Bilan de rentabilité, critiques techniques du projet et recherche d'une solution alternative

Rentabilité du projet

Critère de choix

La VAN, ou valeur actuelle nette, est un outil qui permet d'estimer la rentabilité économique d'un projet.

Elle se calcule en sommant le produit des flux et des coefficients d'actualisation pour le nombre d'années que dure le projet.

\[ VAN = \sum_{n=1}^N F_n CA_n \]

F= Flux de trésorerie

N= Durée totale du projet en années

CA= Coefficient d'actualisation

Le coefficient d'actualisation permet de ramener à sa valeur actuelle la valeur d'un flux à venir dans le futur. En effet, un euro au temps t n'a pas la même valeur qu'un euro à t+1 par exemple.

La VAN peut être positive, nulle ou bien négative. Lorsqu'elle est nulle, cela signifie que le projet est à peine rentable. Il le sera d'autant plus que la VAN sera positive. En revanche, une VAN négative entraîne le refus du projet, car cela signifie que l'investissement n'est pas rentable.

Nous allons présenter pour chaque scénario de valorisation le tableau récapitulatif des flux et coefficients d'actualisation permettant le calcul de la VAN des 3 projets (extraction puis valorisation 100% diesel, 100% brut ou 100% incinération). Voici tout d'abord le détail de ce que contient chaque colonne des tableaux:

Dépenses

La colonne "Dépenses" du tableau présenté plus bas prend en compte les éléments suivants:

- Matériel,

- Main d'oeuvre,

- Hangar pour l'assemblage des machines,

- Étude de faisabilité,

- Ancrage/désancrage,

- Transport pour l'installation et la désinstallation des machines,

- Transport pour conduire les plastiques vers les usines de revalorisation,

- Maintenance (arbitrairement estimée à 10% du prix du matériel pour les 24 machines)

Recettes

Les recettes correspondent aux bénéfices des trois formes de valorisation considérées.

Flux annuels de trésorerie

Le calcul "Recettes - Dépenses" permet de déterminer les flux annuels de trésorerie.

Coefficient d'actualisation

Nous estimons que plus les années passent, moins le projet est certain, d'où une diminution de la valeur du coefficient d'actualisation. Une fois installées, les machines vont être soumises à des conditions climatiques très défavorables, et les risques de casse sont très importants. De plus, les bénéfices espérés dépendent très largement de l'estimation de la quantité de plastique réellement extractible, qui est une donnée actuellement peu certaine.

Comparaison des VAN des trois projets

La première année est dédiée à la construction et à la mise en place des machines. La récolte de plastique ne commencera qu'à partir de l'année 2. L'année 7 correspond à la désinstallation des machines.

Voici les calculs de VAN pour les 3 formes de valorisation du plastique.

 

Données et calcul de la valeur actuelle nette pour le projet de valorisation du plastique en Diesel

 

Données et calcul de la valeur actuelle nette pour le projet de valorisation du plastique en Brut

 

Données et calcul de la valeur actuelle nette pour le projet de valorisation du plastique par incinération

Discussion

 

D'après les résultats exposés dans les trois tableaux, il apparaît clairement qu'aucun des projets n'est rentable, puisque les trois VAN sont très négatives. Les coûts que nous aurions oubliés ne feraient que conforter ce résultat. La transformation en diesel semble être la solution la moins pire, suivie de la transformation en brut puis de l'incinération.

 

 

 

 

Critiques

 

Bien que très séduisant au premier abord, parce que permettant de concentrer les plastiques en des points localisés, et n'utilisant pas de filet, ce qui limite l'impact sur la vie aquatique, ce projet est relativement contestable, et ce pour plusieurs raisons.

  • Tout d'abord, et nous l'avons vu au cours de notre étude, de telles machines représentent un investissement financier important. Au vu des recettes possibles, la rentabilité est négative.

 

  • Ensuite, cet investissement ne garantit pas que les arrays pourront se maintenir pendant cinq années complètes au beau milieu de l'océan, enclin à d'importantes perturbations climatiques comme des tempêtes. Peut-on être sûrs que le vent ou les vagues n'endommageront pas les barrages, en particulier les bras périphériques, étant données leurs dimensions?

 

  • Le point suivant est une considération technique. Les machines devrons être fixées à une profondeur d'environ 4000 mètres (au niveau du fond océanique). Cela ne s'est encore jamais fait. Même si cela était possible, le coût serait colossal. On parle déjà d'ancrage ultra-profond à une profondeur de 1500m. Les puits de pétrole ancrés de 1000 à 2500m de profondeur représentent moins de 3% de ceux existants actuellement, et on n'a réussi à atteindre cette profondeur de 2500m que très récemment, en 2006. Les efforts techniques sont encore à développer pour permettre l'ancrage des arrays à une profondeur égale au double de ce que l'on est actuellement capable de faire.

 

  • De plus, un ancrage à une telle profondeur ne permettra peut-être pas d'empêcher les arrays de tourner sur eux-même selon l'orientation du courant. Or, si un array se trouve positionné dans le sens du courant, il n'a plus aucune utilité pour la collecte du plastique. Il faudrait en plus prévoir un système de surveillance et/ou repositionnement pour remédier à ce problème, ce qui augmente encore les coûts.

 

  • Le but principal du projet est de "nettoyer" les océans du plastique qu'ils contiennent au sein des gyres. Mais les barrages flottants ne permettraient de traiter que le sommet de l'iceberg. Tout le plastique plus dense qui se trouve jusqu'à une profondeur de 30 mètres (image ci-dessus) ne sera pas extractible par cette méthode, et a pourtant également un impact sur la biodiversité. De plus, après les 5 années que durera le projet, des plastiques en provenance de la terre continueront à se concentrer au niveau des gyres. Le problème de la pollution plastique doit parallèlement être traitée à la source, par le comportement des consommateurs. Peut-être vaudrait-il mieux patienter encore et attendre que les rejets de plastique dans l'eau s'amoindrissent avant de se lancer dans un projet de nettoyage des océans, au risque de devoir recommencer peu de temps après.

                                                 

Coupe du "continent de déchets" (Source: http://ddc.arte.tv/nos-cartes/des-iles-de-dechets)

 

  • Le calcul de rentabilité dépend des bénéfices, et par là même de la quantité de plastique réellement extractible et valorisable. Or, de nombreuses incertitudes demeurent à ce sujet.

 

  • Enfin, on peut se poser la question des espèces protégées qui risqueraient de se retrouver piégées dans les arrays. Le risque est moindre que dans le cas de l'utilisation de filet, mais il n'est pas nul pour autant. Car au regard des dimensions des machines, il ne serait pas improbable qu'une tortue à écaille, ou Eretmochelys imbricata,  se retrouve piégée par exemple. Une fois dans le bac de réception, elle n'aurait aucun moyen d'en sortir. Or, cette espèce est classée "sérieusement menacée" sur la liste rouge de l' UICN, ou Union Internationale pour la Conservation de la Nature.

Recherche d'une solution aval alternative au projet de barrage

La solution parfaite n'existant pas, nous avons essayé d'imaginer une solution alternative d'extraction des déchets.

Il pourrait s'agir d'une structure flottante, dotée d'un grand tube qui permettrait de pomper l'eau jusqu'à 15-20 mètres de profondeur. Ainsi, même les plastiques se trouvant en profondeur seraient pris en charge par la machine. Ce principe permet de s'affranchir des bras périphériques, qui rendent les arrays fragiles vis-a-vis des intempéries.

Le plastique et l'eau seraient séparés par filtration ou décantation par exemple. L'eau serait retournée à l'océan, alors que les plastiques serait valoré directement sur la machine par incinération, ce qui pourrait produire l'énergie nécessaire, ou du moins une partie, pour faire fonctionner le dispositif. La machine ne disposerait pas de panneaux solaires, qui risquent de toute façon d'être altérés et de perdre leur efficacité à cause de la salinité de l'eau. Une couche de sel pourrait en effet se déposer sur les panneaux, qu'il faudrait nettoyer. De plus, ces panneaux ne permettent un apport d'énergie que la journée. On utiliserait à la place un dispositif qui convertit l'énergie des vagues, présentes aussi bien la nuit que le jour.

Enfin, au lieu d'un ancrage à 4000 mètres de profondeur, qui est techniquement et financièrement peu envisageable, on pourrait choisir un système de repositionnement par satellite par exemple.