Les aspects problématiques

Nous allons détailler sur cette page les points les plus problématiques quant à l'acceptation de ce projet par les différents acteurs locaux. Ces aspects problématiques sont souvent liés aux effets sur l'environnement consultables sous l'onglet "Effets sur l'environnement".

1) La phase de construction

La période des travaux est une phase longue, estimée à plus de 5 ans. Durant cette phase, plusieurs gênes seraient occasionnées. En effet, de tels travaux nécessitent une main d'oeuvre importante. Plusieurs compétences seraient indispensables pour mener à bien cette installation. Ceci engendrerait un trafic routier conséquent pour la région. Ainsi, des camions amenant des matériaux et d'autres évacuant les déchets circuleraient de manière régulière pendant plusieurs années. Ces camions et les engins de taille imposante créeraient un visuel peu attractif.

D'autre part, les travaux seraient source de nuisances sonores et de production de poussières. Ces poussières créées peuvent inquiéter les populations par le risque sanitaire potentiel. En effet, une inhalation d'une quantité importante sur une longue durée peut occasionner une gêne respiratoire pour certaines personnes.

2) L'aspect visuel

La construction de cette STEP occuperait une surface considérable de la commune. En effet, près de 2 km² seraient consacrés à cette installation. Cela représente près d'un tiers de la commune. Cette STEP aurait donc une emprise considérable sur Elétot.

L'emprise de cette installation sur le territoire affecterait le paysage initial et engendrerait un aspect visuel négatif. L'impact visuel serait d'autant plus important que le bord des falaises est actuellement une zone naturelle non aménagée. Le bord de mer serait également affecté par la mise en place de barrières rocheuses et autres structures.

Les constructions de l'usine, des conduites, du réseau électrique et du lac artificiel seraient les impacts visuels principaux. Cette zone, encore peu impactée par les activités humaines, serait alors transformée et exploitée.

3) L'expropriation de certains habitants

Afin d'assurer une bonne productivité de cette usine, la retenue devrait s'étendre sur 1,7 km². La seule possibilité envisageable est la destruction de propriétés sur la zone (Cf. "Emplacement du bassin supérieur"). Ce point est l'un des plus problématiques dans l'acceptabilité sociale du projet. En effet, les habitants sont généralement attachés à leurs propriétés pour des raisons familiales et/ou de localisation. Le littoral du Pays de Caux est très apprécié pour sa beauté.

Dans le cas de la réalisation de ce projet, des associations de riverains pourraient se créer afin de défendre leur territoire et leur cadre de vie. Cela compliquerait la concrétisation de ce projet. Une négociation financière serait nécessaire pour obtenir les terres.

4) La destruction de parcelles agricoles

La réalisation de ce projet impliquerait aussi une destruction de nombreux champs. L'activité agricole est très présente sur la commune d'Elétot. En effet, la moitié de la superficie de la commune est consacrée à l'agriculture.

Le projet représente un problème quant à cette activité agricole. La zone définie pour l'installation se situe en plein cœur des parcelles agricoles. Cette construction entraînerait donc une perte d'emplois dans le secteur agricole. L'acceptation du projet par les Elétotais serait compromise du fait de l'importance des valeurs agricoles. La structure sociale serait modifiée suite à un tel projet.

5) L'aménagement des zones naturelles du littoral

Le bord des falaises est intégré au sein d'une Zone Naturelle d'Intérêt Écologique Floristique et Faunistique de type 2. Cette ZNIEFF s'étend sur 400 m dans les terres à partir du bord de la falaise. Cependant, la protection vise principalement à sauvegarder les habitats des oiseaux nicheurs sur les falaises d'Elétot.

La réalisation de la STEP entraînerait des modifications permanentes de l'écosystème, avec notamment une perte remarquable d'habitats pour la faune et une destruction de la flore.  Concernant cette problématique, les associations locales de protection de la nature risqueraient de s'opposer au projet afin de défendre la biodiversité de cette zone naturelle et protégée.

A ce jour, les falaises présentent un attrait touristique. Les différentes activités proposées sont la randonnée pédestre, la balade à VTT et divers loisirs nautiques.

La création de la STEP affecterait les zones naturelles et donc l'attrait touristique de la région.

6) La controverse liée à une telle construction

La construction de la STEP créerait des débats au sein de la population qui pourraient être à l'origine d'une controverse. Ne pouvant discuter de ce projet avec les acteurs locaux, nous nous appuyons sur l'étude d'une controverse liée à un autre projet de construction d'ouvrage hydroélectrique. Nous avons choisi l'exemple du barrage de Charlas en Haute-Garonne.

Ce barrage était prévu sur la Nère, à 14 km au Nord de St-Gaudens. Ce projet concernait une étendue de 625 hectares de terres agricoles sur 5 commnues : Charlas, Sarremezan, Cardeilhac, Saint-Lary-Boujean et Saman. La masse d'eau retenue était prévue de 110 millions de m3 avec des digues l'entourant de 60 mètres de haut. La phase de travaux était évaluée à 6 ans. L'idée de la création du barrage de Charlas remonte aux années 1980. Le dossier a ensuite été remis à l'étude en 1997 puis en 2007. A ce jour, le projet est abandonné suite aux nombreuses oppositions.

L'objectif principal de ce barrage était de soutenir l'agriculture, notamment en période d'étiage. La retenue aurait alors été vide de juillet à octobre, et des vidanges auraient été effectuées 3 fois par an entre octobre et juillet.

Les oppositions alimentant la controverse autour de ce projet ont été nombreuses. Nous allons expliciter ici les principales raisons :

  • Refus de soutenir l’agriculture intensive et la culture de maïs trop exigeante en eau
  • Coût très important pour la région
  • L'Union Européenne contre ce projet (mais l’Etat français pour)
  • Risques d'assèchement de la Garonne (débit divisé par 2)
  • Destruction d’une vallée riche et d’une culture associée
  • 650 hectares de champs cultivés détruits
  • Abandon du tourisme rural et vert
  • Demande très élevée en eau pour construire ce barrage
  • Climat local modifié (risques de brouillard)
  • Gêne importante durant la longue phase de travaux
  • Ligne à haute tension déplacée
  • Village de Saman menacé par ce barrage
  • Risques sismiques dans la zone concernée

La controverse a abouti a la création d’un Comité de Défense Contre le Barrage de Charlas. De nombreuses personnes et organisations se sont mobilisées : les associations de protection de l'environnement, la Confédération paysanne, l'association Attac Comminges, les pêcheurs et les chasseurs, de nombreux élus et scientifiques.

Ce projet était très différent du notre car son objectif principal était de soutenir l’agriculture et non de stocker de l’énergie. Cependant, quelques aspects du contexte peuvent le rapprocher de notre projet tels que l’aspect visuel, la destruction de parcelles agricoles et de la principale activité économique des villages, la destruction de l’écosystème et la durée du chantier.

L'étude de la controverse du barrage de Charlas confirme que des oppositions émergeraient afin de défendre la région du Pays de Caux, l'activité agricole et les valeurs touristiques des falaises. De nombreuses associations se mobiliseraient certainement contre le projet de STEP marine en Seine-Maritime.

L'étude de l'acceptabilité sociale est donc un axe primordial à étudier avant toute décision.

 

Page éditée par Barbara Favier et Lucie Maillier