Analyse de l'état initial

 

1. Acoustique

L'étude de l'état initial au niveau de l'acoustique se divise en plusieurs étapes. Tout d'abord, il est nécessaire d'analyser les trois composantes du bruit :

  • La biophonie (bruit des organismes biologiques tels que les cétacés, les malacostracées, etc.)
  • La géophonie (bruits naturels tels que la pluie et les vagues)
  • L'anthropophonie (le bruit des activités humaines en place)

On utilise ensuite des enregistreurs acoustiques, qui sont des appareils permettant de mesurer le niveau sonore d'un milieu en fonction de la composante de pression de ce dernier, exprimé en décibels.

En effet, le décibel est une unité de grandeur sans dimension exprimant le rapport des puissances entre la grandeur mesurée et une valeur de référence fixée par une norme.
Ici, l'acoustique utilise le décibel pour comparer les différentes pressions acoustiques avec le niveau de référence. Dans l'air, ce dernier est de 20mPa alors que dans l'eau, la pression acoustique de référence est de 1µPa. Il n'est donc pas possible de comparer directement une mesure acoustique faite dans l'air et une autre faite dans l'eau.

Les niveaux de bruit varient énormément, entre autres à cause des activités humaines faisant varier la composante anthropophonique (passage des bâteaux).

Il ne nous a pas été possible d'avoir les données concernant le passage du Fromveur, ces dernières étant confidentielles au moins jusqu'au 21 Avril 2014. Il est cependant à noter que ce paramètre est relativement important, et qu'il faut le prendre en compte dans l'analyse des effets du projet.

Ces informations ont été recueillies après un entretien téléphonique avec le bureau d'études Quiet Ocean, représenté par Thomas FOLEGOT.

2. Mammifères marins

Des mammifères marins sont présents sur le site et répertoriés dans le tableau ci-dessous. Les données ont été obtenues via l'INPN (INPN, 2012) pour la liste des espèces présentes.

L'arrêté du 27 juillet 1995 (NOR: ENVN9540263A, LegiFrance, 2014) fixe la liste des mammifères marins protégés sur le territoire national.

  Nom de l'espèce Nom vernaculaire Statut dans la mer d'Iroise (2012) Protégé
Cétacés Balaenoptera acutorostrata (Lacépède, 1804) Baleine de Minke, Rorqual à museau pointu, Petit Rorqual Présent Oui
Balaenoptera physalus (Linnaeus, 1758) Rorqual commun Présent Oui
Delphinus delphis (Linnaeus, 1758) Dauphin commun à bec court, Dauphin commun Présent Oui
Globicephala melas (Traill, 1809) Globicéphale noir Présent Oui
Grampus griseus (G. Cuvier, 1812) Dauphin de Risso, Grampus Présent Oui
Tursiops truncatus (Montagu, 1821) Grand dauphin commun Présent Oui
Autres Halichoerus grypus (Fabricius, 1791) Phoque gris Présent Oui
Phocoena phocoena (Linnaeus, 1758) Marsouin commun Présent

Non

Liste des mammifères marins protégés présents dans la mer d'Iroise 
(INPN, 2012)

 

Cependant, excepté le cas du phoque gris, aucun cétacé ne circule dans le passage du Fromveur. En effet, leur fréquence d'apparition est de 0 dans cette zone. Elle est cependant non nulle pour tout le reste de la mer d'Iroise. (MERiFIC, 2012)

3.  Oiseaux

Données obtenues sur l'INPN, pour les oiseaux présents dans la directive Oiseaux de Natura 2000 sur la zone Ouessant-Molène.
Nous n'avons ici considéré que les oiseaux pouvant plonger à des profondeurs élevés. En effet, il n'est pas nécessaire d'étudier dans l'analyse de l'état initial les oiseaux sur lesquels il ne pourra de toutes façons pas y avoir d'impact, étant donné que les hydroliennes sont entièrement sous-marines.
Les espèces mentionnées à l'annexe I font l'objet de mesures de conservation spéciale concernant leur habitat, afin d'assurer leur survie et leur reproduction dans leur aire de distribution.

- Gavia Stellata | Plongeon Catmarin. (plonge à 60m)

Autres - Oiseaux migrateurs

- Uria Aalge | Guillemot de Troïl.(plonge à 60m, peut descendre à 150m)
- Puffinus (Puffinus, Griseus) | Macareux moine. (plonge à 50m)

- Alca Torda | Petit pingouin. (plonge à 40m, peut descendre à 130m)
- Fulmarus Glacialis | Fulmar Boréal. (plonge à 10m)
- Phalacrocolax Aristotelis | Cormoran huppé. (plonge à 35m, peut descendre jusqu'à 60)
- Phalacrocorax Carbo | Grand Cormoran. (plonge à 15m, peut descendre à 30m)
- Morus bassanus | Fou de bassan. (plonge à 20m, peut descendre jusqu'à 40m)

Ces oiseaux ne sont pas concernés par une protection spéciale et sont, de plus, migrateurs.

4. Faune & Flore benthique

Toutes les données de cette partie sont tirées des relevés benthiques de 2009 du réseau Rebent, concernant les sites Gorlé Vihan et Ar Forc'h Vihan.

Tout d'abord, on définit les niveaux d'étagement que l'on va utiliser par la suite (Rebent, 2009) : Dans le cas des milieux océaniques, l’étagement des peuplements a été défini comme suit.

  • Etage supralittoral (zone des embruns marins). On y trouve du lichen, par exemple.
  • Etage médiolittoral (zone de balancement des marées/estran). Les espèces prédominantes sont les mollusques et crustacés.
  • Etage infralittoral (zone continuellement immergée)
    • Niveau 1 = Ceinture de Laminaria digitata. Niveau "facultatif"
    • Niveau 2 = ceinture à laminaires denses
    • Niveau 3 = ceintures à laminaires clairsemées
  • Etage circalittoral
    • Niveau 4 = horizon circalittoral côtier
    • Niveau 5 = horizon circalittoral du large
    • Animaux fixés

On rappelle que les profondeurs, lors des études, sont rapportées au zéro des cartes marines françaises (niveau des plus basses mers de vive eau théorique d’un coefficient de 120). Dans la zone étudiée, les profondeurs par niveau sont définies comme suit:


Typologie des niveaux d'étagement
(Rebent, 2009)

Deux zones sont étudiées, l'une à l'ouest et l'autre à l'est de l'île d'Ouessant. Nous avons rapporté les données obtenues à une seule zone globale d'Ouessant. On s'intéresse tout d'abord à l'abondance des individus de la flore benthique.
L'abondance relative est définie comme étant le nombre d'individus d'une espèce donnée par unité de volume par rapport au nombre total d'individus de toutes espèces confondues.


Abondance relative des espèces de la faune benthique
(Rebent, 2009)

Pour définir la faune benthique, nous n'utilisons plus la notion d'abondance relative mais celle de statut de présence, qui sont définis par différentes lettres: Très Abondant (AA), Abondant (A), Commun (C), Présent (P), Rare (R).


Taux de présence des espèces benthiques dans la mer d'Iroise
(Rebent, 2009)

Parmi toutes les espèces benthiques répertoriées sur le site étudié, aucune n'est inclue dans les différents arrêtés définissant les espèces protégées (19 Juillet 1988, 8 Décembre 1988, 20 Décembre 2004).

5. Qualité physico-chimique des eaux

Pour la qualité physico-chimique des eaux, nous nous sommes basés sur les informations fournies par l'agence de l'eau Loire-Bretagne concernant la qualité des eaux de la mer d'Iroise, au large.


Qualité physico-chimique des eaux de la mer d'Iroise
(Agence de l'eau, 2013)

L'état écologique est estimé sur une échelle allant de 1 à 5 (1 signifiant très bon état et 5 mauvais état). Pour pouvoir le noter de manière juste, on compare l'état de la zone étudiée avec des conditions de référence, ici des masses d'eaux côtières et de transition, qui sont les conditions représentatives pour ces masses d'eau pas ou très peu influencées par l'activité humaine. Nous sommes ici dans un milieu en bon état. Pour mieux comprendre ce que cela signifie, voici les critères qui rentrent en considération dans ce calcul :

  • les facteurs biologiques : caractéristiques du phytoplancton, de la flore aquatique et de la faune benthique.
  • les facteurs hydromorphologiques : bathymétrie, conditions du substrat, régime des marées.
  • les facteurs physico-chimiques : turbidité, température, oxygène, salinité, nutriments.

L'état chimique est évalué de manière binaire : Un 2 signifie bon état, tandis qu'un 3 signifie que le "bon état" n'a pas encore été atteint.
On cherche notamment à quantifier les éléments suivants:

  • Taux d'hydrocarbures arômatiques polycycliques
  • Occurrence des pesticides dans les eaux
  • Pourcentage de métaux lourds, tels que le mercure et le Cadmium notamment. Des analyses isotopiques sont réalisées pour obtenir des données plus précises.
  • Présence de trichlorobenzène
  • Autres polluants (DDT, tétrachlorure de carbone, etc.)

Ces descripteurs définissent l'état chimique d'une masse d'eau au regard du respect des normes de qualité environnementales (NQE) au travers de valeurs seuils. Au total, on décompte 41 substances qui sont contrôlées, dont 8 sont dites dangereuses et 33 prioritaires.

En ce qui concerne les différents risques, la classification "respect" signifie que, pour l'instant, tous ces paramètres sont respectés et qu'il n'y a aucun risque de suspecté sur ces derniers. Nous sommes donc en tous points sur des eaux de bonne qualité.

6. Halieutique

De nombreuses espèces de poissons sont présentes au sein de la mer d'Iroise, mais seulement quelques unes d'entre elles présentent un intérêt halieutique au sein du passage du Fromveur. Nous avons établi une liste extraite de l'INPN décrivant les différentes espèces présentes au sein de la mer d'Iroise, en ôtant les espèces n'ayant pas été aperçues depuis plus de vingt ans et en gardant celles qui ont un intérêt notoire pour la conservation de la biodiversité et les activités humaines.


Liste des principales espèces présentes dans la mer d'Iroise
(INPN, 2012)

Les espèces surlignées dans le tableau ci-dessus sont celles dont une diminution de l'effectif aurait un impact plus ou moins important sur la biodiversité et les activités humaines (MERiFIC, 21012).

Les zones oxygénées et à fort courant sont propices à la présence du bar commun. Cette espèce a une importance économique majeure pour des communautés de pêcheurs côtiers et insulaires très dépendantes de ces zones.
Après des campagnes de suivi effectuées en commun par l'Ifremer et le Parc Naturel Marin d'Iroise, il s'avère que la mer d'Iroise n'est pas seulement une zone de transit pour les espèces adultes, mais également une aire de nourrissage. Un phénomène de "homing" est constaté et avéré chez le bar autour de l'île d'Ouessant après sa migration hivernale.

Ces résultats concernant le bar commun sont à modérer, étant donné que la majorité des pêcheurs ciblant le bar exploitent des zones extérieures au passage du Fromveur (la chaussée de Keller, la chaussée de Sein et l'ouest de l'île d'Ouessant).

En ce qui concerne la langouste commune, le passage du Fromveur représente l'un des derniers refuges pour cette espèce dont l'effectif est en nette diminution depuis plusieurs diminutions. On peut d'ailleurs remarquer que l'INPN l'a observée pour la dernière fois en 1991.
La production annuelle est passée de 850 tonnes en 1950 à 150 tonnes aujourd'hui, soit presque 6 fois moins.
Encore une fois, ces résultats doivent être considérés dans leur ensemble : selon le comité de pêche du Finistère, le passage du Fromveur est très peu exploité par les ligneurs professionels.

Enfin, le homard européen est une espèce qui affectionne tout particulièrement les fonds rocheux naturels, comme ceux naturellement présents au sein du passage du Fromveur. Ce crustacé est pêché au niveau du plateau molénais et aux alentours de l'île d'Ouessant. Cette espèce est cependant relativement abondante.

(MERiFIC, 2012)