1.2- Contexte piscicole

L'étude du contexte piscicole est une étape clé de notre travail puisqu'elle permet d'identifier l'état piscicole de notre zone d'étude et surtout de déterminer les espèces à prendre en compte pour la proposition de passes à poissons qui sera effectuée par la suite.

Le Vair n'est pas un cours d'eau classé au titre de l'article L214-17 du Code de l'Environnement : il n'apparait pas sur l'avant-projet de classement des cours d'eau dans le bassin Rhin-Meuse. Le rétablissement de la libre circulation sur le Vair n'est pas imposé à l'heure actuelle sur le plan réglementaire et il n'y a pas d'espèces migratrices prioritaires (comme les migrateurs amphihalins) à prendre en compte. Dans ce cadre, notre analyse doit se baser sur les espèces  piscicoles en place sur le cours d'eau en confrontant les habitats disponibles.

Pour étudier le contexte piscicole, nous nous sommes basées sur les opérations de pêche réalisées par l'Office National de l'Eau et des Milieux Aquatiques (ONEMA), obtenues sur la base IMAGE du Portail Eau France.

 

a) Localisation des stations concernées par l'étude

Le document de Synthèse de l'ONEMA sur le réseau hydrobiologique et piscicole du bassin Rhin-Meuse entre 1995 et 2004, nous a fourni les positions des stations de pêche sur le bassin (figure 2.12).

Figure 2.12- Position des stations (étoiles rouges) sur le bassin Rhin-Meuse. Source : ONEMA, Réseau Hydrobiologique et Piscicole, Bassin Rhin Meuse, 2007

Notre raisonnement est de déterminer les poissons actuellement présents dans le Vair, mais aussi de faire un état des lieux des populations piscicoles présentes sur la Meuse au niveau de la confluence avec le Vair. Ceci nous permettra de connaître la nature des poissons susceptibles de migrer dans le Vair une fois la continuité piscicole rétablie.

La station de Soulosse-sous-Saint-Elophe est la seule station localisée sur le Vair, 10 kilomètres en aval d'Harchéchamp. Nous nous baserons sur cette station pour étudier le contexte piscicole du Vair, dans sa partie avale.

Dans un deuxième temps, nous étudierons la population piscicole au niveau de la station de Domrémy-la-Pucelle, localisée sur la Meuse, juste avant la confluence avec le Vair. Cette station nous permettra d'évaluer les espèces présentes dans la Meuse et susceptibles de migrer dans le Vair si la continuité piscicole est rétablie entre ces deux cours d'eau.

Ces deux stations se situent dans le domaine cyprinicole (ONEMA, Réseau Hydrobiologique et Piscicole, Bassin Rhin Meuse, 2007) et sont donc dans des milieux où la comparaison des populations piscicoles est pertinente. Il faut noter que les stations sont situées sur le Vair ou la Meuse, cours d'eau de dimensions différentes. Le Vair, affluent de la Meuse est un cours d'eau de moins grandes dimensions.

 

b) Structure globale des populations 

Nous avons ainsi recueilli les résultats des pêches électriques réalisées en Lorraine. Afin d'avoir des données représentatives des populations, nous avons réalisé l'étude sur une période de 10 ans : entre 2000 et 2010. Les poissons présents au niveau des deux stations d'étude sont précisés dans le tableau 2.3.

Tableau 2.3- Espèces piscicoles rencontrées dans les 2 stations d'étude et Code Onema associé

Dix familles piscicoles sont présentes sur l'ensemble des deux stations, avec une prédominance des Cyprinidés en ce qui concerne le nombre d'espèces représentées. 

La figure 2.13 représente l'état des populations dans les 2 stations et précise pour les populations les plus abondantes, le Code Onema des espèces correspondantes.

Figure 2.13 - Populations piscicoles dans les 2 stations d'étude

Une différenciation des populations est visible entre Domremy-la-Pucelle et Soulosse-sous-Saint-Elophe ce qui indique que les poissons se différencient selon les cours d'eau. En effet, les ouvrages transversaux sur les cours d'eau déconnectent entièrement les tronçons et ne permettent aucun brassage génétique. En absence d'ouvrage de franchissement piscicole, ce qui est le cas ici, les populations évoluent de manière indépendante. Notons cependant qu'à l'aval du Vair, les lits majeurs du Vair et de la Meuse se confondent. Ainsi, en période de crue, il peut exister des échanges entre ces deux cours d'eau ce qui peut permettre d'assurer une diversification génétique des populations. Cependant, ce phénomène est présent seulement en aval du Vair : de l'aval de Moncel-sur-Vair jusqu'à la confluence avec la Meuse, soit sur un tronçon de 4 km. 

La diversité est assez importante dans le Vair : la loche franche y est plus abondante que dans le Meuse ainsi que le hotu et le spirlin qui ne sont pas ou peu retrouvés dans la Meuse. Ceci est lié aux caractéristiques des poissons, les habitats préférentiels de la loche ou le spirlin par exemple étant plutôt caractérisés par des cours d'eau claire et peu profonds. Le hotu, quant à lui, est une espèce fortement impactée par l'aménagement des rivières et la pêche et est inscrite dans la Convention de Berne (annexe III).

Pour ces deux stations, la structure des populations reste assez semblable, avec globalement une espèce prédominante: le vairon, un des poissons les plus communs d'Europe. Les espèces présentes appartiennent d'une manière prédominante à la famille des cyprinidés.

 

c) Evaluation de la qualité des populations à travers l'Indice Poisson Rivière

Pour chacune de ces stations, l'Indice Poisson Rivière (IPR) a été calculé par l'ONEMA. Cet indice constitue un outil d'évaluation de la qualité des cours d'eau et est basé sur les peuplements piscicoles. Il mesure l'écart entre le peuplement observé à partir d'un échantillonnage par pêche électrique et le peuplement attendu en situation de référence. Une évaluation du niveau d'altération peut ainsi être réalisée. 

L'IPR est fonction de sept métriques : nombre total d’espèces, nombre d’espèces lithophiles, nombre d’espèces rhéophiles, densité d’individus tolérants, densité d’individus invertivores, densité d’individus omnivores et densité totale d’individus. La combinaison de ces facteurs permet d'évaluer la qualité des cours d'eau. Le calcul d'IPR que nous avons réalisé à partir des pêches électriques de l'ONEMA indiquent une qualité "bonne" au niveau de Domremy-la-Pucelle et "mauvaise" à Soulosse-sous-Saint-Elophe.

On a modélisé les populations de référence attendues au niveau de Domrémy-la-Pucelle sur la Meuse et de Soulosse-sous-Saint-Elophe, grâce au tableur mis au point par le conseil supérieur de la pêche (voir graphiques en lien). La population de référence (en bleu sur le graphique) est comparée aux résultats de la pêche électrique de 2004. La population de référence est établie à partir des critères de la station de pêche : surface échantillonnée, surface du bassin versant, largeur et profondeur du cours d'eau, pente et altitude, température moyenne en juillet et en janvier. Pour ces deux derniers paramètres, on a utilisé le référentiel thermique de l'ONEMA. La profondeur a été estimée à partir des documents fournis par GENIVAR. Les autres  caractéristiques ont été trouvées dans une synthèse sur le bassin Rhin-Meuse par l'ONEMA (Manné, 2007). A Domrémy-la-Pucelle, la catégorie de classe, bonne, concorde avec celle publiée dans la synthèse Rhin-Meuse . En revanche, à Soulosse-sous-Saint-Elophe, le résultat diffère d'une classe, médiocre pour l'ONEMA et mauvaise pour notre simulation. Le score obtenu est de 29,1, or la limite entre la classe médiocre et mauvaise se trouve à 25 (tableau 2.4). Comme l'ONEMA n'indique pas le score de la station, il se peut que cette différence de résultat s'explique par une différence de quelques unités liée à l'approximation de la profondeur.

Tableau 2.4 - Classe de qualité de l'eau en fonction du résultat de l'IPR. Source: Indice poisson rivière, 2006, ONEMA

On constate que selon ce modèle, l'anguille et la truite devraient être présentes. On voit là les limites de cette modélisation qui prévoit une population de base en fonction de bases de données établies à l'échelle nationale et ne prenant pas en compte les particularités au niveau local. Effectivement, Soulosse-sous-Saint-Elophe se trouve en tête de bassin donc le modèle prévoit la présence de la truite et de l'anguille qui sont théoriquement caractéristiques de ces zones mais le Vair à cet endroit se trouve dans une zone cyprinicole hors de l'axe de migration de l'anguille (cf. annexe). 

La DCE impose le rétablissement du bon état écologique des cours d'eau. Ceci intègre en particulier la continuité écologique et c'est particulièrement sur cette problématique que nous allons nous concentrer. Nous allons donc étudier particulièrement la libre circulation amont-aval en étudiant les espèces migratrices.

 

d) Les poissons d'intérêt

Les poissons exigent des milieux différents pour les étapes de leur cycle biologique (croissance, reproduction, alimentation). De manière générale, toutes les espèces se déplacent. Cependant, selon les espèces, l'activité migratoire est plus ou moins importante pour le bon déroulement du cycle biologique. 

La figure 2.14 permet de représenter l'ensemble des espèces présentes à Soulosse-sous-Saint-Epophe en précisant leur abondance au cours des dix dernières années.

Figure 2.14 - Abondance des espèces présentes à Soulosse-sous-saint-élophe

Les espèces les plus représentées en aval du Vair sont, par ordre d'importance :

  • le vairon,
  • la loche franche, le goujon, le gardon,
  • le chevaine, le hotu, la vandoise, l'ablette, le spirlin, le barbeau fluviatile, le chabot.

Mis à part la loche franche et le chabot, l'ensemble des espèces sont des cyprinidées. Notons par ailleurs la présence du brochet. Seulement deux individus de cette espèce ont été pêchés en 10 ans sur cette station et mesuraient 30 et 32 cm. Il s'agissait donc d'individus aptes à la reproduction. Cette espèce a été définie comme l'espèce repère du domaine cyprinicole du Vair par la Fédération de Pêche des Vosges. Il s'agit de l'espèce ayant le niveau d'exigence le plus élevé par rapport à la qualité du milieu et de l'attrait que la pêche peut représenter. C'est à partir de cette espèce que la Fédération de Pêche des Vosges a défini des mesures d'actions sur les aménagements du Vair.

Le vairon, la loche franche, le goujon, le spirlin, l'ablette et le chabot sont des espèces piscicoles de petite taille, ne dépassant généralement pas 18 cm. Leur petite taille implique des vitesses de pointe limitées et qui peuvent être soutenues qu'un très bref instant. Ces espèces affectionnent les eaux peu profondes, plus ou moins courantes selon les espèces, bien oxygénées avec un substrat souvent caillouteux ou graveleux.

Le gardon, quant à lui, est caractérisé par une plus grande taille. C'est une espèce qui affectionne les eaux stagnantes, faiblement courantes, riches en végétaux immergés et qui tend à se développer dans les milieux eutrophisés. Les habitats du Vair aval lui sont donc favorables.

Dans "Les poissons migrateurs dans la Meuse" rédigé par la Commission Internationale de la Meuse, une liste des espèces migratrices a été établie (tableau 2.5). 

Tableau 2.5- Poissons migrateurs appartenant à l'ichtyofaune de la Meuse. Source : Commission Internationale de la Meuse, Les poissons migrateurs dans la Meuse, 2011

Dans la Meuse, il existe à la fois des poissons diadromes (une partie du cycle biologique en eau douce et l'autre en eau de mer) et des poissons migrateurs holobiotiques (dont le cycle biologique se déroule uniquement en eau douce). 

Six espèces migratrices sont présentes dans notre zone d'étude : barbeau (BAF), hotu (HOT), chevaine (CHE), vandoise (VAN), truite fario (TRF) et anguille (ANG).

L'anguille, seule espèce diadrome de notre zone, est retrouvée très ponctuellement, à Domremy-la-Pucelle dans la Meuse mais pas à Soulosse-sous-Saint-Elophe. En réalité, nous ne sommes pas dans l'axe de migration de l'anguille qui est situé plus en aval (voir annexe. Source : Comité de Bassin Rhin-Meuse, Annexe cartographique du district Meuse-Sambre, 2009)

Concernant la truite, elle est présente au niveau de chaque station, mais en faible effectif. Les zones étudiées sont en effet caractérisées par un contexte cyprinicole. Le contexte salmonicole n'est retrouvé que plus en amont : à partir de la confluence avec le Petit Vair en amont du Vair. Nous ne considérons pas cette zone dans notre étude.

Les principaux migrateurs présents dans notre zone étudiée sont ainsi des cyprinidés. Il s'agit des espèces suivantes : barbeau, hotu, chevaine et vandoise. Ces quatre espèces sont présentes dans les eaux du Vair et constitueront donc les espèces d'intérêt pour le franchissement du seuil d'Harchéchamp. Dans notre raisonnement, nous avons choisi de nous concentrer sur le rétablissement de la libre circulation de ces quatre espèces. Nous ne prendrons pas en compte les autres espèces du Vair. D'une part, la migration de ces espèces semble moins importante et d'autre part, il est difficile de limiter les vitesses maximales dans les passes à poissons à des niveaux inférieurs à 1,2 - 1,5 m/s. Or, la vitesse maximale d'un poisson dépend de sa taille. Par exemple, la taille moyenne des vairons pêchés à Soulosse-sous-Saint-Elophe étant de 10 cm, ceci représente une vitesse maximale de 1,14 m/s. En ce qui concerne le brochet, il est présent a des effectifs quasi nuls et les passes à poissons actuelles ne sont pas adaptées à son comportement et ne présentent que très peu d'efficacité.

Les espèces sélectionnées pour notre étude sont : 

​​Cliquez sur le nom des espèces pour visualiser les fiches résumant leurs caractéristiques. Source : Keith P. et al.ruslé J. et Quignard J.P

 

e) Caractéristiques des poissons sélectionnés pour notre étude

Nous allons restreindre notre étude à une passe à cyprinidés. Dans les fiches précédentes, les quatre espèces d'intérêt ont été décrites (habitats, comportement, mobilité, reproduction...). Ces informations sont nécessaires pour étudier la mise en place de passes à poissons.

Il est nécessaire d'une part, de confronter les exigences biologiques des espèces avec les habitats disponibles. Cette première partie permettra de justifier la nécessité de rétablir la continuité piscicole. Nous décrirons ensuite les principales caractéristiques des poissons en lien avec le dimensionnement des passes qui sera fait dans la Partie I-2.4 - Dimensionnement.

Confrontation habitats et exigences biologiques des espèces

  • Habitats concernés

Les cyprinidés étudiés affectionnent les rivières à courant rapide, à eaux pures, fraîches et assez bien oxygénées. Ils se retrouvent particulièrement dans des zones dites à cyprinidés dont les caractéristiques sont intermédiaires entre la zone à truite et la zone à brèmes, avec des courants relativement soutenus. Ces quatre espèces recherchent des substrats de type graveleux ou caillouteux en général. Le chevaine et le barbeau peuvent également vivre dans des substrats mixtes (caillouteux - sableux) et le chevaine affectionne les habitats riches en abris.

A cause de leur régime alimentaire, le hotu et le barbeau vivent sur le fond de la rivière. Ils se nourrissent en fouillant dans le substrat. Au contraire, le chevaine et la vandoise évoluent entre les eaux de surface et les eaux profondes en fonction de la saison et de leur alimentation. En été, on les retrouve plutôt près de la surface tandis qu'elles se réfugient plus au fond des rivières en hiver pour échapper au froid. A part le hotu et le chevaine, toutes les autres espèces se nourrissent la nuit. Tous ces poissons ont un comportement grégaire. On retrouve également les vandoises associées avec les chevaines.

Les frayères sont particulières à chaque espèce.

  • Le barbeau recherche des zones peu profondes (15-24 cm) à substrat graveleux ou caillouteux (4-20 mm) dans un courant faible (28-43cm/s) et à une température supérieure à 13,5°C.
  • Le chevaine se reproduit dans des fonds d'herbiers ou de graviers à une température proche de 15°C.
  • Le hotu recherche des zones peu profondes (0,2-0,5 m), sur fond caillouteux (galets et pierres de 10 cm de diamètre), dans un faible courant (1 m/s) dans des eaux fraîches (8-11°C) et bien oxygénées.​
  • La vandoise se reproduit sur fond de graviers à 11-12°C.

De manière générale, nous pouvons retenir qu'un substrat de type caillouteux ou graveleux doit être recherché pour la reproduction, dans des zones peu profondes et à faible courant.

 

  • Habitats disponibles sur notre zone d'étude

La détermination des différents habitats a pu être effectuée le long de notre zone d'étude et est présentée en annexe:

 - Les différents types d'habitats sur le Vair aval

 - Caractérisation physique des habitats du Vair aval

La partie du Vair étudiée est tronçonnée par des ouvrages transversaux. Or, un seuil a un effet de retenue d’eau en amont, remontant le niveau d’eau. A l’amont d’un seuil, les eaux stagnent, se réchauffent, les sédiments se déposent et l'oxygénisation est réduite. Cette zone amont est donc propice à l'eutrophisation. A l’aval, le courant est plus rapide offrant des milieux de type lotique. Les matériaux (graviers, galets, sédiments...) sont stoppés au niveau du barrage et manquent en aval, ce qui contribue à faire disparaître les fonds favorables à la reproduction.

Sur l'ensemble de la partie du cours étudiée, le Vair est calibré. Le substrat présent est caillouteux à graveleux. Les berges sont globalement inclinées voir très inclinées (30 à 70°). Le lit mineur a une forme canalisée ce qui induit une profondeur homogène et ne favorise pas la diversité d'habitats. L'oxygène dissous minimal mesuré à Soulosse-sous-Saint Elophe est favorable aux poissons (minimum compris entre 4,7 et 8,2 mg/L entre 2002 et 2010). Il faut noter que la station est positionnée à 250 m en aval du seuil de Soulosse. Les valeurs l'oxygène dissous seront plus faible au niveau de la retenue en amont du seuil.

L'amont et l'aval de notre zone se caractérise par des zones de plat lent profond en général et avec peu de bancs alluviaux. Le substrat, principalement graveleux, a tendance à se colmater. Ces caractéristiques globales ne sont pas généralisées. En effet, nous disposons d'informations plus précises à Houéville (en amont d'Harchéchamp). Sur une distance de 150 m, le tronçon présente une profondeur moyenne de 0,4 m et une largeur de 10 m (ces données ont été relevées en octobre ; au printemps, la profondeur sera plus élevée car le débit plus conséquent). A cet endroit, l'eau est limpide et le substrat est composé de graviers, pierres et galets. 

Entre Moncel-sur-Vair et Barville, les faciès d'écoulement sont plus variés, de type plat courant, mouilles/radiers. Le substrat peut être composé de graviers mais aussi de cailloux et des bancs alluviaux à cailloux plats peuvent se former. Cette zone offre une plus grande diversité d'habitats.

 

  • Justification de la nécessité d'aménagements

La restauration de la libre circulation est une nécessité pour les populations piscicoles. La présence de seuils rapprochés a pour effet de ralentir les courants, d'uniformiser les tronçons, d'augmenter la température de l'eau et de favoriser l'eutrophisation. Or les cyprinidés sont des espèces qui affectionnent les courants rapides et les eaux fraîches, pures et bien oxygénées. La libre circulation pourra permettre aux espèces de rejoindre les habitats préférentiels et les zones de frayères. L'ensemble du cours du Vair étant assez uniformisé et canalisé, il sera nécessaire en parallèle d'aménager le cours d'eau (diversification des courants, des habitats...). L'arasement partiel ou total des seuils est une solution visant à rétablir la libre circulation mais également des habitats d'intérêt. Si cette solution n'est pas envisageable ou ne permet pas le franchissement piscicole, la mise en place de passes à poissons s'avérera nécessaire.

Une autre raison principale de la nécessité d'aménager les seuils est de rétablir un brassage génétique. En effet, Les seuils délimitent des tronçons indépendant où les populations sont fixes. Ils contraignent ainsi tout brassage génétique. L'isolement des populations a pour impact une diminution de la diversité génétique. A long terme, les espèces deviennent plus vulnérables aux parasites et aux maladies. De plus, les seuils empêchent la possibilité de fuite en cas de pollution d'un tronçon. La restauration de la libre circulation permettra de reconnecter les individus d'une espèce entre eux. 

 

Détermination des caractéristiques nécessaires au dimensionnement des passes

Une passe à poisson doit tenir compte des caractéristiques des poissons pour être fonctionnelle. Nous allons donc étudier précisément les caractéristiques métriques des poissons ainsi que leur période de migration, éléments qui nous servirons ensuite pour dimensionner les passes à poissons.

  • Critères physiques

La taille des poissons à faire migrer

Une passe à poissons se dimensionne en fonction de la taille des individus. Nous avons donc étudié plus précisément la structure des populations de chacune des espèces d'intérêt en fonction de leur taille.

Nous avons tout d'abord étudié l'évolution des structures des populations entre 2000 et 2010 pour les quatre espèces :

  • Chevaine : En 2000, la population est assez bien structurée avec un panel d'individus représentant les générations de 0+ à 10+. Les années suivantes, la population double voir triple et tend à se rajeunir avec une très forte proportion de juvéniles, les reproducteurs étant également représentés avec les mêmes effectifs que les années précédentes. En 2007, la population tend à se rééquilibrer avec une croissance des population 3+ à 4+. Mais en 2009, les juvéniles dominent à nouveau. 
  • Hotu : Cette espèce est pêchée à de très faibles taux entre 2000 et 2003 et les résultats indiquent l'absence de structure évidente de la population. Entre 2003 et 2007, la structure de la population est très mal répartie avec une dominance des jeunes populations (0+, 1+). A partir de 2009, la population se structure en générations allant de 0+ à 7+.
  • Vandoise : Les individus pêchés sont en nombre très faible (< à 35 individus) sur la période 2000-2007 avec de manière générale, une prédominance des juvéniles. En 2009, 184 individus ont été pêchés, les générations 0+ étant largement prédominantes. Sur l'ensemble de la période, il a été observé des individus allant de la génération 0+ à 6+.
  • Barbeau : Les populations pêchées sont assez faibles en nombre d'individus (<30 la plupart du temps). Les juvéniles sont repérés à toutes les pêches entre 2001 et 2009. Entre 2004 et 2007, très peu de reproducteurs sont présents mais en 2009, la population tend à se restructurer avec un panel d'individus entre la génération 0+ et 8+.

Pour comprendre ces structures de populations, il est important de noter que les pêches ont été réalisées au début de l'automne pour la plupart (entre fin septembre et début octobre). La localisation de la station de pêche est aussi importante à connaître (figure 2.15).

Figure 2.15 - Localisation de la station de pêche de l'ONEMA à Soulosse-sous-Saint-Elophe. Sources : fond de carte : Fédération de Pêche des Vosges ; localisation de la station de pêche : base de données IMAGE ; localisation seuil de Soulosse : base de données ROE

La station de pêche est localisée seulement 250 m en aval du seuil de Soulosse-sous-Saint-Elophe. Cette zone est caractérisée par une diversité d'écoulements de type courant, profond et plat. Le substrat est composé de limon, de pierres et de blocs et est caractérisé par la présence d'hydrophytes, hélophytes et algues filamenteuse. Par ces caractéristiques, cette zone peut être favorable à la reproduction des cyprinidés ce qui explique la forte prédominance des juvéniles dans les populations pêchées.

Pour avoir une vision globale, nous avons réalisé des graphes représentant l'ensemble des individus pêchés sur les opérations entre 2000 et 2011 (figure 2.16).  La répartition des tailles sous forme d'histogramme permet de visualiser les populations d'âge différents. Grâce à des sources bibliographiques, nous avons pu déterminer les âges des poissons : 0+ (première année de vie), 1+ (deuxième année de vie)... 

Figure 2.16 - Taille des populations de poissons d'intérêt. Source : Portail eau france, base de données IMAGE

Pour les quatre populations, la majorité des individus sont de petite taille. La population est donc jeune et ceci témoigne de l'existence de capacité de reproduction. Les individus migrent pour se reproduire. L'âge de la maturité sexuelle des poissons dépend de l'espèce. Elle est d'environ 3 ans pour le chevaine, 4 ans pour le hotu, 3-4 ans pour la vandoise et 4-5 ans pour le barbeau. La structure des populations témoigne de la présence de reproducteurs en plus faible nombre, mais tout de même quelques individus de grande taille.

Pour dimensionner les passes à poissons, nous allons donc nous intéresser aux individus aptes à la reproduction. Les individus à considérer seront donc ceux ayant une taille supérieure à 200 mm.

Remarque : L'analyse de ces individus est réalisée à partir des données de la station de Soulosse-sous-Saint-Elophe c'est-à-dire en aval d'Harchéchamp. La population à Harchéchamp n'est pas forcément exactement la même mais nous supposons qu'elle s'en approche.

Les capacités de nages associées

Le dimensionnement d'une passe à poissons est lié aux capacités de nage des espèces piscicoles considérées. Videler a proposé en 1993 une formule mathématique pour prédire les vitesses de nage maximales des poissons dont la taille est inférieure à 50 cm : 

Vmax = 0,4 + 7,4*L

où Vmax est la vitesse maximale en m/s et L est la longueur du poisson en mètre. Cette vitesse peut également fortement dépendre de la température de l'eau. Ces vitesses ne peuvent être tenues que pendant de courts instants. Videler a proposé également une formule mathématique pour relier la taille à la vitesse de croisière : 

Ucr = 0,15 + 2,4*L

Cette limite correspond arbitrairement à la vitesse que le poisson peut soutenir pendant 200 min (M. Larinier, D. Courret, P. Gomes, 2006). Pour un poisson de 200 mm, on obtient ainsi une vitesse maximale de 1,88 m/s et une vitesse de croisière de 0,63 m/s.

 

  • Critère temporel : la période de migration

Ces espèces ont en commun de frayer dans des eaux fraîches (entre 10 et 15°C) donc en tête de bassin versant entre les mois de Mars et de Juillet comme le montre le tableau 2.6.

Tableau 2.6 - Période de Frai des différentes espèces ciblées (source: encyclopeche.com)

 

Bilan: Le Vair est un milieu très anthropisé (seuils, canalisation, berges peu stables et ripisylve dégradée). Les populations de poissons ont été sérieusement affectées par ces modifications du milieu. Le rétablissement de la continuité piscicole ne suffira sans doute pas à retrouver une population naturelle.

Pour la suite de l'étude, on choisit comme espèces-cibles pour l'étude de la passe à poisson le barbeau fluviatil, le hotu, le chevaine et la vandoise. On dimensionnera la passe pour les poissons de taille supérieure à 20 cm entre les périodes de Mars et Juillet.