1.3.1. L'impact des aménagements mis en place pour contrer l'érosion du cordon littoral

Dynamique d'aménagement des côtes

Pendant de nombreuses années, le recul du trait de côte a été envisagé comme une menace pour les villes côtières, pouvant être contré par l'aménagement du littoral. Le découpage administratif de la France a longtemps poussé à une gestion décentralisée et non harmonisée des espaces. Ainsi chaque département a imposé son mode de protection des côtes accentuant le phénomène d'érosion parfois dans les départements limitrophes. C'est notamment le cas avec la Normandie où l'édification de jetées et épis a perturbé le transit naturel des sédiments et conduit à une diminution du rechargement des plages picardes en sédiments.

     C'est en partie pourquoi aujourd'hui, cette dynamique d'aménagement du littoral est fortement controversée.

 

 

   jetée du Treport  

            Carte exposant la relation entre élément de rupture du transit sédimentaire et limite des sous-systèmes hydro-sédimentaires                        

Types d'ouvrages mis en place

     Face à l'avancée de la mer sur les terres émergées et la pression immobilière, les Hommes ont tout d'abord cherché à gagner à leur tour des terrains sur le Manche. Cependant la mise en place de polder en Baie de Somme dans l'optique d'augmenter la surface agricole a conduit à un reprofilage de la côte. Ainsi en plus de bloquer l'intrusion marine dans certaines zones, l'hydrodynamisme a été modifié instaurant un processus d'ensablement de l'estuaire et créant une zone d'érosion au nord de la baie. Il en est de même avec la digue submersible du Cap Hornu qui en voulant protéger le chenal menant au port de St Valéry a mené au comblement de la partie ouest de l'estuaire de la Somme.

     Compte-tenu du rôle majeur de la façade normano-picarde en termes d'échanges maritimes, de nombreuses jetées ont été édifiées pour protéger les infrastructures portuaires. Cependant comme expliqué précédemment, ces ouvrages bloquent le transport des sédiments par les courants le long des côtes et par la création de "stocks morts" diminuent drastiquement les apports de sédiments aux plages plus septentrionales.

     Afin de limiter l'érosion des plages, plusieurs techniques ont été employées. Parmi elles la plus courante est l'implantation d'épis de type plongeant. Dans les Bas-Champs du Vimeu, 35 épis s'étirent tous les 90 m sur 80 m de long afin de casser les courants parallèles à la côte a cet endroit et érodant la plage.  

                Epis entre Ault et Cayeux-sur-mer

Perspectives

     La constatation des effets découlant de ce mode de management des côtes, aussi bien sur le plan physique qu'économique, pousse actuellement à une réflexion sur les moyens de pallier le recul du trait de côte.En effet, comme démontré il est apparu que les ouvrages rigides mis en place avaient un effet plus perturbateur vis-à-vis de la circulation marine des sédiments que correcteur de l'érosion. Les pouvoirs publiques s'orientent aujourd'hui vers la mise en place de méthodes plus souples pour gérer la défense côtière face au grignotage de la mer sur les terres.

    Communément utilisé depuis une trentaine d'années outre-atlantique, le rechargement des plages possède l'avantage d'être peu coûteux mais aussi environnementalement peu impactant. Cette technique s'appuie sur la reconstitution du stock sédimentaire d'une plage par un apport exogène. Ceci est particulièrement intéressant au niveau des Bas-Champs du Vimeu puisque les sédiments peuvent être importés facilement depuis le Nord de la flèche de Cayeux où l'ensablement est important et les matériaux de granulométrie et composition similaires à ceux déjà en place sur la côte. Cependant ce procédé nécessite à la fois une très bonne connaissance du système morphogénique littoral mais aussi implique un entretien du stock de sédiments. Il a été estimé qu'environ 15 % de l'apport initial en matériaux doit être renouvelé chaque année (STCPMVN, 1993).

   Si aucune solution miracle n'existe aujourd'hui, la meilleure compréhension des phénomènes de transit sédimentaire en milieu marin ainsi que la prise en compte de l'environnement ont contribué depuis quelques années à un changement progressif des modalités de gestion du littoral normano-picard.


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1. Etat des lieux

1.3. Les paramètres influençant

1.3.1. L'impact des aménagements                        1.3.2. Les influences du milieu environnant