Impacts de la neige artificielle sur l’hydrosystème

Introduction

De nos jours, les stations de ski ayant recours aux usines de production de neige artificielle se multiplient. Cette neige de culture permet de fournir une hauteur de neige suffisante pour la pratique des sports d’hivers. Dans les Alpes, l’enneigement artificiel s’est surtout développé au début des années 80 à la suite d'épisodes de faible enneigement et qui ont été attribués au phénomène de réchauffement climatique. La neige de culture soulève aujourd'hui la polémique avec d'un côté les associations de protection de l’environnement qui attirent l'attention sur les impacts environnementaux associés à l'emploi de la neige artificielle et de l’autre, les gestionnaires des stations et les acteurs concernés par la stimulation des activités socio-économiques de la région.

La neige artificielle peut avoir des impacts nocifs pour le milieu montagnard notamment en ce qui concerne l’hydrosystème. Dans les Alpes, l’enneigement artificiel est surtout pratiqué durant une période relativement courte entre fin novembre et début décembre avec un taux d'environ 50% de l’enneigement annuel. Le reste est réparti durant les mois de janvier et février. Cette section est consacrée à l'identification et à l'analyse des différents impacts de l'utilisation de la neige artificielle au niveau de la station de Puy Saint-Vincent et sur le fonctionnement du système hydrologique de la région.

Problématiques associées à la production de la neige artificielle

  • Cadre juridique concernant la production de neige artificielle en France

Il n’y a pas de réglementation propre à l’aménagement d’usines pour la production de neige artificielle. Dans ces conditions ce sont les lois générales qui s'appliquent, notamment  les dispositions relatives à la police des eaux, celles relatives à la police des Installations Classées (IC) ainsi que les codes d’urbanisme (LE SERVICE D'ÉTUDES ET D'AMÉNAGEMENT DE LA MONTAGNE, 1995).

  • Problématique hydrique de la production de neige artificielle

Le rapport de synthèse de la Commission Internationale pour la Protection des Alpes (CIPRA) sur ‘l’enneigement artificiel dans l’Arc Alpin’ décrit les impacts que pourraient avoir la production et l'emploi de la neige artificielle au niveau des Alpes sur les ressources présentes dans le milieu montagnard et en particulier sur les ressources hydriques. Pour compenser le manque d’épaisseur de neige, de grands volumes d’eau sont nécessaires. Les stations prélèvent l’eau pour la production de neige artificielle soit à partir de réseaux en eaux superficielles et souterraines, soit à partir des réseaux de distribution d’eau potable ou, parfois, à partir d'aménagements hydroélectriques.

En ce qui concerne la station de Puy Saint-Vincent, l’eau est prélevée dans une retenue d’altitude. Une nouvelle retenue est envisagée dans le cadre de ce projet dans l’hypothèse de l’agrandissement du domaine skiable et du parc touristique. Le choix de cette nouvelle source présente deux intérêts majeurs : la disponibilité relativement importante de l'eau dans la retenue permet d'une part de produire de la neige, d'autre part de produire de l'eau potable dans une période où la demande est maximale. La production de neige à partir de l'eau issue de la retenue permet également d'éviter les prélèvements dans le réseau d’eau potable (Badré et al, 2009). Les prélèvements directs risquent en effet d'engendrer des impacts environnementaux sur la ressource notamment au cours des périodes d'étiage et les prélèvements sur le réseau d'eau potable risquent d'augmenter la pression sur les ouvrages de stockage et sur les réseaux hydrauliques. Ces risques sont d'autant plus marqués durant les périodes où les prélèvements sont importants qui correspondent souvent à des périodes de forte activité dans la station.

Les volumes d'eau nécessaires à la production de neige artificielle sont relativement importants : 1 mètre cube d’eau permet de produire en moyenne 2,5 mètres cube de neige. L’enneigement de base correspond à une hauteur de neige de 30 centimètres. Par conséquent, l'enneigement d'un hectare nécessite un volume d'eau d'environ 1000 mètres cube. Ces volumes nécessaires peuvent être largement dépassés au cours des épisodes de climat doux et pourraient à long terme augmenter avec le réchauffement climatique

  • Problématique énergétique de la production de neige artificielle

Au-delà des besoins croissants en eau, la production de neige artificielle est un processus fortement consommateur d’énergie. Cette consommation d'énergie comprend d'une part l'énergie nécessaire au pompage de l’eau à partir de la source et son acheminement jusqu’à l’usine, d'autre part l'énergie nécessaire au procédé de production. Selon l'enquête réalisée par le service d’Etude et d’Aménagement touristique de la montagne en 2002, les besoins énergétiques annuels s'élèveraient à 25 426 kWh par hectare de piste enneigée soit l'équivalent de 5 fois la consommation électrique d'un foyer de quatre personnes (Tableau1).

En ce qui concerne la station de Puy Saint-Vincent dont la superficie des pistes couvre 39 ha, les besoins énergétiques s'élèvent à peu près à un million de kWh. Avec les extensions prévues, les pistes vont couvrir une superficie totale de 60 hectares. Les besoins s'élèveraient donc à 534 000 kWh d’énergie en plus, soit l’équivalent de près de 80 fois la consommation annuelle électrique d'un foyer de 4 personnes.

Tableau 1- Consommation hydrique et électrique annuelle pour les besoins de l’enneigement artificiel dans les alpes en allemagne (SEAT, 2009)