Elimination du chrome

 

Déchromatation

 

I. Nécessité de traitement

 

Lors des étapes de tannage, de neutralisation et de finition, du chrome se retrouve dans les effluents. En effet, des sels de chrome (sulfates de chrome trivalent) sont ajoutés aux bains de tannage afin de rendre le cuir imputrescible. Cependant, la quantité ajoutée ne réagit que partiellement avec les peaux lors de ces étapes : 40 à 50% du chrome n'est pas absorbé et est donc rejeté.

Le chrome est un métal de transition utilisé dans de nombreux domaines comme moyen de passivation, composant de peinture, agent catalytique, agent de fixation ou encore conducteur électrique. Il est présent principalement sous deux formes majoritaires : 

- Trivalent (Cr3+, Cr2O3) : forme la plus stable et la plus présente dans l'environnement, insoluble dans la plupart des conditions environnementales. Sa forme ionique est chargée positivement, ce qui favorise sa rétention par les particules du sol chargées négativement. 

- Hexavalent (CrO42-, Cr2O7-, H2CrO4) : deuxième forme la plus stable, beaucoup plus mobile dans l'environnement de part sa force ionique négative, représente un risque majeur puisqu'il est cancérigène.

Bien que seul le chrome trivalent soit utilisé dans l'industrie du cuir, il n'est pas certain que cette forme soit vraiment inoffensive pour l'homme et l'environnement (on sait que son intoxication chronique peut entraîner des altérations du tube gastro-intestinal par exemple). De plus, sous forme solide il peut-être source de rejets de Cr(VI). En effet, le Cr(III) risque de s'oxyder en présence notamment d'oxydes de manganèse présents dans le sol, et d'être relargué dans l'environnement sous forme de Cr(VI), soluble lors de pluies acides par exemple.

Dans les effluents de tannerie, nous avons donc une grande quantité de matières organiques ainsi que de sulfates. Pour les effluents concernés par la présence de chrome et après mélange de ceux-ci, nous avons une concentration de 2000 à 7500 mg/L de DCO et de 25 à 118 mg/L de sulfures, or ces constituants sont réducteurs, ce qui va rendre le potentiel du milieu négatif, et stabiliser ainsi le Cr(III) comme nous le voyons à l'aide du diagramme potentiel-pH ci-dessous: en effet à potentiel négatif, nous ne sommes plus dans les domaines de prédominance des formes HCrO4- ni CrO42-

 

Figure 15 : Diagramme de Pourbaïx du chrome dans l'eau, l'acide perchlorique ou l'hydroxyde de sodium, à 25°C, [Cr3+]=10µm,

 

Au niveau des normes argentines, le rejet à l'égout public est limité à 0,5 mg/L de Cr(VI) et le rejet dans le milieu aquatique à 0,05 mg/L de chrome total. D'après nos estimations, la concentration en chrome total des effluents chromés des différentes étapes varie de 30 à 4000 mg/L (voir tableau caractéristiques des effluents chromés). Il est donc primordial de réduire la quantité de chrome dans ces effluents avant de les rejeter vers une STEP ou dans l'environnement.

 

II. Les moyens de réduction par ingénierie des procédés propres

 

D'après le document européen de référence des meilleures techniques disponibles pour le secteur industriel des tanneries (Best Available Techniques Reference Document for the Tanning of Hides and Skins: BREF), plusieurs techniques sont envisageables afin de réduire les rejets chromés, que ce soit au niveau du procédé de tannage ou par le traitement des effluents spécifiques. Elles sont récapitulées ci-dessous :

1) Optimisation des paramètres de tannage : les paramètres physiques du procédé industriel peuvent être calibrés pour augmenter la proportion d'agent tannant chromé effectivement absorbée par le cuir. Il est possible d'optimiser la quantité de chrome à ajouter (pas d'excès inutile), le pH (autour de 4), la température (50°C à atteindre progressivement), de régler les temps de trempes (courts avec des solutions concentrées en sels de chrome mais suffisamment longs pour permettre la pénétration et la réaction du chrome et du substrat).

- Efficacité : ces optimisations permettent d'atteindre un taux de consommation du chrome de 70 à 80%.

- Inconvénients : ceci n'est applicable que lors de la construction de nouvelles infrastructures car cela demande de nombreuses modifications, notamment la mise en place d'un système de chauffage et d'équipements de contrôle automatiques.

2) Utilisation de tanin spécifique : des produits chimiques spécifiques peuvent être utilisés pour augmenter la capacité de fixation du chrome, en plus de l'optimisation des paramètres physiques. Certains groupes réactifs peuvent être insérés dans les complexes tannants comme des groupes carboxyles pour augmenter la réactivité collagène.

- Efficacité : en combinaison avec les paramètres optimisés, l'on arrive à réduire la concentration en chrome des effluents de tanneries jusqu'à 96%. Le volume est aussi réduit de moitié.

- Inconvénient : avec ce type de pratique, la précipitation du chrome pour sa récupération dans le processus de traitement des effluents est beaucoup plus compliquée et empêche sa précipitation complète. Ainsi, il y a une influence négative des produits sur la qualité des cuirs obtenus. 

3) Recyclage direct : les eaux de tannage et d'essorage des peaux peuvent être partiellement réutilisées dans les étapes de tannage ou de picklage, pendant dix cycles avant d'être rejetées.

- Efficacité : les méthodes de réutilisation directe entraînent une diminution de la charge en chrome de 50% si la réutilisation se fait durant les étapes de tannage et de 60% si elle se fait au niveau du picklage. Il y a donc réduction de l'utilisation de sels de chrome frais, puisqu'une fraction de 20% vient de la récupération des eaux dans le premier cas et 25% dans le deuxième cas.

- Inconvénient : il existe des risques de perte de qualité, de modification de la couleur du cuir obtenu. Les impuretés présentes dans les bains qui vont s'accumuler avec les recyclages doivent être mesurées et contrôlées par un système à intégrer au procédé, pour ne pas atteindre de trop grandes valeurs. Aussi, si le taux d'absorption du chrome est déjà supérieur à 80%, le recyclage n'est pas rentable. Comme l'on ne peut recycler uniquement les bassins principaux de tannage, l'on ne règle pas, avec ces méthodes, le problème du rejet de chrome aux étapes de neutralisation et d'essorage du cuir.

4) Récupération du chrome et recyclage indirect : il est possible de récupérer le chrome des effluents les plus chargés par précipitation et séparation. Cette technique est utilisée depuis 80 ans dans l'industrie du cuir, et est reconnue comme la meilleure technique disponible en Europe. C'est une solution qui a des avantages environnementaux mais aussi économiques puisqu'elle permet la récupération du chrome dans la tannerie ou pour un autre usage. 

- Efficacité : on peut obtenir de 95 à 99,9% de précipitation du chrome. On peut ainsi remplacer au moins 20% du sel de chrome frais par du chrome recyclé par cette méthode. Si une filtration n'est pas nécessaire pour déshydrater les boues, le coût du traitement est abordable bien qu'il nécessite un investissement préalable pour les équipements, notamment d'analyse.

- Inconvénient : comme on ajoute plus de produits chimiques (alcalin, acide), on augmente la concentration en sels neutres dans les solutions. Ceci peut affecter la qualité du cuir obtenu mais dans une moindre proportion qu'avec les techniques de recyclage direct. Aussi, si la solution de chrome de récupération a trop d'impacts négatifs et empêche son recyclage dans la tannerie, elle peut toujours être envoyée vers une autre industrie qui en aurait l'utilité. Si des techniques de recyclage direct ou d'optimisation des tanins sont utilisées, elles ne seront pas compatibles avec la réutilisation du chrome ainsi récupéré.

 

III. Techniques de traitement des effluents chromés

 

Comme nous visons un objectif de zéro rejet en chrome dans le fleuve après traitement des effluents de l'ensemble des tanneries, et pour permettre une récupération de ce métal, nous nous intéresserons à la séparation du chrome dans les rejets en contenant. Comme nous n'avons pas obtenu d'information quant aux procédés utilisés dans les tanneries concernées, nous supposerons, afin de se placer dans le cas le plus limitant, que les techniques d'ingénierie propre n'ont pas été appliquées.

En fait, il existe de nombreux moyens de séparation du chrome d'une solution aqueuse. Parmi les techniques de séparation des ions métalliques toxiques on peut citer l'échange d'ions, l'osmose inverse, l'extraction par solvant, l'adsorption. Certaines études commencent à montrer qu'une digestion enzymatique est même envisageable dans des conditions particulières. Ces techniques émergentes ne sont pas encore utilisées dans le traitement des effluents de tanneries, car non concurrentielles d'un point de vue économique, comparées aux méthodes de traitement physico-chimique de simple précipitation.

Le procédé utilisé est basé sur une chimie assez simple de précipitation mais nécessite néanmoins un contrôle analytique précis et des équipements spéciaux. Les eaux des bains chromés sont recueillies dans un bain de collecte. Puis, elles sont pompées vers un réacteur doté d'un système d'agitation et d'un contrôle de pH où l'on ajoute un alcalin pour la précipitation. Le chrome précipité est séparé du surnageant envoyé vers le reste de la station de traitement commune, et la boue de chrome, après filtration si nécessaire, est redissoute par de l'acide sulfurique concentré. Une fois dans les bonnes valeurs de basicité, cette solution de chrome régénérée peut être renvoyée vers le procédé de tannage si les conditions de production le permettent.

Le volume et la qualité des boues obtenues dépendent grandement de l'alcalin utilisé comme agent de précipitation : plus l'alcalin est fort, plus la précipitation sera rapide mais mènera alors à la formation de boues plus volumineuses.

Généralement deux solutions sont possibles :

- l'utilisation d'hydroxyde de sodium (NaOH) ou de carbonate de sodium (Na2CO3), avec ajout de polyélectrolyte (polymère ionique), forme rapidement des boues volumineuses qui vont ensuite être épaissies et déshydratées par filtration, avant d'être régénérées en solution de chrome par dissolution à l'acide sulfurique.

- l'utilisation d'oxyde de magnésium (MgO), produit une précipitation plus lente mais permet une meilleure décantation du surnageant et ne nécessite pas de filtration ultérieure, avant dissolution des boues par l'acide sulfurique.

Pour le cas des tanneries du Riachuelo, et parce que l'on préfére les techniques les moins chères, on choisira d'utiliser l'oxyde de magnésium. En effet, avec cet agent nous n'avons pas nécessité ni d'ajouter des polyélectrolytes, ni de réaliser une étape de filtration des boues avant remise en solution acide. C'est la technique qui apparaît la plus efficace pour obtenir des boues moins volumineuses et présente la meilleure élimination du chrome (selon A. Esmaeili, 2005 , et P. Tchoungchai, 1995)

 

IV. Procédé choisi et dimensionnement

 

​1) Caractéristiques des effluents à traiter

 

Le procédé de traitement consiste en un traitement batch permettant de séparer le chrome des effluents des étapes de tannage, de neutralisation, de l'étape finale considérée (retannage, teinture, nourriture, finissage), ainsi que des effluents de nettoyage de ces étapes. A partir du tableau présentant les caractéristiques des effluents de tanneries, établi par l'ONUDI et présenté dans la partie Généralité sur les tanneries, nous avons travaillé sur les données concernant le chrome, et évalué les quantités journalières de rejets (donc pour 105 tonnes de cuir produites par jour). Les résultats présentant les caractéristiques des effluents chromés sont rassemblés dans le tableau 5 ci-dessous.

 

Tableau 5 : Caractéristiques des effluents chromés

 

Il y a donc à la sortie des 22 tanneries quatre types d'effluents : 

- Un petit débit de 210 m3/j concentré à 4  000 mgCr/L

- Un petit débit de 315 m3/j chargé à seulement 30 mgCr/L

- Un débit moyen de 630 m3/j chargé à 300 mgCr/L

- Les eaux de nettoyage de 1 800 m3/j chargées à 467 mgCr/L

 

En regardant la charge polluante en chrome des effluents, nous nous apercevons que ce sont les étapes de tannage et de nettoyage qui rejettent le plus de masses de chrome, à savoir 8 kg/j. Mises à part les étapes de nettoyage, nous savons que les eaux chromées sont acides, bien que l'on ne connaisse pas le pH exact du mélange des effluents regroupés. Nous faisons donc l'hypothèse que les eaux de nettoyage, puisqu'elles ont servi au nettoyage d'étapes acides, sont aussi acides.

Le total mélangé des effluents chromés à traiter représente alors une solution acide de 2 955 m3/j, concentrée à 636 mg de chrome par litre, soit une charge de 1 878 kg de chrome par jour.

 

2) Protocole et gestion du temps

 

Nous envisageons le traitement de la manière suivante, inspirée par un procédé existant en Inde et traitant 9 m3 d'effluents de tannerie par batch (description dans le document technologique A system for recovery and reuse of chromium from spent tanning liquor using magnesium oxide and sulphuric acid, écrit par l'expert technique et ingénieur environnement S. RajamaniI, UNIDO), et illustrée par le schéma 16: 

- Les effluents chromés de chaque tannerie sont séparés des autres effluents à leur source et acheminés par des tuyaux jusqu'à un bac de stockage S1.

​- Un volume de 8h de production d'effluent (soit 985 m3) est pompé pendant 1h30 par une pompe P1 vers le réacteur batch R1 dans lequel on ajoute une solution de MgO par gravité depuis le stock de solution d'alcalin S2. La quantité de solution à ajouter dépend du pH de la solution : on équipera donc la vanne d'une ouverture à contrôle automatique qui permettra de doser l'ajout de MgO jusqu'à un pH 7-8 (pH optimal  selon la publication de T. Panswad, O. Chavalparit, Y. Sucharitthamet S. Charoenwisedsin A bench-scale study on chomium recovery from tanning wastewater). Le chrome précipite alors en hydroxyde de chrome Cr(OH)3 insoluble.

- Une fois MgO ajouté, la solution est mélangée pendant 1h, puis la solution décante pendant 4h dans R1. Le surnageant est envoyé vers la station de traitement commune, dans l'idéal par gravité, tandis que les boues contenant le chrome sont récupérées au fond du décanteur vers un bac de régénération R2.

- On ajoute ensuite dans R2 une solution concentrée en acide sulfurique (H2SO4)  jusqu'à pH 2,5-2,8 (selon guide technique de l'UNIDO) par la même méthode de gravité et de contrôle de vanne que pour MgO, et on agite pendant 1h. Le précipité chromé est alors resolubilisé en Cr2(SO4)3. Une étape de refroidissement est ensuite nécessaire, durant de 3 à 4h.

- La solution de chrome ainsi régénérée est pompée par un système P2 pendant 1h30 pour être stockée dans un bassin de stockage S4, auquel les tanneries peuvent être reliées. Elles peuvent donc l'utiliser en mélange avec du sel de chrome frais pour le tannage de nouvelles peaux. Pour une réutilisation, il faudra bien entendu faire des analyses de la composition exacte de la solution régénérée et voir si elle est compatible avec les exigences de qualité de la production de cuir.

 

Figure 16: Schéma du procédé de récupération du chrome 

 

La solution d'effluents va donc passer 8h dans le réacteur R1 et les boues 8h dans le bac de régénération, en comptant les temps de remplissage et de vidange. Nous faisons l'hypothèse que les temps de mélange et de décantation sont les mêmes que pour la petite unité de traitement indienne de 9 m3. Nous pourrons donc traiter 24h de rejets de tanneries en trois batchs de 8h dans la journée.

 

3) Dimensionnement des unités

 

  • Bac de stockage S1

​​Comme les rejets de tanneries sont discontinus, il nous faut un bac de stockage où l'on puisse récupérer les effluents au moment où ils sont produits, pour ensuite pouvoir pomper une quantité de $ \frac{2955}{3}  $ = 985 m3 correspondant à un tiers de la production journalière, soit 8h si on travaille en continu. Pour gérer les fluctuations et éviter le débordement, nous choisissons un volume pour S1 tel qu'il puisse contenir l'équivalent de deux batchs, soit 2 x 985 = 1970 m3. Avec un bassin d'une hauteur de 4 m, cela représente une surface au sol de 493 m2. Il devra être équipé d'un dégrilleur en amont pour éviter l'entraînement de particules solides pouvant endommager les pompes dans les étapes suivantes. Un dégrillage enlève une partie du total des solides présents initialement dans les effluents chromés, cependant cette réduction n'est pas calculée dans cette partie du projet, et sera prise en compte lors du dégrillage présent avant traitement primaire. En cas de problème avec la filière de traitement du chrome, pour éviter tout débordement du bac de stockage, un système de renvoi direct vers la station de traitement commune sera prévu. Dans ce cas exceptionnellement, le chrome ne sera pas récupéré mais sera en grande partie éliminé lors des traitements primaire et secondaire.

 

  • Bac de stockage solution MgO S2

Il nous faut d'abord déterminer de quelle quantité de MgO nous avons besoin afin de précipiter le chrome de nos effluents. Pour cela, des tests en laboratoire sont nécessaires, et le contrôle et l'automatisation du système de dosage permettront par la suite d'ajouter la bonne quantité de solution alcaline pour atteindre le pH requis. Cependant, pour avoir une première idée des quantités, nous l'estimons à partir des proportions conseillées par le BREF, à savoir de 0,25 à 0,4 kilogrammes de MgO par kilogramme de chrome. Nous calculons alors le volume de solution de MgO minimal est nécessaire, d'abord  en utilisant une solution à 10% volumique comme les chercheurs iraniens auteurs de Chromium (III) Removal and recovery from Tannery Wastewater by Precipitation Process le font en laboratoire pour leur publication, puis à 20% volumique pour utiliser moins d'eau :

 $V_{sol/m^3_{effluent}}= \frac {0,25 \times [Cr]_{(kg/L)}} {\%vol_{MgO​} \times \rho_{MgO}}$

 Avec $\rho_{MgO}=2,36\ kg/L$

Nous avons aussi estimé les volumes nécessaires à ajouter pour traiter un batch entier, et déterminé quel volume il faudrait stocker pour approvisionner le procédé pendant une semaine, soit sept jours. Les résultats sont récapitulés dans le tableau 6 suivant :

 

Tableau 6 : Volume de solution de MgO 

 

Nous devrons donc certainement ajouter dans R1 à chaque batch, entre 332 et 531 L de solution à 20% volumique de MgO. Pour le dimensionnement de la cuve de stockage, nous prenons un volume pour une semaine de solution, soit 11 m3  pour S2. Si l'on choisit de stocker dans un réceptacle de un mètre de hauteur nous avons donc une occupation de 11 m2 au sol.

Si l'on se réfère à un prix de 1,07 $ le kilogramme de MgO (Source: J. Ludvik, Chrome management in the tanyard, 2000), nous obtenons l'estimation des prix présentée dans le tableau 7 suivant: 

Tableau 7: Estimation prix matière première MgO par jour

 

  • Réacteur R1

Le premier réacteur doit contenir le volume d'effluents à traiter plus le volume de solution de MgO  maximum à ajouter : 

 $V_{R1}=985+\frac{531}{1000}=986m^3$

Avec un réacteur de 4 mètres de hauteur, l'équipement occupe une surface de 246 m2.

En sortie du réacteur R1, nous considérerons les mêmes proportions de récupération en boue et en surnageant que l'usine de traitement indienne, puisque nous avons les même temps de décantation. Nous retrouverons donc en sortie épurée 90% du volume du batch, c'est à dire Vsurnageant = 887 m3 par batch, envoyé vers le reste de la station de traitement commune, et en sortie boue 10% du volume, soit Vboue = 98,6 m3  récupéré dans le bac de régénération R2. A propos de la récupération du chrome, le BREF précise une récupération d'au moins 95% massique. On gardera cette valeur comme première approximation pour estimer les rejets de chrome après précipitation.

$$[Cr_{g/L}]_{surnageant}=0,05 \times [Cr_{g/L}]_{initial} \times \frac{V_{effluent/batch}}{V_{surnageant}} = 0,035\ g/L$$

$$[Cr_{g/L}]_{boues}=0,95 \times [Cr_{g/L}]_{initial} \times \frac{V_{effluent/batch}}{V_{boues}} = 6,04\ g/L$$

Ici nous ferons l'hypothèse que seul le chrome précipite et ne calculerons pas la perte de matières en suspension, DBO et DCO. Afin de se placer dans le cas limitant nous considèrerons qu'il n'y a pas d'élimination de ces charges, qui devront être entièrement traitées lors du passage dans la station commune.

 

  • Bac de stockage solution H2SO4 S3

​​Comme l'on connaît les caractéristiques des boues sortant de R1, et en utilisant pour estimation les quantités de H2SO4 conseillées par le BREF, nous pouvons estimer comme pour MgO le volume de solution d'acide à ajouter dans R2 pour régénérer le chrome précipité. Sans information sur la concentration exacte utilisée dans l'entreprise indienne, nous nous sommes servis de la concentration d'acide sulfurique concentré commercial, à 98% volumique, sachant que la masse volumique de l'acide sulfurique dans une pareille solution est de 1830 g/L (source). 

Tableau 8: Volume de solution d'acide sulfurique

Comme nous pouvons le voir sur le tableau 8, si nous voulons avoir un stock d'une semaine de solution d'acide pour la régénération du chrome, S3 doit avoir un volume de 13 m3. Avec un équipement de 1,5 m de hauteur nous aurons une occupation au sol de 9 m2.

​​Concernant le coût, si l'on considère que l'on peut trouver de l'acide sulfurique à 98% au prix de 250\$ la tonne, nous avons donc par jour un investissement de $ \frac { 250 \times 630 \times 3 \times densité_{acide} } { 1000 } =  864 \$ / jour $ , avec $ 3 = \frac {24\ h}{8\ h}$ le nombre de batch (donc de cycle de traitement) par jour et la densité de l'acide sulfurique 1,830.

 

  • ​​Réacteur R2

​​Le réacteur R2 doit contenir les boues d'un batch de traitement plus le volume d'acide sulfurique nécéssaire à leur régénération :

 VR2 = $98,6 + \frac{630}{1000}$ = 99,1 m3

Un réacteur de 2 mètres de hauteur prendra donc une place de 50 m2. L'équipement devra être doté d'un système de ventilation pour prévenir des éventuelles formation de sulfure d'hydrogène H2S gazeux toxique.

 

  • Bac de stockage chrome régénéré S4

​La solution de chrome issue de l'acidification des boues sera disponible pour les tanneries participant au projet, qui pourront venir la chercher ou la pomper depuis le bac de stockage S4. Celui-ci est dimensionné afin de contenir la production en solution régénérée de deux batchs :

VS4 = 2 x VR2 = 198 m3

Avec une hauteur de 2 mètres nous aurons alors une surface de 99 m2 occupée par ce bac. 

 

4) Bilans

 

Tableau 9: Bilan des équipements pour l'élimination du chrome

 

Comme nous pouvons le voir dans le tableau 9 , la station de récupération du chrome représente après première approximation, un volume d'équipements de 3 277 m3 soit 908 m2. Si nous prévoyons une marge de génie civil pour la sécurité et la circulation autour des équipements de 200% (arbitrairement), nous atteignons une surface de 2 x 908 = 1 816 m2, soit $\frac {1\ 1816 } {22 000} x 100$ = 8,3 % du terrain réservé à la construction totale de la station de traitement.

Si nous effectuons un bilan complet sur les débits et les flux de chrome de la station d'élimination du chrome, nous obtenons les caractéristiques du tableau 10. Les débits de transfert ont été calculés sur la base d'un remplissage et d'une vidange des équipements d'une heure et demi. 

Cette station permettrait donc, avec nos hypothèses, de récupérer 1 784 kg de chrome par jour, sous un débit de production de 297 m3 par jour. Nous renvoyons vers la station commune un débit moyen de 2 661 md'effluents épurés, à une concentration de 0,04 kg/m3, soit 40 mg/L. Nous ne respectons pas encore la réglementation de rejet c'est pourquoi on envoie ce débit au traitement commun où une grande partie du chrome sera abattue. Il reste à ce stade un flux de rejets en chrome de 94 kg/j.

Au sujet des pompes, nous ne les avons pas dimensionnées dans ce pré-projet. Les résultats des calculs de débits montrent que la pompe P1 permettant d'amener l'effluent chromé vers le réacteur R1 doit être puissante (182 L/s), mais n'est utilisée que pendant 1h30 toutes les 8h, soit 4h30 dans la journée. Une gestion plus recherchée consisterait en la mise en place de plusieurs procédé batchs identiques en parallèle, d'une taille inférieure, pour pouvoir utiliser une pompe moins puissante (et donc moins onéreuse), utilisée à une fréquence plus élevée. Cela faciliterait aussi les opérations de maintenance puisque l'on pourrait faire des travaux sur les équipements d'un batch sans perturber le traitement. 

L'utilisation de plusieurs batchs en parallèle entraîne donc plus de sécurité et de flexibilité dans les opérations, cependant elle multiplie aussi le nombre d'équipements et de tuyaux, et la surface occupée par ceux-ci. Il faudrait donc développer une étude économique pour déterminer le nombre de batchs optimal pour allier efficacité, sécurité et coût. Comme nous ne savons pas quel est le budget consacré à cette étape du traitement total, nous n'avons pas mené d'étude plus poussée et avons conservé l'utilisation d'un seul batch dans l'absolu pour la suite du projet.

 

Tableau 10: Bilan des débits et des concentrations pour l'élimination du chrome