Discussion et conclusion sur la réalisation du Bilan Carbone®

Dans cette partie nous discutons des résultats obtenus. 

Dans un premier temps, rappelons les limites fixées pour la réalisation du Bilan Carbone®. Ce dernier est effectué pour un puits afin de comparer le procédé d'extraction de gaz de schiste avec celui de l'extraction de gaz conventionnel pour une surface d'exploitation de 1ha et pour une même production de 60 millions de m3 de gaz naturel. Nous avons également réalisé le Bilan sur une période de 25 ans, période considérée comme étant commune aux deux types d'extraction car il n'était pas judicieux de comparer les émissions sur une période courte étant donné que 65% du gaz produit à partir d'un puits de gaz de schiste est extrait au bout d'un an d'exploitation tandis que la production annuelle de gaz conventionnelle est plus ou moins constante et s'élève à 2,6% de la production totale de façon continue pendant 25 à 50 ans.

De plus, les étapes considérées sont du commencement de la préparation du site à l'extraction du dernier litre de gaz. Nous n'avons cependant pas pris en compte les étapes de démantèlement du site c'est-à-dire sa fermeture et sa réhabilitation car ces étapes n'étaient pas considérées dans notre étude générale. A cause d'un manque de certaines données, nous n'avons pas pris en compte non plus l'étape du traitement du gaz.

Le fait de réaliser le Bilan Carbone® sur un seul puits n'est pas représentatif du procédé d'extraction de gaz de schiste d'une plateforme typique que l'on pourrait trouver par exemple aux Etats-Unis. En effet, sur une plateforme, les quantités de gaz à effet de serre émises ne seront pas multipliées par le nombre de puits étant donné que les flux seraient modifiés. Par exemple, certains matériaux, machines et équipements resteront sur le site car les puits sont forés les uns après les autres. 

Le fait de ne pas prendre en compte certaines étapes entraîne un inventaire relativement moins important en termes de quantité et par conséquent les quantités de gaz à effet de serre produites par le procédé sont également moins importantes. Plusieurs paramètres n'ont également pas été considérés pour la réalisation de notre inventaire comme le fait que les seuls déchets évalués sont les boues de forage, l'eau de reflux ainsi que les émissions fugitives de gaz. Nous n'avons pas étudié les emballages secondaires ni le devenir de ces boues ou des déchets végétaux retirés lors de la préparation du site. 
De plus nous avons négligé des flux tels que les flux de ravitaillement de la citerne de gazole ou du réservoir d'eau claire. Ceux des explosifs l'ont également été du fait de leur faible masse. 
Enfin nous n'avons pas non plus évalué les émissions de gaz à effet de serre produites par la construction de l'usine de traitement de l'eau, ce qui entraînerait la considération de nouveaux flux de camions pour apporter les matériaux, équipement et engins de construction nécessaires à cette étape.

Nous avons fait l'hypothèse que toutes les machines, engins et véhicules fonctionnaient avec du gazole et que nous amenions des groupes électrogènes sur le site afin de produire de l'électricité nécessaire au fonctionnement de certaines machines. Toutefois, il se peut qu'en réalité certaines machines ou véhicules fonctionnent avec de l'essence et non du gazole et qu'il serait possible d'utiliser l'électricité en se connectant au réseau le plus proche. Cela modifierait donc le Bilan.

Avec le Bilan Carbone® que nous avons obtenu, on constate que le poste le plus émetteur de gaz à effet de serre correspond aux fuites de gaz. Et en tenant compte des barres d'erreur on constate qu'il n'y a pas de différence entre les Bilans réalisés pour les deux types d'extraction de gaz naturel.
Par conséquent, on pourrait considérer que le procédé d'extraction de gaz de schiste serait aussi impactant sur l'environnement que le procédé d'extraction de gaz conventionnel.

Cependant, d'après les différentes remarques énoncées précédemment et d'après la définition du Bilan Carbone®, on ne peut pas conclure sur l'importance relative des impacts engendrés par le procédé d'extraction de gaz de schiste sur l'environnement comparé à celui du gaz conventionnel. En effet, le Bilan Carbone® est une méthode monocritère, c'est-à-dire qu'elle ne cible qu'un seul impact environnemental qu'est le changement climatique. Cette méthode ne prend pas en considération les problèmes liés aux quantités relativement importantes d'eau utilisée au cours de la fracturation hydraulique au regard des ressources naturelles en eau, ni l'utilisation de produits chimiques toxiques mélangés aux liquides de forage et de fracturation pouvant causer des impacts potentiels sur la santé humaine, les ressources et la qualité des écosystèmes. Il semble que la fracturation hydraulique n'ait pas d'impact significatif au regard des seuls résultats obtenus avec le Bilan Carbone® ainsi effectué, puisque nous avons conclu que les émissions des deux procédés ne paraissent pas différentes de façon éloquente. 

De plus, nous n'avons pas réalisé d'analyse économique pour connaître l'investissement nécessaire à la production de gaz de schiste. La viabilité économique dépend du cours du gaz.

Une Analyse de Cycle de Vie (ACV) permet d'évaluer les impacts environnementaux potentiels d'un produit, d'un service ou d'un procédé le long de son cycle de vie. A la différence du Bilan Carbone® qui est un sous ensemble de l'ACV, il s'agit d'une méthode multicritères car elle évalue plusieurs impacts. Nous avons tenté de réaliser une ACV sur le procédé d'extraction de gaz de schiste, afin de pouvoir constater des différences ou similitudes avec le Bilan Carbone®​ réalisé. Cependant, le temps accordé à la réalisation de notre projet ne nous a pas permis de développer cette démarche et de réaliser une ACV comparative entre les deux procédés d'extraction. Les seuls résultats pour l'ACV du procédé d'extraction de gaz de schiste sont donc montrés ici.

La méthodologie de réalisation de l'ACV est la même que pour le Bilan Carbone®, l'inventaire effectué est utilisé à nouveau. La méthodologie de réalisation de l'ACV est similaire. Etant une étude complémentaire à notre étude primaire qu'est le Bilan Carbone®, nous ne détaillerons pas la démarche. Nous avons appliqué la démarche explicitée par l'ADEME en 2005 sur "Introduction à l'Analyse de Cycle de Vie (ACV)".

Afin de réaliser l'ACV, le logiciel SIMAPRO®​ est usité. Les données de l'inventaire sont entrées dans le logiciel. La méthode d'analyse utilisée est la méthode IMPACT 2002+. C'est une méthode end-point permettant d'obtenir des indicateurs de dommages ptoentiels et faisant intervenir l'évaluation des effets du procédé sur plusieurs impacts environnementaux et sur la santé humaine : effet carcinogène ou non, effet sur la respiration inorganique, effet sur les radiations ionisantes, effet sur la couche d'ozone, effet sur l'écotoxicité aquatique et terrestre, effet sur l'occupation des terres, effet sur l'acidification des milieux, effet sur l'eutrophisation aquatique, effet sur le réchauffement climatique, effet sur l'extraction minérale.

Le résultat du graphique présentant le poids de chaque impact pour les 4 postes de procédé pris en compte est présenté par la figure 1 :

Légende :
Preparation = préparation du site
Drilling = forage
Fracking = fracturation hydraulique
Production = production de gaz

Figure 1 : Graphique présentant le poids de chaque impact pris en compte par la méthode IMPACT 2002+ sur les 4 étapes du procédé d'extraction de gaz de schiste (résultat obtenu avec SIMAPRO®​)

Au vue de ce graphique, il semble que l'étape de préparation du site est celle regroupant le plus d'impacts sur l'environnement et celle la plus impactante. De plus, l'impact le plus marqué sur lequel le procédé d'extraction de gaz de schiste joue est l'émission de gaz à effet de serre, en bleu clair sur le graphique de la figure 1. Ceci confirme les résultats du Bilan Carbone® et est une justification supplémentaire relative à l'importance de l'impact des émissions de gaz à effet de serre par le procédé, justifiant une fois de plus l'utilisation du Bilan Carbone®. Il semble alors qu'afin de réduire ces impacts, il faille agir sur les émissions de gaz à effet de serre, et plus précisément sur les fuites de gaz à nouveau. Or, nous avons conclu plus haut que cela était un levier sur lequel il est difficile d'agir.

Néanmoins, cette méthode de l'ACV n'est intéressante que si elle est comparative, et si les résultats sont couplés avec une volonté d'optimiser le procédé étudié. Enfin, la méthode Impact 2002+ permet de faciliter la compréhension et l'utilisation des résultats car le nombre d'indicateurs est moins important mais la robustesse des résultats est alors moindre également.