Constat des rejets de molécules médicamenteuses dans l'eau

 

Constat des rejets de molécules

médicamenteuses dans l'eau

 

Présence de molécules médicamenteuses dans l'environnement

A partir des années 1970, on a commencé à mettre en évidence la problématique de la présence de molécules médicamenteuses dans l'environnement. Toutefois, ces problématiques n'ont retenu l'attention que très récemment, lorsqu'on est parvenu à démontrer un lien entre la concentration en produits pharmaceutiques et les conséquences sur la faune, notamment sur les poissons (Kim et al., 2007).

Depuis, la détection de molécules médicamenteuses a été réalisée dans les eaux de stations d'épuration, dans les eaux de surfaces, les eaux souterraines mais aussi l'eau de mer. Il semble donc que l'environnement entier soit aujourd'hui contaminé par ces molécules et il apparaît essentiel de mettre en place des actions pour remédier à ce problème.

 

La Directive Cadre sur l'Eau

La directive sur l'eau (DCE) est une directive européenne appliquée à chaque pays signataire qui devra respecter un ensemble de critères environnementaux. Ceci est réalisé dans le but d'atteindre un "bon état" écologique des milieux aquatiques d'ici 2015.

Parmi les mesures qui doivent être adoptées par les pays signataires, l'une est d'établir des protocoles de surveillance des milieux aquatiques et de dresser une liste des molécules prioritaires à surveiller.

Ainsi, des listes de solvants, plastifiants, détergents, désinfectants, conservateurs, biocides, pesticides, ou encore médicaments ont été éditées. C'est à cette dernière catégorie de molécules que nous nous sommes intéressés afin de pouvoir établir un constat des connaissances actuelles concernant les molécules anticancéreuses dans l'environnement. Pour dresser cette liste, il y a eu la collaboration de trois organismes, chacun ayant effectué des recherches dans cette thématique :

  • CEMAGREF : contamination des eaux superficielles des bassin versants,
  • AFSSET : Recherche des anticancéreux dans les rejets hospitaliers,
  • AFSSA : Recherche des médicaments dans l'eau potable.

La difficulté rencontrée avec ces molécules est leur très faible concentration et a fortiori leur faible détectabilité. De plus, ces molécules connaissent souvent un grand nombre de métabolites parfois non identifiés. Une fois rejetés dans l'environnement, les anticancéreux peuvent provoquer des risques pour la biocénose environnante à cause de leurs propriétés Cancérigène, Mutagène, et Reprotoxique (CMR).

Il existe diverses sources à ces contaminations. Contrairement aux croyances, les hôpitaux et les cliniques ne sont pas les seuls responsables de ce phénomène. Les industries chimiques et pharmaceutiques ainsi que les particuliers engendrent aussi des rejets importants dans les réseaux d'eaux usées.

L'étude de Zini, S., 2009, s'est concentrée sur l'analyse des rejets de deux hôpitaux spécialisés en oncologie. Le protocole de relevé des effluents est réalisé sur 24H, deux fois par semaine tous les 15 jours, pendant 3 mois, ce qui représente 275 échantillons au  total.

Les résultats sont visibles dans la figure 1 ci-après :

Figure 1 : Description des médicaments anticancéreux les plus rencontrés en sortie d'hôpital

Source : Zini, S., 2009

L'étude permet de montrer les concentrations en sortie d'hôpital (figure 2) et le taux d'abattement calculé entre l'entrée et la sortie de la Station d'épuration (figure 3) de 5 différentes molécules.

Figure 2 : Concentrations de certains médicaments anticancéreux dans les eaux de sortie d'un hôpital.

Source : Zini, S., 2009

 

Figure 3 : Différence entre les concentrations en entrée et en sortie de la station d'épuration.

Source : Zini, S., 2009

 

En se basant sur les résultats de Zini, S., 2009 ci-dessus, nous avons choisi de retenir 4 molécules dont la concentration dans les eaux résiduaires est relativement importante, et qui ont fait l'objet de quelques recherches :

  • le 5-FU ou 5-FluoroUracile,
  • l'Ifosfamide,
  • le Carboplatine,
  • et le Cyclophosphamide.

A celles-ci nous avons ajouté la molécule de Doxorubicine, moins utilisée dans le cadre des chimiothérapies classiques, mais dont les caractéristiques, notamment de dilution et d'adsorption, sont assez distinctes des molécules précédentes. Ces 5 molécules seront donc étudiées dans le détail dans la suite du projet.

Nous pouvons nous rendre compte, suite à ce premier constat, que les molécules anticancéreuses se comportent différemment dans l'environnement. Certaines sont dégradées rapidement (c'est apparemment le cas du 5-FU), et d'autres subissent un taux d'abattement variable. On peut d'ores et déjà émettre l'hypothèse que ceci vient du fait des propriétés physico-chimiques de chacune d'entre elles, qui leur confèrent plus ou moins d'affinité avec la phase liquide ou en suspension des eaux usées. 

Comme le prédisent Castegnaro et Hansel (2006), "si le consommateur est lui-même affecté par les effets immunitaires de ses rejets, et du fait de l'action cancérogène prouvée pour certaines substances, on pourrait alors assister à une augmentation des cancers humains et donc des traitements anticancéreux, ce qui alimenterait la boucle..."

 

 


Plan du menu "Impact du rejet de molécules anticancéreuses"

Constat des rejets           Principales molécules            Devenir Ifosfamide            Devenir Doxorubicine         Comparaison         Bilan

 


Retour au menu précédent