Estimation des modifications causées par le changement climatique

L'enneigement, pourtant crucial pour le bon fonctionnement de la station est de plus en plus menacé par le réchauffement climatique. En effet, la distinction pluie-neige, comprise entre -3 et 3°C, est très sensible à la moindre variation de la température.
Afin d'assurer une meilleure gestion de l'eau dans la station pour les années à venir, une analyse de la hausse des températures et de la pluviométrie s'impose. Le logiciel HEC-HMS permettra de faire la simulation correspondante. La conséquence de ce réchauffement climatique sera particulièrement observée sur les hauteurs de neige. L'hypothèse concernant l'équipement en canons à neige (voir Enneigement artificiel et aménagement du domaine skiable) tiendra compte des résultats obtenus dans cette section.

La première étape consiste à définir une hausse de température et de précipitation. La littérature propose des chiffres très variables, associés à des incertitudes importantes. Afin d'obtenir une estimation de température et de pluviométrie plus précise et spécifique aux Alpes, le document Changement climatique et évolution de l'enneigement dans les Alpes de Météo France a été pris comme document de référence pour fixer les valeurs.

Plusieurs informations chiffrées apparaissent dans ce document. Les résultats présentés dans le tableau ci-dessous s'appuient sur plusieurs modèles. Le modèle ALADIN utilisé par Météo France et le modèle SCAMPEI (Scénarios Climatiques Adaptés aux zones de Montagne : Phénomènes extrêmes, Enneigement et Incertitudes) plus récemment développé par la collaboration de cinq laboratoires.

Tableau 1 - Synthèse des résultats de température et de pluviométrie pour différents modèles dans les Alpes. (Source : Changement climatique et évolution de l'enneigement dans les Alpes de Météo France) 

  Tannuelle Pannuelle Thivernal Phivernal Tété
Observation au Col de Porte (1325m) entre 1961 et 2010  +0.4°C/décennie -30mm/décennie      
Modèle de prévision Aladin pour les Alpes du Sud pour 2021-2050 avec scénario médian     +1.6/ à la moyenne de 1961-1990 +3mm/ à la moyenne de 1961-1990  
Modèle de prévision Aladin pour les Alpes du Sudpour 2021-2050 avec scénario GHG     +1.7/ à la moyenne de 1961-1990 précipitations peu variables  
Modèle de prévision SCAMPEI ​pour les Alpes du Sud pour 2021-2050 -1.75/ à la moyenne de 1961-1990
 
-17mm/ à la moyenne de 1961-1990   -15mm/ à la moyenne de 1961-1990 +2.2/ à la moyenne de 1961-1990

Au vu des résultats fournis par le tableau ci-dessous, les valeurs prises pour les simulations avec le logiciel HEC-HMS seront, si les références sont la moyenne de la pluviométrie et des températures en 2010 et 2015, :
- une température de +0.4°C à l'horizon 2025, et +0.9°C à l'horizon 2035
- une pluviométrie inchangée (résultats très variable) et une hausse de +30mm à l'horizon 2025 et +60mm à l'horizon 2035 afin d'analyser si l'augmentation de précipitation rattrape la perte de hauteur de neige associée.

La simulation avec la seule prise en compte de la hausse des températures est présentée sur la figure 1.

Figure 1 - Evolution du SWE avec une hausse des températures seule

De manière cohérente, on remarque que la hausse des températures va provoquer une diminution de la hauteur de neige d'environ 15cm/jour à l'horizon 2035 ainsi qu'une fonte totale avancée de six jours tous les 10ans. On note que l'enneigement est effectivement très sensible au changement puisqu'une hausse de la température de +0.4°C entraîne une baisse du SWE de l'ordre de 10% alors qu'une hausse de la température de +0.5°C entraîne une baisse du SWE de l'ordre de 15%.

Une simulation a été faite par Météo France (avec le logiciel SCAMPEI) au col de Porte (1325m) qui a montré, pour une hausse de 2°C, une perte de hauteur de neige d'environ 37.5cm. En convertissant les SWE trouvés avec HEC-HMS en hauteur de neige, on observe une diminution respectivement égale à 4cm et 11.7cm pour une augmentation de température de 0.4°C et 0.9°C. Les résultats trouvés paraissent donc cohérents puisqu'un facteur deux en température induit une multiplication par trois de la perte de neige. Il est cependant à noter que l'altitude moyenne de Puy-Saint-Vincent est supérieure à l'altitude du col de Porte.

Cette diminution peut être contrebalancée en partie par une hausse de la pluviométrie comme le montre le graphe ci-dessous.

Figure 3 - Evolution du SWE avec une hausse des températures et de la pluviométrie

On constate en effet qu'une hausse de 30mm de pluie permettrait de compenser en partie la hausse des températures que ce soit du point de vue du SWE mais aussi du point de vue de la date de fonte totale, avancée de seulement quatre jours au lieu de six tous les 10 ans.

​Ces résultats sont toutefois à relativiser car les incertitudes sont fortes quant aux modifications engendrées par le changement climatique, d'autant plus que l'étude se positionne à une échelle locale.

Il sera nécessaire d'augmenter le nombre de pistes enneigées afin de limiter l'influence du réchauffement climatique sur les périodes d'ouverture de la station.