Ripisylve et aménagement des berges

 

La ripisylve

 

La ripisylve, du latin "ripa" (rive) et "sylva" (forêt), est une formation végétale, naturelle ou non, bordant les cours d'eau et ayant plusieurs rôles. Dans le cas d'une implantation artificielle, on parle de génie biologique, visant à restaurer une dynamique écologique et à stabiliser les berges à la fois contre l'érosion et contre les dégâts provoqués par les crues successives. Ce type d'ingénierie s'est développé à partir des années 90, et utilise principalement le mode d'enracinement et de croissance des végétaux pour à la fois fixer le sol et créer une barrière physique. Le choix des espèces végétales et la disposition de ces dernières sera donc le paramètre majeur à considérer pour ce type de projet. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ripisylve du parc national des CévennesSource : parc national des Cévennes

 

Les rôles de la ripisylve

 

- Lutte contre l'érosion et les crues

Une des principales caractéristiques de la ripisylve est qu'elle participe efficacement contre l'érosion des berges. C'est l'enracinement des différentes formations végétales et leur complémentarité qui va permettre de prévenir cette érosion : une formation avec uniquement des arbres espacés va entraîner un déracinement successif de ces derniers, tandis qu'une bordure de cours d'eau avec uniquement des herbacées va provoquer une érosion sous jacente et l'écroulement de la berge par pans. La stabilisation du sol passe donc par la diversité des formations végétales et la fixation à plusieurs échelles : au niveau des mottes pour les herbacées, au niveau des premiers horizons pour les plantes arbustives et les sections de berges par la présence d'arbres. La présence de ces systèmes racinaires stabilise donc le sol et réduit la force du courant aux abords du cours d'eau, réduisant l'érosion.

 

 

    Berge à herbacées érodée par paliers -  Source : musée canadien de la nature

Cette formation a aussi un but de barrière physique contre les ondes de crues, tout en ayant un rôle de rétention des sédiments, des alluvions et des débris ligneux grossiers (DLG). 

 

- Rôle écologique

 

La ripisylve est habitat pour de nombreuses espèces : poissons, crustacés, insectes, amphibiens, oiseaux, mammifères... La présence d'une ripisylve permet un espace ombragé (régulation de la température) et en eaux calmes, le courant étant moins fort. Les racines permettent de même un type d'habitat plus varié, du fait de la présence de racines entremêlées, favorisant des caches, terriers, etc. Le charriage de matières organique (bois, humus) sert aussi de nourriture et d'habitat à de nombreuses espèces. Le second rôle écologique est celui de corridor : la faune peut circuler dans les deux sens, des berges vers le fleuve ou inversement. De plus, l'enracinement des espèces végétales aquatiques sur les berges est favorisé, du fait de la présence d'un couvert végétal déjà existant.

 

- Epuration

L'épuration du milieu par les ripisylves consiste principalement en une dénitrification des sols et des cours d'eau, en période de hautes eaux par dénitrification bactérienne anaérobie (a) ou par absorbtion racinaire de l'azote en période de basses eaux (b).

 

 

Epuration des sols par la ripisylve - Source : cours S. Jean

Une autre facette du rôle d'épuration de la ripisylve consiste en une régulation des conditions de transfert des éléments entre la nappe, les berges et la rivière, par rétention, absorption ou évapotranspiration. Ainsi, la ripisylve peut, par absorption, empêcher la réintroduction d'un élément dans la nappe ou bien dans le cours d'eau.

 

- Esthétique

 

L'avantage du génie végétal par rapport au génie civil est que ce premier rend le site plus agréable, de par l'intégration paysagère qu'il représente. Le site peut être réhabilité et utilisé comme lieu de récréation par exemple, bien que cela ne soit pas son but premier. Il ne faut donc pas considérer cet aspect comme prioritaire dans le projet, les paramètres physiques étant bien plus importantes.

 

Aménagement des berges

 

Aménagement des berges

 
Une fois les végétaux choisis et les caractéristiques des berges connues, il convient de choisir les méthodes d'aménagement afin d'allier phytostabilisation et revégétalisation des berges. On a considéré une longueur de cours d'eau de 10 km avec une largeur des berges de 15 mètres de part et d'autre du cours d'eau, soit un équivalent de 30 hectares.
 
Le choix et le dimensionnement des aménagements se fait en fonction de deux facteurs : la topographie des berges et le type de végétalisation souhaitée sur le plan horizontal et vertical du cours d'eau.
 
Tout d'abord, on considèrera la zone la plus facilement submersible, où il convient de planter des hélophytes, des plantes ayant un bon développement dans les zones très humides et submergeables. Le choix s'est porté sur différentes espèces de fétuques ( Festuca arundinacea et Festuca pratensis), ainsi que sur la canche gazonnante (Deschampsia cespitosa). La densité étant de 3 pieds par mètre carré, afin d'éviter la colonisation de cet espace par les plantes envahissantes (saggitaire, jacinthe d'eau).
 
La pente des berges du riachuelo étant forte (plus de 10%), nous avons opté pour un aménagement des pieds de berges par lit de plants et plançons de saule : la technique consiste en un lit de boutures ou de plants de saules lngues de 1 mètre 30 environ, plantées à 1 mètre dans la berge et dépassant de 30 cm afin d'asseoir un bon enracinement dans la berge. Dans le cas des boutures l'espèce doit avoir une capacité importante de rejet afin de pouvoir s'enraciner rapidement, ce qui n'est pas le cas des plants qui ont un système racinaire déjà développé. Le lit n de boutures est espacé d'une distance comprise entre 1 et 2 mètres avec le lit n+1, chaque lit étant remblayé avec le sol du lit supérieur. Les choix pour une bonne biodiversité se sont portés sur des espèces de saules buissonnants afin de bien quadriller le terrain : Salix aurita, Salix purpurea, Salix cinerea et Salix Nigrigans.
 
Cette technique a des avantages conséquents car l'enracinement des plants est immédiat et en profondeur, et le choix de plusieurs espèces différentes permet un effet naturel de végétalisation, accentué par la possibilité de renaturalisation de cet espace par des plantes indigènes.
 
 
 
                                                  
Technique de plants et plançons de saule -Source : génie végétal
 
 
Après les pieds de berges, la partie moyenne et haute des berges sera végétalisée par ensemencement de graminées et de légumineuses, ce qui présente associé à la pause d'un géotextile un bon moyen de stabilisation des berges de cours d'eau à faible contrainte érosive.
 
Les espèces suivantes ont été retenues pour revégétaliser sur la largeur des berges :
 
  • Graminées : Fétuque (Festuca rubra), Pâturin (Poa trivialis) et le ray-grass anglais (Lolium perenne).
  • Légumineuses : Lotier corniculé (Lotus corniculatus) et  Luzerne lupuline (Medicago Lupulina).
 
Dans un premier temps ces espèces revégétaliseront les berges et amélioreront la qualité des sols, afin de permettre l'implantation d'autres espèces de graminées, natives d'Argentine.
 
Enfin, la partie supérieure sera le lieu de plantation de bois tendres, à savoir le saule pourpre (salix purpurea), le vime (salix viminalis), le saule pleureur (salix babylonica) et le saule blanc (salix alba), avec une densité de 25%. La partie bois dur sera représentée par l'orme lisse.
On aura donc une succession végétale sur la berge, partant des bords de rivière pour remonter sur 15 mètres.