Critiques et limites de l'ACV

Les données

Les principaux problèmes que nous avons pu rencontrer au cours de notre étude concernent surtout le manque de données, notamment au niveau des inventaires de flux des différents bioplastiques. En effet ceux-ci étant relativement récents, ces données sont souvent confidentielles et peu accessibles à des étudiants. De plus la base de données d'EcoInvent à notre disposition est parfois lacunaire, notamment en ce qui concerne les scénarios de fin de vie et particulièrement le compostage.

La calibration des résultats

Nous avons utilisé, comme document de référence à notre étude, l'ACV d'emballages en plastique de différentes origines (Rapport final, Avril 2007) réalisée par Bio Intelligence Service, en collaboration avec l'ADEME. Nous avions dans un premier temps souhaité nous « calibrer » avec leurs résultats en utilisant la même méthode de calcul d'impacts, c'est à dire CML 2002. Or dans notre version de Simapro, nous ne disposions pas de cette méthode et avons donc eu des difficultés à valider et interpréter nos résultats.

Les hypothèses

  • La fin de vie du PE traditionnel. Dans la filière classique de production de film PE nous avons considéré une fin de vie comportant 45% d'enfouissement. Or dans les années à venir on va assister à une interdiction de cette méthode de traitement, afin de mettre en avant le recyclage. De plus, sous SimaPro, ce scénario de fin de vie est l'un des moins impactant. Or il na correspond pas vraiment à un traitement des déchets et ne prend pas en compte les problèmes liés à l'infiltration et à la pollution des sols et des nappes.
  • Les pré-traitements. Nous n'avons pas pris en compte les pré-traitements des deux voies de revalorisation des plastiques récupérés dans l'océan, à savoir le lavage pour la transformation en diesel, et  le séchage pour l'incinération. Les résultats, en terme d'impact, sont équivalents pour les deux scénarios de revalorisation, on peut donc penser que les pré-traitements seraient déterminant dans le choix de la solution la moins nocive pour l'environnement.
  • La biodégradabilité. Enfin la grosse incertitude porte sur l'hypothèse de la biodégradabilité du PLA dans l’océan. En effet la norme EN 13342 stipule que les plastiques biodégradables doivent se décomposer à 90% en 6 mois, mais dans des conditions de compostage industriel, c'est à dire, entre autre, à des températures supérieures à 60°C. Or des études ont montrées qu'en conditions naturelles (mélange de sable et d'eau de mer), au bout d'un an, seulement 20% du PLA s'est dégradé et la biodégradation semble attendre un plateau. Par ailleurs, modéliser le PLA dans l'océan par du compostage revient à dire que le PLA dans l'océan réagit de la même manière que le PLA classique; hypothèse tout à fait discutable.
  • Le processus d'incinération. La modélisation de l'incinération prend en compte la récupération totale de l'énergie dégagée, ce qui est peu représentatif du fonctionnement réel. En effet dans la réalité, il existe des pertes thermiques plus ou moins importantes. En les prenant en compte, l'impact environnemental de la revalorisation par incinération augmenterait donc.
  • Modélisation de la dégradation du PE dans l'océan. Sous SimaPro nous n'avons pas modéliser les impacts de la dégradation du PE dans l'océan et avons fait l'hypothèse qu'il était récupéré avant de commencer à se dégrader.

La méthode ACV

Les indicateurs environnementaux "mid-point" de la méthode Impact 2002+ étant peu intuitifs,  il est difficile d'analyser les résultats obtenus; même si l'agrégation en catégorie de dommages, en mode "end-point", permet une analyse plus aisée des résultats. Cependant, il est à noter qu'un tel regroupement entraîne une perte d'informations.

D'un point de vue général, l'ACV ne prend pas en compte les questions sociales et économiques. Elle se base uniquement sur des facteurs environnementaux, et donc ne répond pas aux exigences du développement durable. L'analyse des résultats doit donc s'effectuer au regard de cette observation, en gardant en tête que d'autres facteurs, notamment économiques entrent en compte. C'est pourquoi nous avons couplé notre étude de la revalorisation des plastiques récupérés dans l'océan, avec l'étude économique effectuée par le binôme 2. De plus cette méthode présente un problème d'agrégation spatiale. Par exemple le critère du changement climatique a un impact global tandis que celui de l'eutrophisation a lui un  impact local.