne ne pourra se faire qu'en respectant certaines conditions (ensouillage du câble, limitation de la distance de raccordement, choix du site, ...) pour limiter les impacts et les coûts.