Interprétation des données

 

Interprétation des résultats obtenus

 

Au vu des résultats obtenus suite à la modélisation, et résumés dans le tableau 1 ci-après, différents axes d'interprétations peuvent être abordés.

Tableau 1 : Présentation des résultats obtenus

 

Importance du facteur de dilution

L'une des simplifications les plus marquantes de notre modélisation est la non-prise en compte des phénomènes de dilution qui s'opèrent dans les conditions naturelles. En effet, à travers ce modèle de convection-diffusion, nous nous occupons uniquement du phénomène de dégradation de l'Ifosfamide à partir des concentrations initiales et des constantes de réaction qui régissent la dégradation de cette molécule en fonction de la température.

Pour compenser l'absence de prise en compte du facteur de dilution qui apparaît comme important dans cette étude, nous avons adapté les concentrations initiales en Ifosfamide en fonction du débit de la Garonne. Ainsi, comme nous l'avons vu dans la page de présentation des résultats, la concentration en Ifosfamide est plus faible en période de forts débits (5.57e-10 mol/m3) que pendant une période d'étiage (6.13e-9 mol/m3). En effet, pour un rejet uniforme d'Ifosfamide au cours du temps, le facteur de dilution à l'entrée du modèle est directement proportionnel au débit. 

Ainsi, nous voyons sur la figure 1 que les concentrations en entrée du modèle sont bien différentes en fonction de la saison. Le paramètre de dilution n'est cependant uniquement pris en compte initialement. Dans la suite du modèle, nous nous intéressons seulement aux phénomènes de convection-diffusion. Ainsi, aux résultats présentés, il faut garder à l'esprit l'existence d'apport latéral de flux qui diminue la concentration en molécule anticancéreuse. Dans le milieu naturel, il semble donc que la molécule d'Ifosfamide disparaîtra plus rapidement que dans notre modèle, sa dilution étant favorisée.

 

Conséquences de la variation saisonnière sur la dégradation de l'Ifosfamide

Les caractéristiques variables au cours des saisons ont sans nul doute une importance évidente dans les phénomènes de dégradation de l'Ifosfamide dans l'environnement. En effet, le fait que le débit soit variable a une conséquence sur la concentration de l'Ifosfamide en entrée mais surtout, la température de l'eau influe sur la vitesse de dégradation de la molécule d'Ifosfamide.

 

Figure 1 : Comparaison des concentrations dans le milieu suivant les périodes de l'année
(Cliquer sur l'image pour afficher en taille réelle)

 

Comme on peut le constater, la vitesse de dégradation de la molécule d'Ifosfamide est très variable en fonction de la période de l'année.

A première vue, la période d'étiage peut sembler la plus préoccupante car la concentration à l'entrée du cours d'eau y est la plus importante (supérieure à 2*10-9 g/m3). Toutefois, la vitesse de dégradation y est très élevée (constante élevée du fait de la température de l'eau et concentration initiale élevée). Ainsi, même si la forte concentration peut être inquiétante au niveau du rejet, la molécule est très vite dégradée et ne se retrouve quasiment plus après plusieurs centaines de mètres.

En ce qui concerne la période de fort débit, même si la forte dilution permet de largement diminuer la concentration en Ifosfamide dans la Garonne, la réaction de dégradation de la molécule  se réalise très lentement. Il en résulte que cette faible concentration se retrouve très loin après la zone de rejet. Sur les 10 premiers kilomètres, à peine un tiers de l'Ifosfamide a été abattu.

En moyenne,la vitesse de dégradation nécessite une dizaine de kilomètres pour abattre la totalité de l'Ifosfamide rejetée. De plus, étant donné la valeur du débit moyen, la concentration en Ifosfamide au niveau du rejet reste assez faible (autour de 1*10-9 g/mol).

Il reste donc à déterminer pour quelles concentrations la présence de l'Ifosfamide a des conséquences sur la faune et la flore en contact avec la zone de rejet.

 

Conséquences sur la biocénose du rejet d'Ifosfamide

Comme nous l'avions évoqué lors de la Présentation des molécules, les substances médicamenteuses sont toxiques pour la faune et la flore. Nous connaissons actuellement les valeurs de DL50  de l'Ifosfamide. Il s'agit de la teneur minimale injectée dans un organisme qui engendre la mort de plus de 50% de la population.

Pour l'Ifosfamide, des tests sur des souris ont montré qu'au delà de 1005 mg/kg de masse corporelle, injecté par voie orale, on atteint la dose létale pour plus de 50% de la population. Par intraveineuses, la DL50 est de 9,4 mg/kg. Ces données semblent extrêmement élevées en comparaison avec les concentrations d'Ifosfamide que l'on retrouve en sortie de Ginestous. Toutefois, ces données correspondent à des injections ponctuelles, alors que dans notre cas, il s'agit d'une pollution chronique pour les espèces en contact direct avec cette zone de rejet.

Il n'existe actuellement aucunes données permettant d'estimer la dangerosité d'un contact prolongé avec de faibles concentrations d'Ifosfamide, nous ne pouvons donc pas apporter de réelles conclusion quant à l'impact de cette molécule sur la faune et la flore.

On estimera cependant que d'après les résultats obtenus et en considérant un facteur de dilution plus flagrant, les 100 premiers mètres après la zone de rejet correspondent à une zone critique. En effet, l'Ifosfamide y est présente tout au long de l'année, à des concentrations plus ou moins importantes : de 2*10-9 à 10-10 mol/m3 soit 0.52 ng/L à 0.026 ng/L. Il faut préciser que ces concentrations ne peuvent pas être détectées par les méthodes dont on dispose actuellement, il s'agit donc d'une estimation théorique, basée sur nos résultats de modélisation. Même si ces concentrations peuvent sembler assez faibles, on peut estimer qu'elles ont des conséquences sur les espèces qui sont fixées au milieu au sein de cette zone critique, il peut s'agir d'amphibiens, d'espèces hyporhéiques (vivant dans les sédiments de fond de rivière) ou d'individus juvéniles (larves ou oeufs) si la zone correspond à une frayère. On peut imaginer que ces espèces présenteront des caractéristiques génétiques particulières ou de faibles capacités de reproduction du fait des fonctions CMR de la molécule d'Ifosfamide.

En conclusion, si aucun traitement approprié n'est réalisé en station d'épuration, les impacts du rejet se ressentent sur une zone de 100 m de long après le rejet dans le cours d'eau.

 


   Modélisation du devenir de la molécule d'Ifosfamide

Matériel et méthode                                         Résultats de la modélisation                                    Interprétation des résultats


   Retour au menu précédent