Impacts sur la faune, la flore et sur les milieux fragiles

Que ce soit en plaine ou milieu montagnard, la construction d'une retenue a des impacts sur le milieu environnant. 

Impacts pour la faune et la flore environnants

Le fond de la retenue peut se retrouver en conditions anoxiques, c'est-à-dire que le milieu ne contient plus d'oxygène. Des bactéries anaérobies vont alors se développer et capter l'oxygène des nitrates apportés par ruissellement ou naturellement présents dans l'eau comme dans un contexte géologique contenant du gypse (voir contexte géologique et qualité de l'eau). Il y aura alors formation de nitrites, voir d'ammoniac gazeux dans le pire des cas.Ce dernier est toxique pour la faune et la flore, et on pourrait alors assister à un grave dépeuplement du périmètre. Le composition du géotextile utilisé pour assurer l'étanchéité de la retenue est également à prendre en compte. Des aléas naturels comme le gel ou la chute de pierre peuvent endommager le textile et causer une pollution du sol. 

Impacts paysagers

Lorsque la retenue est construite à flanc de montagne, elle change radicalement la paysage ainsi qu'une modification du régime hydrique local. Cet aspect est aujourd'hui à prendre en compte dans une société où le retour à la nature est prôné. Les retenues construites sur des terrains plats se fondent davantage dans le paysage, à condition qu'elles ne soient pas construites sur des zones humides (Peyras et al., 2009).

Impacts en cas de rupture

Certaines retenues sont construites en amont de zone d'habitation, elles constituent alors une menace réelle en cas de rupture. Ces risques peuvent être estimés avec une étude préalable des risques (voir l'étude des aléas naturels et l'étude en cas de rupture de la nouvelle retenue).

Impacts sur des zones particulières: les zones humides

D'après le code de l'environnement, une zone humide peut être définie comme des "terrains, exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d'eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire; la végétation, quand elle y existe, y est dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l'année" (voir article L.211-1 du Code de l'environnement). Ces conditions si particulières sont propices au développement d’espèces végétales adaptées que l’on ne trouve nulle part ailleurs, ainsi qu’à la présence d’une faune riche, diversifiée et caractéristique. Elles sont donc considérées comme des zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique de type 1 (ZNIEFF type 1), entrant dans la définition de « des secteurs de superficie en général limitée, caractérisés par la présence d’espèces, d’associations d’espèces ou de milieux rares, remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel national ou régional. » 

Figure1- photo d'une zone humide de montagne au bas d'un versant dans les Alpes de Haute Provence. (Source: la revue de l'Irstea) 

Les zones humides sont des zones très particulières avec un fonctionnement propre. Ce sont des milieux extrêmement fragiles, et la modification de leur milieu environnant peut entraîner leur disparition. Elles ont un rôle important dans la régulation des eaux du surface et souterraines en agissant comme des éponges. Elles stockent temporairement les eaux et permettent dans certains cas de limiter les crues. L'eau stockée peut également favoriser la recharge des eaux souterraines. Jouant le rôle de filtre, elles participe au maintient de la bonne qualité de l'eau (Peyras, et al., 2009). Quelques fonctions des zones humides sont résumées dans ce tableau: (Barnaud, G, et al, 2011). 

  • Fonctions pédologiques: elles participent à la rétention des sédiments et à l'accumulation de matière organique. Ces processus favorisent la formation des sols et à la régulation de l'érosion, particulièrement importante en milieu montagnard comme nous avons pu le voir précédemment.
  • Fonctions hydrologiques: elles ralentissent et peuvent constituer des réservoirs de stockage des eaux à plus ou moins long terme. Cette eau sera notamment utilisée lors de l'été en fonction des besoins, participant à la recharge des nappes et au soutien des étiages.. Cette particularité leur permet de réguler les crues, certes rares en montagne, mais également les laves torrentielles représentant cette fois un risque non négligeable. 
  • Fonctions biogéochimiques:  nombreuses et variées, elles assurent un maintient de la qualité de l'eau.
    • elles permettent le stockage et la transformation des nutriments, notamment le phosphore et l'azote.
    • elles piègent de nombreuses éléments comme les matières en suspension des cours d'eau les traversant, limitant ainsi la turbidité qui peut être un problème pour certaines espèces aquatiques présentes en aval. De la même façon, les zones humides retiennent les micropolluants ou pesticides qui peuvent être présents dans l'eau en aval de la retenue. La revégétalisation artificielle des pistes de ski qui est parfois une solution envisagée pour réduire l'érosion, mais aussi le fonctionnement des canons  neige peut entraîner le lessivage des produis chimiques. 
  • Fonctions liées à la biodiversité: elles permettent d'apporter un habitat pour de nombreuses espèces et communautés différentes. Du fait de leur forte teneur en nutriments et de la ressource en eau abondante, de nombreuses espèces végétales peuvent s'y développer, entraînant à leur tour un grand nombre d'insectes pollinisateurs ou pas. 
  • Fonction climatique: elles constituent des zones naturelles de stockage de carbone en le piégeant, jouant ainsi un rôle dans la régulation des processus de relargage de carbone actuels. 

Sites potentiels de construction sur le domaine skiable de Puy-Saint-Vincent

Sur la carte suivante, l'emplacement de deux zones humides potentielles ont été mis en évidence par observation d'images aériennes mais également grâce à des témoignages. 

Figure 2- emplacement de potentielles zones humides. (Source: Google Earth)

Le choix du site 1 ou du site 2 pour la construction de la nouvelle retenue collinaire entraînera la destruction pure et simple des zones humides présentes. Le site 3, quant à lui, n'est pas placé sur une zone fragile, mais juste au-dessus. Sa position surplombante peut-être également la cause de dommages sur les zones humides situées en-dessous. Lors de la construction et des travaux de terrassement, le dépôt de particules fines peut être responsable d'un comblement progressif de la zone située en aval. Le passage d'engins de chantier, ainsi que la surcharge locale créée par le stockage de milliers de mètres cube d'eau peuvent entraîner des mouvements de terrains qui pourraient alors recouvrir les zones. De plus, tout l'eau superficielle issue du ruissellement sur ce relief qui alimentait jusqu'alors les zones humides serait interceptée dans la retenue, provoquant leur assèchement progressif puis leur disparition. Dans les cas où des fertilisants sont utilisés pour revégétaliser les sites construits, il peut y avoir contamination par ruissellement causant une accumulation de nutriments dans les zones humides qui sont des zones naturelles de stockage, entraînant l'eutrophisation puis l'asphyxie progressive du milieu (Evette, et al., 2011). 

Les zones humides sont souvent des lieux choisis pour la construction de retenue du fait de leurs caractéristiques naturelles favorables: elles sont placées sur un replat et les conditions imperméables naturelles du sol permettent de retenir l'eau. Mais la confrontation de plusieurs enjeux économiques et écologiques donne souvent lieu à des désaccords, voire même des affrontements dans certains cas. Nous retiendrons les exemples de la construction du barrage de Sivens ainsi que de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes