Critiques

 

Bien que très séduisant au premier abord, parce que permettant de concentrer les plastiques en des points localisés, et n'utilisant pas de filet, ce qui limite l'impact sur la vie aquatique, ce projet est relativement contestable, et ce pour plusieurs raisons.

  • Tout d'abord, et nous l'avons vu au cours de notre étude, de telles machines représentent un investissement financier important. Au vu des recettes possibles, la rentabilité est négative.

 

  • Ensuite, cet investissement ne garantit pas que les arrays pourront se maintenir pendant cinq années complètes au beau milieu de l'océan, enclin à d'importantes perturbations climatiques comme des tempêtes. Peut-on être sûrs que le vent ou les vagues n'endommageront pas les barrages, en particulier les bras périphériques, étant données leurs dimensions?

 

  • Le point suivant est une considération technique. Les machines devrons être fixées à une profondeur d'environ 4000 mètres (au niveau du fond océanique). Cela ne s'est encore jamais fait. Même si cela était possible, le coût serait colossal. On parle déjà d'ancrage ultra-profond à une profondeur de 1500m. Les puits de pétrole ancrés de 1000 à 2500m de profondeur représentent moins de 3% de ceux existants actuellement, et on n'a réussi à atteindre cette profondeur de 2500m que très récemment, en 2006. Les efforts techniques sont encore à développer pour permettre l'ancrage des arrays à une profondeur égale au double de ce que l'on est actuellement capable de faire.

 

  • De plus, un ancrage à une telle profondeur ne permettra peut-être pas d'empêcher les arrays de tourner sur eux-même selon l'orientation du courant. Or, si un array se trouve positionné dans le sens du courant, il n'a plus aucune utilité pour la collecte du plastique. Il faudrait en plus prévoir un système de surveillance et/ou repositionnement pour remédier à ce problème, ce qui augmente encore les coûts.

 

  • Le but principal du projet est de "nettoyer" les océans du plastique qu'ils contiennent au sein des gyres. Mais les barrages flottants ne permettraient de traiter que le sommet de l'iceberg. Tout le plastique plus dense qui se trouve jusqu'à une profondeur de 30 mètres (image ci-dessus) ne sera pas extractible par cette méthode, et a pourtant également un impact sur la biodiversité. De plus, après les 5 années que durera le projet, des plastiques en provenance de la terre continueront à se concentrer au niveau des gyres. Le problème de la pollution plastique doit parallèlement être traitée à la source, par le comportement des consommateurs. Peut-être vaudrait-il mieux patienter encore et attendre que les rejets de plastique dans l'eau s'amoindrissent avant de se lancer dans un projet de nettoyage des océans, au risque de devoir recommencer peu de temps après.

                                                 

Coupe du "continent de déchets" (Source: http://ddc.arte.tv/nos-cartes/des-iles-de-dechets)

 

  • Le calcul de rentabilité dépend des bénéfices, et par là même de la quantité de plastique réellement extractible et valorisable. Or, de nombreuses incertitudes demeurent à ce sujet.

 

  • Enfin, on peut se poser la question des espèces protégées qui risqueraient de se retrouver piégées dans les arrays. Le risque est moindre que dans le cas de l'utilisation de filet, mais il n'est pas nul pour autant. Car au regard des dimensions des machines, il ne serait pas improbable qu'une tortue à écaille, ou Eretmochelys imbricata,  se retrouve piégée par exemple. Une fois dans le bac de réception, elle n'aurait aucun moyen d'en sortir. Or, cette espèce est classée "sérieusement menacée" sur la liste rouge de l' UICN, ou Union Internationale pour la Conservation de la Nature.